Discussions ordinaires sur l’Algèrie et ses hommes (Part III)

Rappel: Cette discussion a eu lieu juste aprés les éléctions presidentielles de 2009, qui ont mis en course le président  Boutef et sa soif radioactive contre les 6 éléments les plus legers du tableau de Mendelièvre. Resultat: Boutef a été reélu avec plus de 90% des voix. Les  coureurs  de carottes comme on les a surnommés, ont decroché au décompte final, chacun, un chiffre infrieur à l’erreur de calcul.

Les maîtrespenseurs de nos échecs ou les architectes de notre maison qui s’écroule.

Boumediène avait fait de la cause palestinienne une affaire algérienne et de la cause berbère une affaire sioniste.

Après un petit aperçu autour de la personnalité de Houari Boumediène, quelqu’un avait conclu que c’est, un peu, contre nature que cet homme dur et avisé soit proche de Boutef à ce point. Même leurs parcours révolutionnaires respectifs ne se situent pas dans le même référentiel. Auparavant, j’avais mentionné dans la discussion que dans un livre intitulé « un algérien nommé Boumediène » écrit par deux journalistes communistes français de la revue Afrique-Asie financée, disait-on, par l’Algérie, Boumediène racontait que durant la révolution, en arrivant en Égypte, il était accueilli par Hocine Ait Ahmed, Ahmed Ben Bella et Mohamed Khider. Dès le départ, disait-il, il avait mal digéré leur attitude paternaliste quand ils ont exigé de lui de les suivre et de les écouter par simple fait qu’ils étaient ses ainés. Il leur réserva, à leur surprise, une réplique foudroyante leur disant que la révolution appartient aux plus jeunes. Déjà, en Algérie, il avait dans sa tête l’idée que ce trio de figures charismatiques de la révolution ne travaillait pas assez pour cette révolution.

En terminant ses études, Boumediène rentre en Algérie avec l’ambition de quelqu’un qui avait un long chemin à parcourir. Auparavant, il avait repéré un bateau de plaisance qui appartenait au roi Hussein de Jordanie. Il le bourra d’armes et fila à l’algérienne en direction de nos côtes méditerranéennes. Repéré et arrêté par la garde royale, celle-ci avertit le roi Hussein qui sortit en courant de sa luxurieuse  demeurre. Ayant tout de suite compris ce qui s’était passé, il ordonna, dans un éclat de rire, de laisser ces braves algériens partir. Un geste très émouvant aux yeux de Boumediène et de tous les sympathisants de la cause algérienne. C’est probablement de tels gestes dont excellent les orientaux qui, en s’additionnant, ont fini par séduire nos représentants en orient qui en avaient tant besoin au point de devenir des orientalistes finis, au point de faire de l’Algérie un pays qui a fait abstraction complète de son histoire profonde allant jusqu’à vouloir détourner nos fleuves de façon à déverser dans la Mer Rouge. Aujourd’hui, après la dissipation, plus ou moins, du mirage de” bissat errih” (tapis volant), on se rend compte que nos fleuves sont toujours là. Ils ont bien compris, nos fleuves, que charité bien ordonnée ne devrait en aucun cas faire de l’ Algérie une terre qui suffirait de prime abord à Gamal (Jamal Abdennacer). Le Chelif et la Soummam dans lesquels peuvent se baigner les Algériens d’aujourd’hui sont à quelques méandres et quelque pollution près les mêmes fleuves que ceux dans lesquels s’étaient baignées les générations de Massinissa et de Jugurtha. De génération en génération, les particules des hommes interagissent pour fabriquer une chimie humaine de laquelle se fabriquent des liens qui nous relient à cet environnement qui est le notre. Au fond de nos rivières temporaires ne restera que de la rocaille avait affirmé – mais pour d’autres raisons, dans l’un de ses discours de racaille, notre président Chadli Bendjedid que le manque d’expression et d’autorité avait fini par réduire, aux yeux de la pop culture, à un simple mari de H’lima.

Comme la nature a doté la vérité d’un équilibre stable, toute vérité écartée de sa position d’équilibre tend à revenir à sa position initiale. Et,  comme elle a doté le mensonge d’un équilibre instable, tout mensonge écarté de sa position d’équilibre tend à s’écarter de plus en plus. La décennie Chadli, c’était l’époque où l’Algérie devait tourner son cul à tout le monde dans le cadre de la politique d’ouverture. Et, quand une nation est souillée à un certain degré, elle finit par tomber des hauteurs de ses illusions pour atterrir sur le substratum culturel de ses fondamentalismes. Avec Chadli, on était passé du culte de la personnalité à une nation qui manquait de personnalité. Il était, comme son prédécesseur, désigné pour une présidence à vie divisée en compartiments appelés mandats présidentiels. Si la vox populi avait du mal à lui conférer le rôle de successeur de Boumediène, la pop culture lui désigna volontiers le rôle de successeur de Jeha. Comme pour faire dans la cérémonie, sa nouvelle femme H’lima était plus jeune et plus cultivée que lui et, lui, d’un gabarit athlétique et bien fait, était, comme dans ce qui serait le film “une ravissante idiote”, version masculine, colle à elle, dans sa petite culture, comme une ravissante cloche.

Pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie, voire même dans le monde officiellement arabe, la notion de couple présidentiel en voyage politique officiel ou accueillant d’autres couples présidentiels était considérée par les libéraux comme un symbole de dé-constipation politique et sociale. Mais comme cela a été fait de façon très peu spontanée et artistique, on avait l’impression d’être passé comme sur un coup d’humeur, de la constipation à la diarrhée politique. « La générosité de Chadli » était le seul challenge à la popularité et au culte de la personnalité de Boumediène. Sans tarder, la présence de Chadli fait raviver les étalages avec l’arrivée des fruits exotiques et, de l’autre coté, le montant en devises alloué au touriste algérien est multiplié par cinq. L’Algérien qui se concevait ingouvernable sans Boumediène a tout de suite fait de retrouver une sorte d’enthousiasme de quelqu’un qui est sorti d’une époque où il était privé de tout vers une societé de relative abondance. Les guitares et le fromage rouge ont fait leur apparition sur le marché et la banane se vendait moins cher que nos oranges…  D’une époque où même le championnat national était diffusé en différé. C’était une époque morose où tout est rationné, contrôlé et où rien ne bougeait. Le pouvoir avait fait de la société une entité cristalline tout en restant très opaque vis-à-vis d’elle. Il a réduit l’allure du mouvement au point mort et la cadence des événements au compte-goutte pour que rien n’échappe à son contrôle. Les choses les plus excitantes étaient la radio-trottoir et les discours de Boumediène ainsi que les petites et grandes experiences durant la revolution algerienne, racontees par nos aines autour d’un feu doméstique. Le courant entre nos dirigeants et le peuple passait tres bien sans distorsion aucune. Toute opposition succeptible de s’interposer en filtre de la verité et du mensonge était contrainte à l’exile, emprisonnée ou carrement executée.

Pour bien illustrer l’Algèrie par la seule façon possible, l’humour, l’inspecteur Tahar se voulait, expressément, la tutelle illettrèe d’un apprenti largement plus éduqué que lui. C’est ce que les lycéens et les universitaires avaient designé sous l’appellation intello de fonction DRM (Deb Rakeb Moulah ou, en anglais, Donkey Riding its Master). Pour dénoncer, via l’humour, la dictature et l’abus de l’autorité, l’inspecteur Tahar, dans l’un de ses films, en piètre joueur de football, marque un but mais l’arbitre le refuse pour position d’hors-jeu évidente. L’inspecteur, dans tous ses états, lui met les menottes et l’envoie au commissariat.

Les hommes vivaient de l’interminable discours nationaliste qui faisait vibrer les foules aux rappels pavloviens des moments de leur vie où ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes.  L’instinct de fraternité frappait fort, la grande émotion qui s’était emparé de la société avait créé un esprit de solidarité qui faisait adhérer tous les individus de la société à un tout. Sans risque d’exclusion. Pour la première fois depuis probablement 5 000 ans, l’histoire a enfin décidé de remettre les clefs de la nation algérienne à ses propres enfants. Jamais, de mémoire d’homme, l’Algérien n’avait connu une telle fierté un tel bonheur. Personne ne se plaignait de la misère ou de la faim,  l’enthousiasme d’être libre et le délire de liberté comblaient à eux seuls toutes les misères du monde. Les pauvres appauvris par la révolution étaient vus d’un œil  plus humble  et, donc , plus respectés que les riches. La misère était conçue comme un rejet des faveurs coloniales et donc une forme  d’aptitude à la résistance. Le nationalisme à l’apogée de sa flamme s’est armé de la philosophie socialiste pour faire admettre que la richesse laissée par le colon est une souillure à l’âme de son héritier. S’enrichir par ses propres moyens était devenu suspect, il fallait donc s’arrêter de travailler pour son compte. La société n’était pas autorisée à produire du génie en dehors de la voie officielle, la seule richesse possible était celle qui nous venait du pétrole ou de ce qui l’on restait de ses revenus après avoir financé presque à nous seuls la guerre israélo arabe, la guerre du Polisario ainsi que  la bombe du Pakistan. Le travail de la terre, très peu rémunéré, a été délaissé pour l’industrie industrialisante à travers les entreprises  qui embauchaient pour ne pas chômer. La rentabilité étant le dernier souci de nos dirigeants, nos entreprises vendaient leurs produits finis avec un prix de vente inferieur au prix de revient, ce qui fait, que plus elles produisaient plus elles creusaient leur déficit. La politique de la subvention à tous les niveaux  faisait que les travailleurs de nos sociétés  ne sont pas payés par le fruit de leur labeur mais par l’argent des hydrocarbures. On ne parlait pas d’augmenter les bénéfices mais de diminuer le déficit, on ne parlait pas de plus value mais , ironiquement, de moins dévalue. Les travailleurs étaient payés avec une année et plus de retard, la Kabylie ne devait sa subsistance qu’à l’apport de l’immigration. Selon Larousse 40% de l’émigration algérienne en France est originaire de la Basse Kabyle.

Ce  stock de nationalisme et d’enthousiasme d’une liberté acquise, le pouvoir l’a  utilisé très astucieusement pour créer dans les coulisses de la fête une société commode débarrassée de toute forme de résistance et d’opposition. Nos dirigeants n’étaient pas considérés seulement comme nos libérateurs mais aussi comme The Masters Of The Cérémonies, pour reprendre les Dire Straits. La seule machine bien huilée et qui fonctionnait très bien en Algérie était la machine propagandiste. Elle était tellement forte et efficace qu’elle pouvait faire passer un historique algérien du statut de héros à celui de traitre en espace de 24 heures, sans que personne n’y trouve à redire.  La politique intérieure de Boumediene  et de son apprenti Bouteflika  avait échoué sur toute la ligne. Une révolution agraire qui a réduit le fellah de Mascara à attendre comme celui de Tindouf  l’arrivage des patates de l’Idaho, une industrie industrialisante qui comptait, faute de cadres et de savoir-faire, sur le bon sentiment nationaliste de nos anciens maquisards. La révolution culturelle a été réduite à un panarabisme pathologique dans lequel les cultures purement nationales, reléguées à une dimension folklorique, étaient programmées à disparaitre à petit feu. Boumediene avait fait de la cause palestinienne une affaire algérienne et de la cause berbère une affaire sioniste. Sa fameuse phrase qui annonçait notre position au profit de la cause palestinienne, fût-elle juste ou injuste, était classée, y compris dans les milieux modérés, comme l’une des phrases les moins diplomatiques du monde.

A l’époque, manger de la banane était un événement qui valait la peine d’être raconté. C’est que, quelque part, vous avez dû rencontrer un visiteur revenu du paradis sur notre terre chaste vis-à-vis des délices de la vie. Je me souviens avec “la politique d’ouverture”, mon grand frère nous avait acheté pour la première fois un ananas qu’il s’est débrouillé par piston et pas des moindres, au tout début du premier arrivage. C’était une sorte d’ananas-éclaireur venu tester la réaction algérienne à son égard. Parmi les plus jeunes membres de la famille, personne, y compris moi-même, n’avait auparavant eu affaire à un ananas “en chair et en os”. Aussitôt arrivé, ma jeune sœur qui s’ennuyait à ne rien faire et avide de se rendre utile à quelque chose et de prouver son esprit d’initiative, le prît aussitôt comme une grande et, sans aviser personne, s’en alla le planter dans le jardin. Au moment de le couper, on s’est bien marré de se rendre compte qu’il fallait le déplanter. (A suivre)

Rachid C

2 comments for “Discussions ordinaires sur l’Algèrie et ses hommes (Part III)

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