La démocratie… Une voie inévitable pour l'Algérie

On constate actuellement que le pouvoir algérien fait  des concessions sociales et  non pas politiques. Certes,  sur le plan social, le pouvoir est en train de faire concession sur concession, et cela est le signe d’une panique plutôt que d’une bonne gouvernance. Car, la fin suprême de  la classe politique qui nous   gouverne  est de durer le plus longtemps possible au pouvoir  au lieu d’utiliser la  souveraineté  dont elle dispose. Et c’est pour cette raison que les  représentants du  pouvoir, je dis bien représentants du  pouvoir et non pas du peuple pour des raisons que  je développerai plus tard, ont activé leur machine de propagande et leurs réseaux de soutien pour empêcher la revendication sociale de se transformer en revendication politique. D’ailleurs, on peut affirmer que ça leur réussit jusqu’à aujourd’hui. Et pour mener à bien cette bataille, ils ont séparé arbitrairement le politique du social en trahissant de la sorte la raison qui fait d’eux des hommes politiques, puisque on ne peut concevoir une action sociale sans pouvoir politique. Plus concrètement, on ne peut pas imaginer une lutte contre le chômage, par exemple, ou contre l’injustice sans une vision politique et sans décision politique qui émane de la souveraineté.

En outre, une analyse objective de la situation sociale actuelle de l’Algérie  montre que tous les problèmes à caractère social sont la conséquence d’une pratique  politique désastreuse. De ce fait, il est évident  qu’on ne  peut traiter ces problèmes dans le fond que d’une manière politique, étant donné que la cause est politique. Il est d’ailleurs à noter que   la  politique, c’est-à-dire la pratique du pouvoir, est le seul art capable de lancer la  société dans une trajectoire susceptible de la mettre à l’abri de toute menace d’effondrement. Malheureusement, la politique de  l’autruche que le pouvoir algérien  a choisie  de mettre en action  ne peut pas  s’inscrire dans cette perspective. C’est pour cette raison qu’il est temps que la politique cesse d’être la chasse gardée  d’un groupe restreint de « supers citoyens » qui ont eu  suffisamment de temps pour nous démontrer on ne peut plus clairement leurs limites  et leur incapacité de prévoir dans la gestion de la chose publique de sorte à ce qu’devienne accessible à tout citoyen désirant de servir l’intérêt général.  Puisque, gouverner c’est prévoir.

Il est clair  que les mouvements de protestations qui secouent l’Algérie ces derniers temps  sont l’expression d’un malaise qu’on peut qualifier de purement  politique, car, à notre sens, touchant de plus prés la relation gouvernés-gouvernants; une relation qui devrait être fondée  sur la confiance, l’élément essentiel que le pouvoir en place n’arrive pas à établir à cause du spectre de la fraude qui sème le doute dans le cœur des citoyennes  et des citoyens à chaque rendez-vous  électoral censé être  à l’origine des institutions représentatives  que l’état algérien a connu depuis l’indépendance jusqu’à la dernière élection .

Or, le pouvoir est souvent revenu sur ses décisions,  et en agissant de la sorte avoue  sa faiblesse en matière  de légitimité politique. C’est entre autres ce qu’il le contraint  à satisfaire n’importe quelle revendication sociale, et ce, de la plus légitime à la moins légitime. Mais le problème est que  le pouvoir avec cette manière de gérer la chose publique, ouvre la boite à Pandore, ce qui le mènera nécessairement  dans le  futur à faire face à une généralisation  de la protestation et de la revendication sociale en le confrontant à une crise multidimensionnelle  qui le paralysera. Par conséquent,  il ne trouvera ni le temps nécessaire ni les capacités adéquates  pour apaiser le mécontentement et la colère des citoyens. C’est dire que dans ce contexte, le changement politique s’opérera  par la violence, car, en effet, la politique que le pouvoir essaye de  chasser actuellement  et celle de chasser le naturel qui reviendra inévitablement!

Si un système politique est un ensemble d’institutions qui dispose de la souveraineté que le peuple a transféré lors des élections d’une manière volontaire à des représentants, le changement de système veut dire dans ce cas  changement d’institutions. Or, cela ne peut se réaliser qu’en opérant  un changement fondamental dans la constitution, c’est-à-dire consulter le peuple sur le  système  politique qu’il préfère, et cette façon de concevoir le changement du système ne peut se faire que dans un  état démocratique qui respecte  la volonté et les aspirations de son peuple, ce qui malheureusement  loin d’être le cas de notre pouvoir actuel.

Par ailleurs, c’est de l’utopie de croire que le pouvoir actuel effectuera de lui-même  un changement au sein du système qui le consolide et qu’il s’autodétruira pour laisser place à un autre système ainsi qu’à une autre classe politique.

Au demeurant,  il ne faut pas ignorer que tout pouvoir par nature s’efforce à persévérer dans  l’existence en accroissant sa force. C’est pour cela qu’il est si facile de concevoir qu’un système démocratique puisse se transformer par lui-même en un système monarchique ou aristocratique et devenir conséquemment despotique. Les  expériences  des pays arabes sont la preuve de cette possibilité, car ils sont dans leur majorité des républiques que l’on peut qualifier de monarchiques ou d’oligarchiques. Par contre, il est impensable que des despotes et des tyrans évoluent et deviennent des démocrates, c’est-à-dire acceptant le principe de l’alternance au pouvoir et respectant la volonté  des peuples qu’ils gouvernent. L’histoire témoigne que les despotes qui se maintiennent au pouvoir par la violence ne peuvent perdre le pouvoir que par une violence plus forte que la leur.

Certes,  le changement du système politique ne peut s’effectuer de l’intérieur comme le préconisent certains hommes politiques qui refusent de prendre la responsabilité historique pour changer ce système dont ils n’hésitent plus à condamner les dérives qu’ils qualifient de despotiques. Il est évident que le vrai changement de système ne peut s’effectuer que de l’extérieur, et l’acteur principal de ce changement est bien évidement le peuple. Par conséquent,  la force politique qui saura séduire la majorité du peuple et l’unir en une seule volonté serait  capable de mener la société vers ce changement, c’est-à-dire celle qui peut transformer les individus d’une situation de multitude à une situation de peuple ; parce que, dans la première situation, les individus sont multiples et chacun d’eux a sa propre volonté, ils n’ont aucun intérêt commun, par contre, dans la deuxième situation, ils sont unis, ils constituent un seul corps et une seule volonté, et ils ont un intérêt commun. Malheureusement, actuellement on ne voit pas l’émergence d’une force politique démocratique  capable de canaliser le mécontentement de la majorité  pour le transformer en une  volonté de changement du système politique.

A vrai dire, toutes  les forces politiques en passant  de la plus influente à la moins influente, de celle qui est  au pouvoir à celle dans l’opposition, de la plus théocratique à la plus laïque, toutes revendiquent  le changement. À mon humble avis,  c’est  dans ce paradoxe que réside le problème politique  en Algérie. On ne sait pas encore quel type  de système  préfère le peuple, la seule chose qu’on sait est que le système en place n’est pas à la hauteur de ses attentes. Si  le changement est appelé un jour à se faire, l’alternance au pouvoir pourrait être une alternance entre deux forces politiques qui  veulent mettre en exécution deux visions de systèmes politiques contradictoires, en l’occurrence  entre une force politique théocratique et une force politique laïque.  Et ce type d’alternance serait nécessairement  une révolution, parce que  à chaque rendez-vous électoral, le peuple serait  appelé  à effectuer un changement politique radical dans le système, c’est-à-dire  une révolution. Bien entendu, cela mettrait  l’état devant une impasse qui engendrerait forcément de la violence. C’est pour cela que le changement positif  et constructif ne peut venir que d’un peuple qui adhère dans sa majorité à un projet de société bien clair, c’est-à-dire un projet qui pourrait unir unir les volontés individuelles pour en faire en une seule volonté.

Les deux projets de société qui se sont dessinés  d’une manière claire ces dernières années  en Algérie sont certainement  le projet théocratique et le projet laïc. Aussi,  avant d’effectuer ce changement, le peuple algérien est appelé dans sa majorité à choisir son projet de société afin d’élaborer  le système politique adéquat  et capable de le réaliser.

Si on revient aux différentes théories de la démocratie, on trouvera que  les deux fondements  principaux de la démocratie sont l’égalité et la liberté. On constatera par ailleurs que   ces deux fondements sont en réalité inhérents à la nature humaine. C’est pour cette raison qu’afin de changer le système politique  actuel, il est aujourd’hui du devoir de la classe politique démocratique  qui a choisi de s’y opposer de contredire le mensonge idéologique qui dit  que le peuple algérien n’as pas atteint le degré de civilisation et de maturité qui lui permettrait de comprendre les vertus de la démocratie et d’accepter de s’y conformer. Car, pour les défenseurs et les adeptes de cette thèse, la violence qu’a vécue le peuple algérien juste après l’ouverture démocratique est une preuve irréfutable  selon eux que le peuple algérien n’est pas près pour la démocratie, ce qui sous-entend que son degré de progrès le condamne à subir la dictateur, notamment en troquant sa liberté pour vivre en paix.

Afin de dévoiler le fond de cette thèse idéologique que  la classe politique dirigeante exploite  pour renforcer son despotisme, il est  nécessaire que les démocrates  dissipent le doute en la capacité du peuple algérien à organiser sa vie commune d’une manière démocratique; une manière du reste qui s’est installée dans  son  imaginaire collectif. Il est clair que  c’est de leur devoir de démontrer au peuple que  la vérité est tout à fait le contraire, la démocratie est le régime politique le plus proche de la nature humaine et qu’il est plus facile pour n’importe quel homme de vivre dans un état démocratique que de subir les contraintes d’une dictature, puisque, pour  que cette dernière soit acceptée par un   peuple, il faut  lui imposer une  culture qui l’obligera à se méfier de la liberté et de l’égalité, voire même à  les rejeter. Mais, cela exige bien sûr un travail idéologique minutieux capable d’éduquer les citoyens au rejet de la démocratie, c’est-à-dire à les dresser contre leur propre nature.

En réalité,  la matrice idéologique de cette attitude est l’anti modernisme primaire que le pouvoir politique en place inculque aux futurs citoyens dans les écoles. De ce fait,  la nébuleuse islamiste qui rivalise avec le pouvoir en essayant de s’accaparer de tous les espaces publics et d’infiltrer  toute les institutions de l’état, effectue un travail allant dans le sens de construire l’Homme croyant et non pas l’Homme citoyen; l’homme qui croit à la superstition plus qu’il ne croit à la science, l’homme qui est convaincu que le salut eternel commence par l’instauration d’un état islamique.

Il est clair que  la tâche des démocrates  s’avère  ardue, parce qu’ils ont  à affronter l’idéologie du pouvoir et celle des islamistes qui par ailleurs convergent dans la lutte  contre la démocratie sans toutefois avoir le même objectif. La première, sous la contrainte de la logique du pouvoir et avec un  machiavélisme sans bornes, justifie tous les moyens que le pouvoir jugent efficaces pour sauvegarder la souveraineté, et  dans ce contexte, sans aucune  gène, il utilise  d’un côté les moyens idéologiques des islamistes en faisant  rappeler aux démocrates laïcs que  l’islam est la religion de l’état, et de l’autre côté,  les  moyens qui contredisent les principes de l’islam qu’on peut qualifier de laïcs, en faisant rappeler aux islamistes que la constitution garantit  le respect des droits de l’homme;  car, le plus important pour la classe politique  dirigeante est de rester au pouvoir et de garantir une bonne succession, c’est- à-dire une succession qui ne sort pas de son clan. Et la constitution  actuelle justifie cette schizophrénie.

Pour conclure, il faut en convenir, la situation sociopolitique de l’Algérie  exige des hommes politiques qui gouvernent de céder le pouvoir pour qu’ils redeviennent de simples citoyens. Car, l’alternance au pouvoir est une condition incontournable dans la gestion démocratique des institutions de l’état. La souveraineté qui ne puise pas dans son terreau  naturel, le peuple en l’occurrence, ne peut disposer de  la force nécessaire pour faire face à tout obstacle éventuel  qu’elle peut rencontrer dans l’exercice de son pouvoir. Quoiqu’ils fassent, nos dirigeants, aujourd’hui, ne peuvent occulter l’évidence  que le marasme social est la conséquence naturelle d’une faillite politique, à moins qu’ils soient atteints de cécité.

 

Kaidi Ali

 

2 comments for “La démocratie… Une voie inévitable pour l'Algérie

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