Ben Bella et les “c…ries” de l’expérience politique algérienne

Par : Mustapha Hammouche (LIBERTE)

“Même si j’ai été le chef de la Révolution algérienne, ma mère et mon père étaient tous deux Marocains.” Voici le cadeau d’anniversaire offert à la Révolution par le premier président de l’Algérie pour ses cinquante ans d’Indépendance, dans un entretien à Jeune Afrique.

On ne fera pas l’affront à Ben Bella de l’excuser pour son âge. Même si le discours est d’une navrante indigence, on sait que l’auteur n’a jamais
intellectuellement brillé.
Ce qui devait être particulièrement pénible quand on a eu à souffrir le compagnonnage d’esprits comme Aït Ahmed, Boudiaf, Khider ou… Il semble avoir gardé deux qualités de cette expérience : la haine de l’intelligence et l’inclination à la conjuration.
Pourvu que “rien ne lui arrive (à Bouteflika)”, mais Boudiaf “zéro en militaire” et Aït Ahmed “plus kabyle qu’Algérien” ! Même si le tirailleur de la 5e RTM (tirailleurs marocains) n’a jamais dépassé le grade d’adjudant que Boudiaf, le tirailleur algérien avait obtenu avant lui. Même si c’est Madjid (pseudonyme d’Aït Ahmed), le Kabyle qui a pris en charge l’insertion à l’OS de Ben Bella, l’Algérien de plein exercice. Mais, aujourd’hui, ces deux là ne peuvent pas lui assurer un siège de président de comité des “sages” de l’UA pour une illusion d’existence politique internationale !
Au demeurant, il a toujours été plus suspect, aux yeux de notre police politique, d’être kabyle que d’être ressortissant d’un tiers pays arabe !
Et Ben Bella a toujours été plus Arabe qu’Algérien. Et pour l’époque, être Arabe, c’est obéir à Nasser. Devenu président, l’ancien chef des services secrets et correspondant du FLN au Caire, Fethi El-Dib, le rejoignit à Alger, dès l’indépendance, sous la “couverture” d’ambassadeur d’égypte à Alger.
Plus récemment, il fut Irakien, au point d’aller voter pour l’ultime élection de Saddam Hussein et mériter les largesses du bourreau de Bagdad.
Remarqué par de Gaulle comme sous-officier de l’armée française, certains disent qu’il fut secrètement promis par le général à la direction. Et pas seulement les mauvaises langues, puisque c’est Jean Méo, son ancien chargé de mission (1958-1962), qui révélait que “de Gaulle avait programmé, en juin 1958, la mise au pouvoir de Ben Bella dans quatre ans, avec l’espoir de conserver 70% du pétrole et d’avoir la mainmise sur le Sahara”.
Revoilà le dictateur déçu, recouvrant la nationalité marocaine des “vrais combattants” et réglant ses comptes avec la Tunisie, base-arrière du FLN-ALN et les Tunisiens pionniers de la révolution démocratique en cours dans la région, qu’il traite de “poules mouillées”.
Rien d’étonnant : les Algériens n’ont jamais encore choisi leur président depuis l’indépendance ; pas plus que les moudjahidine n’avaient choisi leurs chefs après le Congrès de la Soummam. Sinon, l’Algérie n’aurait jamais entendu un de ses ex-présidents narguer ainsi son peuple : moi, le Marocain qui ait conduit votre Révolution et présidé votre état.
Et c’est justement à Oujda, au Maroc, qu’a été conçu ce système du “coup d’état permanent”.
Misère sémantique d’un discours qui use jusqu’au terme de “c..eries” mise à part, c’est un ancien chef d’état qui nous sert ici, en guise de bilan de cinquante ans d’Indépendance, le produit intellectuel d’une lamentable expérience politique.

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


1 comment for “Ben Bella et les “c…ries” de l’expérience politique algérienne

  1. June 3, 2011 at 06:43

    Great stuff, a very good read – added to favourites so will check back for new content and to read other people’s comments. Thanks again.

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