Estevanico, le conquistador berbère ou le harrag médiéval

Ils étaient 600 à prendre part à l’expédition Narvaez, qui devait rejoindre le  Méxique à partir des  Caraïbes, ils ne seront que 4 à l’arrivée.  

 

A vrai dire de toutes les expéditions destinées vers la conquête des Amériques, celles des conquistadors espagnols étaient les plus spectaculaires. Les conquêtes reliées à la Fontaine de Jouvence ou aux Sept Cités d’Or de Cibola, n’ont rien à envier, en terme d’épique, à celle de Jason et la conquête de la toison d’or en Colchide. Aux grands noms du prestigieux registre de la conquête de l’Amérique, comme Juan Ponce de Léon, Francisco Vasquez de Coronado ou Alvarez Nuñez Cabeza de Vacca, s’est mêlé dans les dessous de l’histoire propre aux peuples qui ne savent pas rendre hommage aux leurs, un nom d’explorateur berbère connu chez les espagnols sous le nom d’Estevanico ou le petit Mustapha.

Capture du petit Mustapha

Né Mustapha Zemmouri dans la petite ville d’Azemmour, une enclave portugaise située sur les côtes atlantiques marocaines, il sera capturé à l’âge de 13 ans et vendu par les portugais à Andres Dorantes de Corranza, un marchand de la noblesse espagnole, en 1513. Celui-ci le convertît de l’islam au catholicisme, tout en lui réservant un excellent traitement, ce qui permettra de s’établir entre les 2 hommes, de rangs diamétralement opposés, d’excellents rapports d’amitié. Dorantes et Mustapha firent le voyage ensemble sur les iles de Cuba et d’Hispaniola, aujourd’hui divisée en Haïti et République Dominicaine. Mustapha prendra part en 1527 à l’expédition Narvaez où il vivra une série de miraculeuses aventures qui le feront rentrer, un peu, malgré lui, dans les livres d’histoire. Son nom sera désormais lié à celui des 7 cités d’or de Cibola et à celui du célèbre conquistador espagnol Capeza de Vacca qui signifie en espagnol « tête de vache ». Rien de plus facile à retenir comme nom, diront les curieux cultivés qui se sentent dotés d’une mémoire quelque peu volatile. Village de la tribu indienne des zunis dans le Nouveau Mexique.

A la conquête de la fontaine de jouvence

La Fontaine de Jouvence qu’Hérodote avait située, dans ses récits, quelque part, en Ethiopie, sera retrouvée, 20 siècles plus tard, par les conquistadors espagnols, dans les croyances indigènes des populations des Caraïbes. Quelle relation pourrait-il y avoir entre un historien de L’Eurasie et ces populations de l’autre bout du monde, le Nouveau Monde, voulais-je dire? Peut-être que les grands esprits se rencontrent pour prouver que les rêves et les préoccupations des hommes sont les mêmes quels que soient le temps et le lieu où ils se trouvent. Ces croyances des populations autochtones avaient situé la Fontaine de Jouvence sur la Terre de Bimini, dans les Bahamas. En 1513 le conquistador Juan Ponce De Léon, alors gouverneur de Porto Rico, séduit par cette légende et, surtout, motivé par l’espoir qu’une telle eau pourrait lui permettre de le guérir de son impuissance sexuelle, organisa une expédition en direction de la Terre de Bimini. N’ayant rien pu trouver à l’ endroit, il persistera dans ses recherches jusqu’à atterrir sur une terre ferme qu’il nommera Florida en raison de ses innombrables variétés de Fleurs. N’ayant rien trouvé pour rétablir son érection, il lui sera érigé en l’honneur de son expédition en 1565, à l’endroit même de son accostage, par l’explorateur espagnol Pedro Mendez de Aveles, la ville de Saint-Augustine qui sera la première ville européenne construite sur le sol US. A titre de consolation, l’histoire retiendra de lui comme étant le premier européen à avoir foulé de ses pieds le sol, aujourd’hui, US. Pour commémorer ce mémorable landing, les autorités américaines construiront, en 1904, à l’endroit où avait atterri l’expédition de Juan Ponce de Léon, un parc d’attraction touristique appelé Fountain Of Youth National Archeological Park. Selon certains récits, les espagnols continueront leur petit bonhomme de recherche de la Fontaine de Jouvence dans la direction sud, jusqu’en Amérique du Sud où ils abandonneront leurs recherches au pied de l’infranchissable chaîne de la Cordière des Andes. Aujourd’hui, la science qui mène son expédition dans les gênes, semble rejoindre, plutôt, une vieille croyance hindouiste qui dit que Dieu nous avait caché le secret de l’immortalité à l’intérieur de nous-mêmes.

L’ expédition Narvaez

Sous le commandement du navigateur Paufilo Narvaez, l’expédition avait engagé 5 bateaux et 600 hommes. Soumise à de violents ouragans, l’expédition qui avait démarré en 1527 accosta en catastrophe aux larges des côtes de Floride dans un endroit appelé, de nos jours, St Petersburg, au mois d’avril de l’an 1528, en plein milieu des hostilités indiennes, avec seulement 300 personnes au décompte final. Le reste des 600 personnes avait été, pour la plus part, noyé ou égaré à la suite de son détachement de l’expédition. De là, les survivants entamèrent leurs marches à pied dans la direction nord jusqu’à atteindre les territoires de la puissante tribu des apalaches. Incapables de trouver l’or et les richesses pour lesquelles ils s’étaient donnés tant de peine et, fatigués de toutes ces provocations indiennes, Narvaez ordonna la construction hâtive de 4 radeaux pour rejoindre de nouveau la mer à partir de la terre ferme et, de là, tenter de naviguer jusqu’au Mexique où se sont installées les colonies espagnoles. Malheureusement ces radeaux seront à leur tour détruits par un orage. Narvaez et la plus part de son équipage trouveront la mort, et seulement 86 personnes auront survécu. Ces survivants s’entasseront dans 2 des 4 radeaux, relativement opérationnels et reprendront leur navigation en direction du Mexique. La famine et les dures épreuves du voyage ont fini par ravir la vie à, quasiment, tous les membres de l’expédition. A leur arrivée dans les iles de Louisiane, seulement 4 d’entre-eux avaient survécu. Ces survivants étaient Capeza de Vacca, Afonso d’El Castillo, le berbère Mustapha et son maitre et ami Dorantes.

Les 4 survivants arrivent au Méxique

Capturés par les indiens de la tribu des ananarives, nos 4 survivants passeront quelques années comme esclaves dans les iles de Louisiane. En 1534, ils parviendront au prix d’une ’’ harga’’ medievale à s’enfuir vers l’intérieur des terres américaines où ils réussiront à s’acquérir la sympathie et l’égard des tribus indiennes rencontrées, et ce, grâce aux dons de guérisseur d’Alonso d’El Castillo et la faculté de Mustapha à assimiler très rapidement les langues amérindiennes. Après avoir traversé la Louisiane, le Texas, le Nouveau Mexique, ils atteignirent l’Arizona, traverserent, enfin, le périlleux désert de Sonora pour rejoindre le camp espagnol de Sinaloa dans la Nouvelle-Espagne , aujourd’hui, le Mexique.

Capeza de Vacca écrira dans son récit intitulé les naufragés, que lui et ses 3 compagnons de la survivance avaient marché de la Louisiane jusqu’au Mexique, à travers ce qui est aujourd’hui le sud ouest américain, et que leur marche avait duré huit ans.

Mort d’Atahuelpa, le dernier roi des incas

L’aventure ne s’arrêtera pas là pour Estevanico. En 1539, notre petit Mustapha sera l’un des 4 guides désignés pour accompagner Marcos de Niza dans la recherche des fabuleuses 7 cités d’or de Cibola. Il est à noter que dés leur arrivée en Amérique, les espagnols avides de trésors faramineux avaient sérieusement gobé aux légendes autochtones d’une présence de gigantesques tresors un peu partout dans ce Nouveau Monde. Dans les Andes, le conquistador espagnol Francisco Pizarro avait réussi à se faire amasser par les incas une chambre remplie d’or et 2 remplies d’argent à titre de rançon pour libérer leur roi Atahualpa que lui et ses hommes avaient capturé et détenu pour avoir refusé de se convertir au christianisme. Une fois la rançon payée comptant, Francisco Pizarro après avoir essayé une dernière et vaine tentative de convertir son prisonnier royal au christianisme, prît en bon terroriste médiéval chrétien, la lâche décision de l’exécuter au nom de Jésus. Pizarro aura sa place dans la liste des hommes les plus horribles de l’histoire, comme une honte dans les chapitres de la chrétienté, alors que le brave Atahualpa sera connu de l’histoire comme le dernier roi des incas, avec une bonne dose d’émotion et d’admiration que suscitent les hommes qui ont préféré mourir debout que de vivre à genoux ; de cette race d’hommes qui ont préféré sacrifié leur vie éphémère pour gagner l’éternité à travers le cœur des hommes et les livres d’histoire. Tels gens sont la force par qui le monde avance dans le sens de la justice, de la liberté et de la dignité humaine.

Les aztecs accueillirent les conquistadors espagnols comme les soldats du dieu Quetzalcóatl

Dans le Mexique, le conquistador Hernando Cortes, le tombeur du riche empire aztèque, son armée bien équipée de chevaux et d’armes à feu a été accueillie par les autochtones comme l’armée du dieu de la guerre Quetzalcóatl. Après des massacres commis contre les populations autochtones, les tresors récupérés ont été envoyés dans des cargaisons à destination de l’Espagne devenue plus riche que jamais et qui veillait, indépendamment de la nature cruelle et inhumaine de l’acquisition de ses richesses, sur le bon déroulement de la justice divine, conformément à la philosophie de l’église catholique romaine. Comme un bien mal acquis ne profite jamais, ces cargaisons ont été , très souvent, soumises à des attaques, prés des côtes atlantiques britanniques , sous le règne de Elisabeth 1, par le pirate professionnel Francis Drake, pour le compte de l’Angleterre protestante, ce qui aidera à provoquer une guerre avec l’Espagne qui conduira, comme par revanche des dieux incas, à la destruction de la puissante armada espagnole par un orage qui a provoqué la fureur de La Manche à la mesure de l’injustice commise à l’egard des peuples azteque et inca et de leur roi Atahualpa. On a tendance à conclure que les religieux regardent trop le ciel qu’ils oublient le plus souvent de regarder les principes de base qu’ils foulent de leurs propres pieds.

Charles Quint attaque Alger

En 1541, le conquistador Hernando Cortes ou le tombeur de l’Empire Aztèque, participera avec le roi Charles V ou Charles Quint à l’invasion d’Alger sous l’emprise ottomane. Alger était une Sandjak ou province ottomane sous la gouvernance intérimaire de l’eunuque renégat Hassan Agha, désigné en remplacement de Khair-Eddine Barberousse rappelé, à Istanbul, par Salomon le Magnifique pour exercer, pour une certaine période, la fonction d’amiral. La flotte de Charles Quint a été détruite par les algériens et les turcs, aidés par une mer très en colère. Le roi et, sans doute, Hernando Cortes, potentiellement, à la merci des algériens et des turcs, ne durent leur salut qu’aux Chevaliers de Malte, qui les aidèrent à une retraite miraculeuse sur le port de Bougie. Cette “croisade” vaine décrétée par le pape, rentrera dans l’histoire sous le nom du Désastre de Charles Quint.

Le petit Mustapha en solo

Hawikuh Nouveau Méxique

Revenons à l’aventure de notre petit Mustapha. Dans leur nouvelle aventure à la conquête des 7 cités de Cibola, les 4 compagnons de Mustapha tombèrent malades au cours de route et durent abandonner leur recherche. Notre berbère qui a pris gout à l’aventure prît la décision de continuer la recherche en solo à travers l’Arizona et le Nouveau Mexique. Il sera tué par la tribu indienne des zunis dans le village de Hawikuh dans le Nouveau Mexique, probablement à cause de son intérêt libidineux affiché pour les femmes, chose qui était considérée par les indiens comme une impardonnable offense. D’autres récits attribuent sa mort au fait que sa gourde à remèdes qu’il transportait avec lui laissait déborder des plumes de hibou qui était un oiseau de très mauvais augure, porteur de la mort pour la tribu des zunis. Il avait 39 ans. Polyglotte confirmé, il était connu pour son aptitude à apprendre une langue amérindienne en moins d’une semaine, et aussi pour son savoir étendu dans le domaine des plantes médicinales. L’histoire retiendra de lui qu’il était aussi le premier africain à avoir mis ses pieds sur le sol, aujourd’hui, US. Les aventures de Mustapha Zemmouri avaient inspiré le roman du marocain Hamza Ben Driss Ottmani, intitulé le Fils du Soleil.

A la conquête des 7 cités de Cibola

L’intérêt pour les 7 cités de Cibola ne s’arrêtera pas avec la mort de notre petit Mustapha. En 1541, soit, deux ans apres la mort de Mustapha, un prêtre avait affirmé aux officiels espagnols de la colonie de Mexico avoir aperçu les 7 cités de Cibola d’une certaine distance et, qu’il ne pouvait pas s’en approcher par peur de se faire capturer par les indiens. Le prêtre avait situé ces 7 fabuleuses cités dans l’actuel Nouveau Mexique. Excités par une nouvelle tant attendue et à laquelle ils étaient préparés à croire, surtout venant de la bouche d’un prêtre, les colons font tout de suite d’organiser une expédition avec, à sa tète, le capitaine Francisco Vasquez de Coronado. Arrivés sur les lieux, ils ne trouvèrent que de modestes bâtisses en terre sans le moindre signe extérieur de richesse. S’étant trop investi s pour abandonner, d’instruction en instruction, ils poursuivirent leur recherche jusqu’à atteindre les terres où se trouvent l’actuel état de l’Arkansas. Déçus et fauchés à l’extrême, après un voyage de 6400 kms, ils retourneront à Mexico, non seulement bredouilles, mais endettés jusqu’aux dents et jusqu’à la fin de leurs jours.

Pas de monument pour le petit Mustapha

Les instances fédérales, construisirent, en hommage à Coronado, sur le sillage des routes que son expédition avait empruntées, le Coronado National Park, en Arizona, tout prés de la frontière mexicaine. De leur côté les mexicains ont fait de même. En revanche, que ce soit en Afrique ou en Amérique, pas la moindre ruelle, ni, même, la moindre boutique, pas le moindre mot dans nos manuels scolaires à l’effigie de notre petit Mustapha. Lui qui naquît sous le ciel berbère aurait mérité sa place sur notre sol, au moins, aussi bien que celle de la talentueuse poétesse arabe Al Khansa, née et morte dans le désert d’Arabie. Cependant on peut se rendre compte que notre histoire a quelque chose en Commun avec Al khansa qui a ordonné, dans son superbe poème, à ses yeux de ne jamais tarir. Si, elle, avait assisté à la mort de ses 2 frères et de ses 4 fils dans les batailles intertribales, nous, aussi, nous assistons, pas en pleurant, mais plutôt en pleurnichant d’impuissance, à l’enterrement de nos héros, nés sur notre terre pour mourir pour notre terre, ensevelis jusqu’aux oubliettes sous les décombres de notre propre histoire que les baathistes aux commandes avaient décidé d’écrire à leur façon pour nous. Pour une idéologie qui fonctionne au pétrole, nos héros qui gisent sous notre terre prospère, leurs ossements serviront de matière organique qui produira dans quelques millions d’années, aux yeux d’un pouvoir qui voit bien loin, des hydrocarbures pour les générations des millions d’années à venir. Nous voici à même d’ecrire sur notre culture qui se meurt  “3ayni djouda wa la tadjmouda’’ comme l’ecrivait Al Khansa dans son superbe poème. Quant à leur mémoire, c’est -à-dire celle de nos héros, elle se trouve remplacée par une mémoire importée. Il faut vraiment ne pas être fier de son histoire pour aller pêcher ses héros dans le désert d’Arabie.

L ‘Afrique aux africains

Idéologie pour idéologie, messieurs les orientalistes de l’Afrique occidentale, et si on vous opposait les Afrikaners? Et si à votre panarabisme on opposait le panberbèrisme?L’Afrique aux africains, dites-vous ? Et les arabes sont des asiatiques, n’est-ce pas ? Et, si, après avoir dés-européaniser l’Afrique, les africains décident, un jour, de dés-asiatiser leur continent ? ça sera rendre à l’Afrique ce qui appartient à l’Afrique et, à l’Asie, ce qui appartient à l’Asie. Un hommage doublement rendu, à la fois à l’histoire et à la géographie. L’appelation suprematiste de Maghreb Arabe disparaitra, et l’Afrique du nord dénuée de toute forme de race ou d’idéologie  regagnera sa place au grand bonheur de tous les peuples géographiques qui l’occupent, independamment de leur race, de leur religion, de leur culture ou de leur appartenance ethnique.

Rachid C

2 comments for “Estevanico, le conquistador berbère ou le harrag médiéval

  1. April 22, 2011 at 14:49

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  2. June 3, 2011 at 06:57

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