Discussions ordinaires sur l’Algérie et ses hommes (Part II)

 

Cette discussion a eu lieu juste aprés les éléctions presidentielles de 2009, qui ont mis en course le président  Boutef contre les 6 éléments les plus legers du tableau de Mendelièvre. Resultat: Boutef a été reélu avec plus de 90% des voix. Les  coureurs  de carottes comme on les a surnommés, ont decroché au décompte final, chacun un chiffre infrieur à l’erreur de calcul.


Après avoir décortiqué, à notre niveau, la candidature de L’Émir à l’universalité, notre choix sur les 2 autres candidats était porté sur Saint-Augustin et, bien  curieusement… sur  Cheb Khaled. Si le choix du Saint était passé sans commentaire, à l’égard du chanteur, il fallait négocier. Tout en considérant comme vraies les influences régionalistes et idéologiques dans la qualité de nos jugements, il était convenu que chacun de nous fasse un effort pour les minimiser afin de se rapprocher, ne serait qu’ assympotiquement de la neutralité. Chose qui n’est pas facile à realiser en pratique; le coeur a ses raisons que la partialité connait bien.

 

Saint Augustin, il est né chez nous, on peut lui faire confiance

La dimension universelle de Saint-Augustin est des plus évidentes. Né à Tagaste près de Souk-Ahras, d’un père païen et d’une mère chrétienne, Monica, il a exercé le manichéisme pendant 9 ans avant de se convertir dans sa trentaine au christianisme sous l’influence d’Ambrose. Il est le fondateur de l’église de Canterbury en Angleterre, ses 2 livres – Confessions et Cité de Dieu – font autorité dans le monde et, jusqu’au siècle dernier, les protestants du monde s’appelaient les néo-augustiens. Les puritains américains se sont inspirés du culte de la vérité contenu dans « Confessions » pour réaliser une Amérique à l’image de la Cité de Dieu. La première ville européenne construite sur le sol US porte le nom « Saint-Augustine ». Elle a été construite par les Espagnols au tout début de leur conquête des Amériques près de Jacksonville en Floride.

Ses influences etaient, Aristote, Platon, Ciceron et Virgil. A son tour il avait influencé les reformistes religieux comme  Martin Luther King et Jonh Calvin ainsi que les philosophes comme Nietzsche, Heidegger et Shopenhauer. L’agnostique britanique Bertrand Russell parle de son livre Confessions comme d’une admirable théorie relativiste du temps plus claire et plus argumentée que la théorie subjective du temps d’ Emmanuel Kant. L’historien contemporain americain Thomas Cahill presente St Augustin comme le dernier de la pensée  mediévale et le premier de l’ âge classique.

Si 11.000 livres ont été écrits sur Abraham Lincoln, à peu près autant ont été écrits sur la personnalité de Saint-Augustin et de ses ouvrages. Il est, aujourd’hui, considéré le chrétien le plus influent depuis Saint Paul. Le monde entier connait Saint Augustin, on peut aller plus loin dans la connaissance du personnage en consultant les 3.360.000 pages web qui lui sont consacrées.

Cheb Khaled, loin de la route du lycée

Santa Monica( Santa Monica, pres de Los Angeles)

Cheb Khaled est, quant à lui, un bonhomme issu de “l’impossible”. Né Khaled Hadj Ibrahim à Sidi El Houari où il a passé une enfance très ordinairement inintéressante, il était destiné le plus normalement du monde à aller nulle part. Il avait quitté l’école à l’âge de 14 ans, c’était simple comme bonjour et tristement clair pour ses maitres d’école de signer ses bulletins scolaires avec mention “sans avenir”. Cet echec scolaire  le privait d’accés à La Route du Lycee (Triq Lycee) empruntee par celle qui s’est eloignée de lui par la force du bulletin.  Il ne maitrisait aucune langue ni parfaitement aucun instrument de musique malgré son initiation dès son bas âge aux instruments comme la guitare, la basse, l’accordéon et l’harmonica. Son père, policier,condamné à la convention officielle, ne  voulait pas entendre parler de son fils chanter dans le style le plus controversé d’Algérie : Le raï. Le pouvoir, de son coté, avait interdit le raï d’antenne jusqu’en 1983. Puis vint le terrorisme qui a poussé à l’exil ou à un bas profile un bon nombre  de raïmen d’Algérie. De l’ Égypte, l’intégriste du dark age du Machreq, Abdelhamid Kichk, usant des moyens du 20ème siècle, lançait des fatwas médiévales à l’égard du chanteur oranais. Aveugle dés son  jeune âge, il sera condamné à 3 ans de prison pour avoir refusé de déclarer publiquement que Sayyad Qotb était un apostat. Pendant qu’il etait en prison, il apprit l’execution de Sayyad Qotb en 1966. Sorti de prison, il devint un predicateur au discour foudroyant, ne ratant en Algérie, ni Cheb Khaled, Ni Chadli, ni Boumedienne.   Il avait une voix qui résonnait sans ambiguïté dans le silence sidéral et qui venait emplir les intériorités vidées par l’humiliation citoyenne des dictatures “arabes”. Dans les universités algériennes, il était vénéré comme un vrai saint jusqu’ à sa mort en1996. Ses cassettes circulaient au noir dans une compétition agressive avec celles de Khaled et du saxophoniste, bien aimé, Bellemou. Les rumeurs  disaient  que Bellemou a été, lui, aussi,  jeté en prison pour avoir, en toute naiveté, chanté sakrat El Houaria ou dabzat djarha (El Houaria se saoula et agressa  son voisin). Une radio marocaine en fit un tube et  le retourna via les airs contre Boumedienne,qui, ne faisant aucune difference entre allegations et evidences, ni n’ayant de compte à rendre à personne,  fera payer d’un séjour en prison, les frais de cette vicieuse intérpretation marocaine au chanteur  Bellemou.

Physiquement, la nature n’a pas désigné Khaled pour le star système. Ses éclats de rire inappropriés qui lui déforment un visage trop ordinaire pour le stardom, ont fait conclure à un ami algérois que Cheb Khaled avait le rire le plus moche du monde. Miser sur le jeune Khaled d’atteindre un jour les sommets de la pop music d’aujourd’hui c’est miser sur un unijambiste de battre tous les records de performance dans un décathlon de jeux olympiques. Aujourd’hui, qu’on l’écoute ou non, il n’ y a pas une contrée dans le monde, des coins les plus reculés de l’Amazonie aux grand centres urbains comme Hollywood, qui ne connait pas les chansons Aicha et Diddi. À San Francisco, il chantait en public et le légendaire Carlos Santana qui lui jouait de la guitare apparaissait devant l’attitude follement décontractée de Khaled comme une entité anonyme d’un orchestre en plein air.  En 1993 il fut l’invité de l’emission Tonight Show animée par le trés populaire Jay Leno de la chaine NBC. En 1997, sa chanson A3lach At3adini a eté utilisée dans le film The fifth element (le cinquieme élément) starring Bruce Willis.  Son album N’ssi N’ssi a été utilisé par le realisateur Bertrand Blier comme sountrack pour son film Un, Deux, Trois,… Soleil , totalisant un nombre de vente qui excedait les 2 millions de copies. Trois ans plus tard, avec son album Sahra, khaled reçut le Cesar pour le meilleur soundtrack.  En 2003, l’ONU nomma Cheb Khaled comme Goodwill Ambassador (Ambassadeur de bonne volonté) pour la FAO (Food and Agriculture Organisation).

Personnellement, j’ai commencé à m’intéresser à la stature de Khaled le jour où j’ai pu, lire dans le journal Le Monde,àpeu prés ceci : « Les Rolling Stones avaient rompu avec leur producteur, ils ont opté pour celui qui produit pour Dylan et Khaled ». C’est dans le même journal que j’ai pu lire qu’« on assiste, en Algérie, à 2 types de révolution : Une révolution politique en Kabylie et une révolution sexuelle à l’Ouest ». Je me souviens que, dans les années 80, beaucoup de gens s’étaient mis à dénoncer une chanson très controversée intitulée « derna l’amour fi barraka m’renika » (on a fait l’amour dans une barraque vétuste). Un journaliste algérien qui a trouvé la chanson très réaliste avait commenté qu’elle était une sorte de 2 en 1 qui touchait à 2 crises au même temps : La crise d’amour et la crise de logement.

Cheb Khaled

Les gens qui suivent de près le parcours de Khaled disent de lui être un très bon ami au directeur de la fameuse revue américaine Rolling Stone (sans s). Un ami qui a visité une ville intemporelle dans la région reculée des Aztèques, avait demandé à un marchand traditionnel de lui conseiller une musique belle et originale, à sa surprise, il s’est vu proposer du Khaled.

Pour atteindre de pareils sommets dans un environnement aussi défavorable et avec les moyens de bord, à partir des profondeurs abyssales de la société, c’est qu’il faut de titanesques motifs intrinsèques propulseurs qui relèvent du surhumain, du providentiel. Khaled est, effectivement, l’équivalent de cet unijambiste qui escaladerait l’Everest avec une simple corde et sans  oxygène. En physique, un similaire exploit est connu des physiciens sous le nom de « l’effet tunnel ». En effet, dans les années 50, les physiciens avaient observé un phénomène incompréhensible au niveau des particules : une particule coincée dans un puits de potentiel était, théoriquement, condamnée à le demeurer tant qu’on ne lui fournissait pas une énergie nécessaire à sa remontée. Au grand étonnement des physiciens, cette particule est sortie de ses propres moyens en creusant un tunnel au niveau de son propre niveau d’énergie. Cette particule est aux physiciens ce que Khaled est à la célébrité et  la pop culture. Cette particule a bouleversé le monde de la physique de la même façon que Khaled a bouleversé par ses propres moyens et, contre vents et marées, l’univers de la pop culture algérien.

Je me souviens, un jour, dans une autre discussion entre Algériens et marocains, un gars de Casa qui aimait nous taquiner, nous disait que vous, les Algériens, ne nous dépassez que par Khaled. Notre football est meilleur que le votre, notre littérature et notre cinéma sont meilleurs que les vôtres, notre économie est meilleure que la vôtre, malgré votre pétrole. Et, sans votre sous-soul, vous allez crever en surface. Un de nos compatriotes lui répondit que l’économie marocaine est basée sur le tourisme sexuel et, parait-il, au Maroc, la plus sure façon de se faire des sous c’est de s’assoir dessus. Et que même leur indépendance sent les couilles de Napoléon. Après quelques éclats de rires partagés, un autre marocain du Rif avait repris la parole : « En défendant vos patries respectives, vous vous êtes retrouvés, inconsciemment, entrain de défendre nos corrompus de gouvernants qui ne sont rien d’autre que des trous de culs qui exigent de nous qu’on les prenne pour les canons de Navaronne. Ils prennent le pouvoir de force, détournent à leur compte les medias pour se fabriquer des  images de marque qui les honnorent au plus haut degré alors que derriere les rideaux, ils torturent et affament tout un peuple qui etouffe sous la dalle. Le moindre des nationalismes du coté de la diaspora, ajouta-t-il, est de les dennoncer partout , à la moindre occasion. L’état n’a jamais été la patrie et le vrai nationalisme consiste à dénnoncer ces  ratons qui rongent la nation. La confusion c’est leur point fort comme ils ont fait avec l’Islam et l’arabisme, ils le font avec l’état et la patrie.

Part 1, Part 3, Part 4, Part 5, Part 6

2 comments for “Discussions ordinaires sur l’Algérie et ses hommes (Part II)

  1. June 29, 2011 at 06:14

    Nice subject great exececution on your site

  2. July 11, 2011 at 13:03

    I feel that is one of the so much important information for me. And i am glad studying your article. But wanna observation on few basic issues, The web site taste is perfect, the articles is in reality nice : D. Just right activity, cheers

Leave a Reply

Your email address will not be published.