Discussions ordinaires sur l’Algérie et ses hommes (Part I)

Emir Abdelkader à Damas, portant le Cordon de la Légion d’Honneur (1860)

Il nous arrive à tous, dans la vie, d’apprendre dans les discussions accidentelles ce que, peut-être, on ne risquerait pas d’apprendre en lisant une analyse dans n’importe quel prestigieux magazine du monde. Cependant, quand on n’est pas suffisamment informé pour une analyse politique en profondeur, il faut miser au maximum sur le sens commun. Trop de données peut aussi gâter l’affaire du fait de l’encombrement et de la surcharge de leur processeur biologique. Tels auteurs avaient écrit des dizaines de livres pour se rendre compte qu’ils avaient écrit à coté. Comme de tels ingénieurs avaient utilisé des outils de forage les plus sophistiqués pour découvrir, en fin de compte, qu’ils avaient foré à coté de la structure. Quand les choses qui nous concernent directement dans la vie se trouvent à portée de mains, ça serait vain de céder à la tentation exotique d’aller les chercher ailleurs. Quand les choses apparaissent complexes, il faut les simplifier et non inversement. Comme disait Einstein, dans la vie, tout doit être réduit au plus simple et pas plus.

Tout d’abord, autour de la table, on s’était retrouvé entrain de commenter un sondage réalisé, en 2005, par la chaine américaine Discovery sur l’homme le plus influent de l’histoire des États-Unis, toutes disciplines confondues. Ronald Reagan était venu en tête, suivi, en 9ème position par Elvis Presley. C’est, alors, qu’on s’est retrouvé entrain de designer, à notre tour, autour de la table, les 3 Algériens qui ont exercé le plus d’influence sur le monde. Après avoir parlé des 2 buts de Zidane dans une finale de Coupe du monde ainsi que de la talonnade de Madjer dans une finale de coupe d’Europe, on a fini par citer l’incontournable Émir Abdelkader. Dans son livre « L’affaire Israël », Roger Garaudy avait parlé de lui comme étant le plus grand stratège qu’a connu le monde musulman depuis Ali Ibn Abi Taleb. Mais, à vrai dire, on n’est pas parvenu à se convaincre en quoi notre Émir aurait plus d’envergure que Saladin, le vainqueur des croisades, ou encore de Soliman Le Magnifique qui avait fait de l’empire ottoman, au 16ème siècle, l’empire le plus puissant d’Europe, surpassant même l’empire de Charles Quint. Une ville, El Kader, aux État-Unis, a été nommée après l’émir algérien dans l’état de l’Iowa où il est présenté par les autorités locales comme le Georges Washington algérien. Le respect attaché au personnage de l’Émir avait conduit la ville d’Elkader à se jumeler avec la ville de Mascara en 1984. Il est à noter que la Ville d’Elkader est la seule ville aux États-Unis à être nommée après un musulman. Un livre écrit par l’Américain Jonh Kiser, intitulé « Commander of the Faithful » (le commandant des croyants), publié en 2008, le décrit comme un vrai djihadiste plein d’humanisme et chantre du dialogue inter-religieux, qui devrait servir d’exemple aux djihadistes version sanguinaire des temps modernes.

Drapeau de l’Emir ABK

L’Arménie, ce pays qui se dit être le premier pays au monde à adopter le christianisme comme religion, réserve dans sa littérature une éloquente place à la mémoire de l’Émir, parce que, parmi les chrétiens destinés au massacre en Syrie, il y’ avait beaucoup d’Arméniens. Mais cette sympathie et admiration qu’éprouvent les occidentaux vis-a-vis de notre Émir pourrait venir, justement, de son légendaire geste d’intervenir auprès des autorités de Damas pour éviter le massacre des chrétiens par les musulmans. Il avait reçu l’honorable titre de Cordon d’honneur par Napoléon III et une paire de pistolets d’Abraham Lincoln en 1860. Il était devenu, selon Larousse, un fidèle ami de la France, ce qui, auprès de certains Algériens, lui a fait perdre  la cote qu’i lui faut pour acceder au rang de heros. Accepter de se faire décorer par un ennemi qui continue à maltraiter les nôtres dans notre propre pays, on voit mal comment ça pourrait rimer avec héroïsme, bravoure et compassion pour les siens. En plus, les personnages trop loués par le pouvoir, les anticonformistes s’en méfient en quelque sorte.

Les descendants de l’Émir Abdelkader qui sont nés et qui ont grandi en Syrie sont restés fidèles à leur origine algérienne et portent le nom de famille El-Djazaïri. Aprés sa defaite contre Bugeaud en 1847, l’Emir Abdelkader avait, probablement, à sa demande,  été expatrié vers la France avec 96 membres de sa famille et relatifs. Aprés quelques années passées en France, il demanda à etre transféré vers Damas. Cette famille avait resurgi par son attachement au déstin de l’Algérie, dans les années 20 avec le petit fils de l’Emir Abdelkader, l’Emir Khaled, devenu l’un des précurseurs du mouvement nationaliste algérien. Outre des rues et des écoles, une ville entiére, Bordj Emir Khaled Chikh, dans la wilaya de Ain Defla a été nommée en son honneur .    L’un des descendants de l’Émir, Driss El-Djazaïri, a été nommé ambassadeur d’Algérie à Washington avant de passer au poste de représentant permanent de l’Algérie à l’ONU. Un autre membre de cette famille Djaizïri, marié à une Kabyle,  venu de Damas, s’est installé lui et sa famille dans la ville de Bougie vers la fin des années 80. Les Bougiotes qui ont connu cette famille ne tarissent pas d’éloges sur la noblesse et la modestie de ses membres. Selon eux, ils n’étaient pas des gens tout simplement aimables mais adorables ; on aurait dit, affirment-ils, des gens venus directement du paradis. Qu’ils sortent d’un HLM ou d’un château, la noblesse, disaient ces mêmes Bougiotes, les suivait partout comme une partie de leur corps.

ABK (au centre) lors du conflit entre chrétiens et musulmans au Liban en 1860 (Bilan estimé à prés de 10000 morts)

L’histoire présente l’Émir comme étant un berbère de la confédération des Zénètes, descendant de la tribu berbère des Aït Ifran connue chez les romains sous le nom “des enfants d’Afri”. Cette tribu qui avait pour capitale Tlemcen avait résisté à toutes les invasions (romaine, vandale et byzantine) et avait pris au 7ème siècle le camp de la Kahina contre l’invasion Omayyade. Au 10ème siècle, ils ont fondé une dynastie qui s’était opposée aux Fatimides, aux Zirides, aux Omayyades, aux Hamadites et aux Maghrawa. Vers la fin du 11ème siècle, la dynastie des Ifran avait subi la défaite des Almoravides et l’invasion massive et dévastatrice de la tribu yéménite des Benu Hillal, tristement connue aussi sous le nom de l’invasion hilalienne. Durant ce même siècle, les Aït Ifran sont allés fonder la ville de Ronda en Andalousie où ils avaient régné à partir de Cordoue pour une certaine période. Les Romains reconnaissent en les enfants d’Afri la dynastie qui s’était toujours engagée à défendre les peuples indigènes de l’Afrique du Nord. C’est pour cela qu’ils avaient nommé tout le continent après eux : Afrique ou Terre des Afri.

 

Une autre version de l’histoire présente l’Émir comme un descendant du prophète Mahomet. C’est à cette version que les adeptes du panarabisme rampant s’accrochent corps et âme pour prouver la superiorité de la race arabe sur les autres sujets qu’elle domine et son aptitude à enfanter de grands hommes. Si l’état d’Israël a été créé par des non-religieux et athées sionistes autour du sentiment religieux de la Terre Promise, les bâthistes marxistes algériens qui parlaient aux noms du peuple, du parti et de la révolution (bi ismi el châb, bi ismi el hizb, bi ismi el thawra) plutôt qu’au nom de Dieu, ont utilisé le sentiment religieux et la foi des Kabyles en l’Islam pour arabiser la Kabylie selon la formule absurde “je suis berbère mais l’Islam m’a arabisé” sachant pertinemment que sur 90% du monde musulman, l’Islam s’est implanté dans le respect de la langue et de l’identité locales, sans avoir à arabiser personne. On se retrouve, aujourd’hui, devant un génocide identitaire au nom de l’Islam auquel les Berbères sont obligés de faire face pour sauvegarder leur identité. Il s’est créé un conflit entre un islam qui arabise et une identité à sauvegarder. D’où la fuite des Kabyles de cet islam qui les agresse et leur ruée vers des religions qui les acceptent tels qu’ils sont. Si le bon dieu aura à punir quelqu’un dans cette affaire, il punira, sans doute, les bâthistes pour avoir utilisé son message à des fins arabisantes et anti-islamisantes.

Ronda: Construite par Abou Nour en 1014

Nous avons toujours vécu une version hilalienne de l’Islam qui ne respecte rien de ce qui ne lui appartient pas. L’unité de l’Algérie passe, inévitablement, par le respect de tous et de chacun dans la race et l’identité que le bon dieu qui ne se trompe pas lui ou leur a assignées. Il est, aujourd’hui, un devoir moral pour les forces algériennes soucieuses d’une Algérie unie et indivisible de déhilaliser la société algérienne et d’adopter une vision moderne, plus humaine et plus conviviale de la société pour que chaque communauté puisse vivre pleinement son existence dans le respect et la dignité qui lui sont dus et que le bon dieu, de sa propre volonté, leur a affectés. Finalement, dans sa façon de concevoir la fraternité, le bâthiste algérien semble faire au Berbère la proposition suivante : Pour plus de fraternité, tuons ta mère et on possédera ma mère ensemble.

Ni sur Émir Abdelkader ni sur Tarek Ibn Ziad, le pouvoir algérien ne souffle mot quant à leur berbérité. Il faut, aujourd’hui, se ré-approprier nos grands hommes pour montrer notre contribution au développement de l’humanité. De nos jours, aux yeux du monde, un peuple ne vaut que par sa faculté à enfanter de l’héroïsme et du génie. À titre d’exemple, 4 nations se disputent aujourd’hui le personnage de Christophe Colomb : il s’agit de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie et de L’Amérique. « Columbus Day » est fêté aux États-Unis chaque 2ème lundi du mois d’octobre alors que, tout au long de ses 4 voyages dans les Amériques, Christophe Colomb n’a jamais eu l’occasion de mettre les pieds sur le sol aujourd’hui US. Émir Abdelkader qui pratiquait, disait-on, le soufisme qui est une branche ascétique de l’Islam pratiquée par Omar Khayyam et le persécuté Al Halladj, aurait été persécuté à son tour sous l’intolérance religieuse d’aujourd’hui. Mort en 1883 à Damas il a été enterré comme souhaité prés de de la tombe  de son modéle  spirituel soufi, Al Arabi. A la demande des autorités algériennes, ses restes ont été transférés à El Alia en 1965.

Rachid C

Part 2, part 3, Part 4, Part 5, Part 6

4 comments for “Discussions ordinaires sur l’Algérie et ses hommes (Part I)

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