Décennie 80 : La génération YUP et les Reaganomics


Ronald Reagan (1911-2004)

La popularité de Jimmy Carter a atteint des seuils critiques et la victoire du président républicain Ronald Reagan avait enregistré un ras de marée électoral sans précédent. Ironie combinée de la chance et de la politique, les otages américains en Iran ont été libérés le lendemain de la nomination officielle de Reagan à la Maison Blanche, le 31 janvier 1981. Un bon présage pour Reagan qui recevra le titre de Grand Communicateur. Rien de mieux qu’un hollywoodien, paradoxalement conservateur, pour réussir le grand défi de réconcilier Hollywood, la planète du péché, avec la morale puritaine. Un homme fort qui a dû, sans faire se fâcher le monde, utiliser 78 fois son droit de véto : Un record absolu ! Alors que Georges Bush, de réputation, têtu, n’en a fait usage du sien que  12 fois .

Les conformistes de la génération des baby-boomers ainsi que ceux qui ont choisi, au moment opportun, de rejoindre la mainstream, ont profité du boom économique des années 80 dominées par les 2 mandats du président Reagan. Ses réformes accompagnées d’une réduction des impôts de 280 milliards de dollars et qui seront rentrées dans l’histoire sous le nom de Raganomics, ont permis au citoyen de s’enrichir et d’investir, ce qui, au retour enrichissait l’Oncle Sam. Dans son livre, Une Vie Américaine, Reagan avait affirmé avoir reçu cette idée de l’historien et sociologue musulman Ibn Khaldoun qui rapportait dans son Introduction qu’un pharaon avait réussi à redresser l’économie de son prédécesseur en allégeant les taxes de ses citoyens. Cette méthode reaganienne de la gestion de l’économie US sera qualifiée de catastrophique par les démocrates du fait qu’elle propulsa la dette publique américaine à se chiffrer en milliers de milliards (billions) de dollars.

Ces reaganomics ont permis aux baby-boomers, jusque-là, retirés dans la province, de venir investir dans la ville. Pas moins de 750 000 fermes avaient disparu en 20 ans aux Etats-Unis. Du jamais vu depuis la guerre civile. Cette fiscalité allégée par les reaganomics a créé des millions de nouveaux riches. Les années 80 seront alors connues sous le nom de « GOGO Years » et la génération des baby-boomers, dans ses trentaines, reçoit le nom de YUP Génération qui signifie Young Urban Professionnals appelés aussi the Yuppies.

Beaucoup d’américains semblaient avoir gobé à l’influence du très populaire film « Wall Street » qui défend les bienfaits de la gourmandise par le slogan : Greed Is Good. Les évangélistes de leur coté interprétaient la richesse comme une bénédiction du seigneur. A l’opposé, dans le cadre de la même logique, les pays pauvres seraient atteints d’une malédiction qui s’appelle la pauvreté.

Mais cette « Life In The Fast Lane » (La vie sur la ligne la plus rapide de l’autouroute) comme le chantent les Eagles, n’avait pas profité à tout le monde : Les reaganomics ont contraint le gouvernement à annuler beaucoup de programmes d’assistance aux pauvres. L’usage de la drogue avait atteint des dimensions épidémiques et le SIDA se propageait à une vitesse effrayante. Une bonne partie de la population était réduite à la charité. De bonnes raisons pour les récalcitrants de l’humanisme égalitariste de continuer leur petit bonhomme de chemin dans le rejet des contre-valeurs capitalistes derrière le fameux Rock Band des années Berkeley : GrateFul Dead. Qui signifie tout simplement « Mort Reconnaissant ». Cette appellation a été choisie par le leader du groupe Jerry Garcia, en l’honneur, parait-il, d’un mort, trop pauvre de son vivant pour se payer l’enterrement de son cadavre. Sa mort avait engendré une telle émotion au sein de la communauté des vivants que celle-ci s’engagea à lui cotiser la somme nécessaire à des funérailles dignes du respect et de la dignité de tout humain devant la mort. Son corps avait rejoint la terre et son âme le cœur des hommes.

Fin de l’anti culture ou le désarroi d’un frérot

Grateful Dead

En ultime représentant actif du Mouvement hippy, ce groupe continuait à se déplacer de ville en ville sur des endroits témoins de l’humanisme de l’Amérique, toujours dans la tradition Woodstock, avec lui, le cortège résiduel des irréductibles de l’anti culture jusqu’à la mort de Jerry Garcia en 1995. La dernière fois où ce groupe avait produit, c’était à Vénice Beach. Un frère musulman algérien à l’allure plutôt d’aventurier, qui faisait du commerce ambulant, suivait ce groupe partout dans ses déplacements pour vendre des derboukas et des sandwiches algériens à ces hippies en délire qui achetaient tout, très souvent, rien que pour l’ambiance .« Goût d’Hier, Qualité d’Aujourd’hui » comme disait une pub bien de chez nous. En plus de se faire des sous, l’idée était de mettre à profit des moments où les américains aiment s’éclater pour soumettre l’art et la gastronomie algérienne à la consommation psychédélique. Ça vaut le coup dans un pays où la culture algérienne est l’une des moins représentées au monde. L’Algérie est l’un de ces pays de son gabarit à ne pas avoir de vol direct avec l’Amérique. Le couscous, tout comme Zidane, l’Amérique en connait très peu. L’empire Wall Mart qui compte 60 000 fournisseurs de par le monde compte en son sein des produits importés du Maroc et de la Tunisie mais jamais d’Algérie ou de Libye. « Le pétrole est là, le travail s’en va », semble être la philosophie du tiers-monde. Ne pas se casser la tête à se démmérder, le pétrole se démmérde pour nous. Si la nature nous a dotés de lauriers, pourquoi le laurier-rose ? Si le recul de la mer nous a privés d’une baignade dans le désert, c’est grâce à ce désert que l’Algérie baigne dans l’huile. Que Dieu accueille le paléoploncton dans son vaste paradis.

Par contre, les américains parlent de berber carpet, une espèce de moquette très prisée en Amérique. Saint Augustin et Santa Monica et, plus récemment l’Emir Abdelkader, sont incontestablement les figures les plus honorablement représentatives de nos valeurs universelles algériennes en Amérique. Algiers Point, en Louisine, est l’un des quartiers les plus vieux de la nouvelle Orléans dont on dit être la vitrine de l’Amérique. Quand on parle de berbères, certains américains évoquent, sans rancune, cette guerre que Jefferson devait livrer, dans le cadre d’une alliance, aux corsaires qui se donnaient du plaisir à piller les navires navigant au sud de la Méditerranée dans les eaux internationales. Jusqu’avant le 9-11 où le coup des Twin-towers, l’algérien pouvait passer incognito de New-York à Los Angeles. Dés qu’il se présente comme un africain de géographie, de culture et d’histoire, il devient, dés lors, une curiosité terrestre aux yeux de l’Américain profane qui prendrait tous les blancs du continent noir pour des descendants de Tarzan. Gêné par son inculture, l’américain se séparerait de l’Algérien de la légende avec le sentiment agréable d’avoir rencontré un personnage du film “Rencontre du Troisième Type”. Ce sentiment positif de l’américain envers l’algérien a duré jusqu’au jour où un algérien, bien de chez nous, un certain Ahmed Ressam, est venu du Canada avec l’intention vorace de plonger, à l’aube du troisième millénaire, l’Amérique civile dans un bain de sang. Ce fâcheux événement vaudra à notre pays une bien malheureuse publicité au hit parade des nations les plus antipathiques à l’Amérique. La logique de la terreur fera abstraction de notre appartenance géographique à l’Afrique pour nous rattacher à un continent idéologique qui s’appelle le Moyen Orient. A ce prix là, le rêve des islamo baathistes algériens est atteint.

Notre hippy de Dieu, partait à chaque fois, le van plein et revenait le van vide. Une activité commerciale qui convenait bien à notre frérot qui bouge et comme l’argent n’a pas d’odeur, même venant de ces dévergondés de hippies, il ne risquait pas d’irriter les narines de Dieu. A la mort de Jerry Garcia en 1995, le business de notre hippy frérot agonise. Comme émus par la fin non annoncée du mouvement hippy, nos derboukas et nos sandwiches algériens, comme plongés dans un deuil éternel, refusent de séduire. Notre businessman ambulant, après avoir écoulé très péniblement son dernier stock de derboukas à Vénice Beach, se fait rappeler par son destin pour d’autre forme de gagne-pain. Comme pas mal de hippies de la Désolation Road, il est aujourd’hui en analphabète cybernétique à la recherche d’un abri épique, quelque part entre les maillons de plus en plus serrés des mondes interconnectés de la révolution technique.

Quelques mois plus tard, il racheta dans la ville de Santa Monica, en Californie, pour une poignée de dollars, un restaurant qui ne marchait pas, à son frère qui l’avait lui-même racheté à un autre algérien qui n’arrivait pas à le faire marcher. C’était, pourtant, sur la bien célèbre Third Street Promenade, sans doute la rue la plus commerciale de l’Ouest des Etats-Unis. A la place d’une bonne clientèle qui achète, sa popularité lui a attiré, en grande partie, des Akh fi Eddine (frères de culte) qui venaient, les moments de prière étaler, gentiment au nom du devoir céleste, tour à tour, leurs tapis dans un coin de la petite salle où étaient disposées 2 tables d’où ne provenait, pratiquement aucun profit. Leurs occupants n’avaient rien avoir avec l’intérêt gastronomique. C’était plutôt des Maghrébins qui avaient des rêves plus hauts que le plat de couscous, des esprits plongés dans la (re)conquista arabo-musulmane. Les discussions sur les valeurs du  monde arabo-islamique et les péchés de l’Amérique se succédaient autour des 2 tables au rythme des tasses de thé que notre restaurateur de la Baraka disposait gratuitement et de très bon cœur à tout client  qui participerait économiquement à la prospérité de son business. Nos maghrébins  repartaient, après n’avoir rien consommé, en dehors de ce qui était gratuit, avec des salamalecs aussi polis que non payants pour notre restaurateur de la baraka. Une sorte de chèque à blanc pour un compte en banque céleste, serait-il tenté d’espérer dans le meilleur monde des mondes de la rentabilité. En contemplant avec une envie terrestre, chez son voisin le chinois, la fluidité de la clientèle qui venait jusqu’à son territoire lui demander gentiment d’emprunter ses tables vacantes placées dehors , alors que lui, ’il n’avait servi qu’un seul repas pendant tout un après-midi à un touriste qui avait ce jour là décidé de manger autrement, il lança : Quelle chance a ce chinois d’avoir pareille clientèle, alors que moi je ne reçois que des mouches ! Sous l’éclat de rires général, un algérien, pas très culte, lui répliqua ironiquement : El baraka ef laqlil (La baraka, c’est dans le minimum). S’étant rendu compte que les bons prieurs ne sont pas de bons payeurs, il revendit, pour quelques dollars de plus, sa gargote à un tunisien. (Fin)

Third Street Promenade (Santa Monica, prés de Los Angeles)

Rachid C.

 

2 comments for “Décennie 80 : La génération YUP et les Reaganomics

  1. July 3, 2011 at 12:31

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  2. May 13, 2012 at 09:46

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