De la tolérance en Kabylie à l’intégrisme en Occident

Partir à un âge où l’on compte plus le temps mais où le temps nous est compté, autant partir le plus loin possible pour éviter la tentation du retour due aux forces de rappel qu’exerce en permanence, sur l’exilé, la douceur de la Terre Natale.

 

Tichy Plage

 

C’était un privilège de se retrouver, à l’apogée de la conquête intégriste, dans ces quelques kilomètres de l’immense Algérie, à l’abri de la Reconquista Islamiste. Coté sud, se dressaient les imposantes montagnes qui nous protégeaient contre la désertification ; coté nord, c’était l’ouverture à l’occident via la belle Bleue qui nous faisait parvenir, sur les ailes d’une mer sans obstacles, les signaux de la civilisation via radio FM. L’étroite bande insérée entre le littoral et nos chaines de Montagnes jouissait, vis-à-vis de l’intégrisme, du statut de bande non-pass. Sous l’odeur de la bière et du poisson se déroulaient des débats de haut niveau qui faisaient ressembler nos bars à de véritables centres culturels. A un  algérien qui s’est débrouillé par le seul mérite de son activisme au FLN contemporain dans sa version  « chasseurs de primes », et qui se mettait à taquiner un universitaire dans son échec matériel, ce dernier lui a répondu que le système a fait de l’Algérie un égout et dans un égout ne prolifèrent que les moustiques, les mouches et les cafards. A l’époque il n’était pas envisageable que nos montagnes, telles le géant Atlas, auraient à supporter le poids de l’intégrisme sur leurs épaules et que les sirènes méditerranéennes séduiraient à ce point nos harragas. C’est à se demander à quel point peut-on ne plus supporter une place pour s’aventurer à la quitter, à tête reposée, au risque majeur de sa vie.

Ce jour là c’était le jour des élections. Les élections les plus excitantes de l’Algérie indépendante. L’illusion de naissance d’une Algérie qui aurait  enfin compris les valeurs de la démocratie, serait-on tenté de croire. En compagnie d’un ami, on s’est retrouvé à Tichy, la Daïra. L’écrasante victoire du FIS aux élections qui a brouillé toutes les cartes électorales, a redoublé de férocité mon désir, déjà grand, d’adhérer au parti des partants. Le peu de foi que j’avais en mon pays était bel et bien foutu : L’arabo-islamisme a eu raison de lui. Le match devait se dérouler entre un intégrisme qui jouissait de sa virginité contre un pouvoir qui avait un problème de légitimité vis-à-vis du peuple et un problème de conscience vis-à-vis de lui-même. Comme entre 2 maux, n’en choisir aucun, j’ai décidé de quitter mon pays du Fleuve Détourné à la recherche d’Une Paix à Vivre. Partir à un âge où l’on compte plus le temps mais où le temps nous est compté, autant partir le plus loin possible pour éviter la tentation du retour due aux forces de rappel qu’exerce en permanence sur l’exilé la douceur de la Terre Natale. Comme l’Europe est un continent qui nous est fermé, le terme Bounioul collé à notre image semble être un passe-nulle-part ou un mot-de-passe pour un sésame-ferme-toi-aux-arabes; autant donc partir dans un pays où l’on est inconnu que dans un pays où l’on est tristement célèbre. La médiocrité des américains en géographie nous arrangerait à bien des égards. On devait émigrer impréparés vers un pays où la plus grande honte est de perdre. Mais le seul fait d’atteindre l’Amérique l’emportait sur toute autre chose. L’Amérique était pour nous une obsession et un obsédé n’est rien sans la chose qui l’obsède. La raison d’être en Amérique éclipsait la raison tout court. Le jeu en valait donc bien la chandelle, à nos risques et périls dans un monde où le rêve et le cauchemar ont la même porte d’entrée.

Des musulmans qui ont fui la loi de la Sharia, à déstination de l’Occident, ont atteri, dans des milieux qui la réclament encore plus fort.

Quitter sa Kabylie natale où l’on mangeait quasi librement durant les journées de Ramadhan et puis fuir à cent milles lieues de sa Mer à la recherche de ce-plus-de-liberté et d’ épanouissement moral pour, finalement, tomber en plein milieu des intégristes qui nous condamnent à manger ou à aller à la plage  en cachette, c’ est lamentable, ce menu fretin de voyage serait-on tenté de conclure. Chercher le Hidjab à Vénice Beach ou le bikini à la Mecque c’est rater le sens commun. Quand on veut bronzer, on ne se rend pas en Sibérie, quand on veut faire du ski, on ne se rend pas aux endroits où il ne neige pas. Moi, en prenant l’avion j’étais sûr que ce n’était pas pour l’Iran. Après avoir volé plus haut que les nuages, c’est bien choquant d’atterrir là où l’on se fait accueillir dans notre dépaysement et notre timidité par une bande d’intégristes chevronnés, qui nous propose de nous entrainer aux champs de tir pour nous préparer à aller renverser le gouvernement algérien au profit du parti islamique injustement lésé de sa victoire. Justice pour justice, autant la rendre à soi-même et quitter les lieux à la recherche de milieux qui conviennent à notre façon de voir le monde. Le Nouveau Monde de surcroit. Avoir à affronter, après un si long voyage, des idées qu’on a cru définitivement quitter, c’est se rendre compte que ce n’est pas toujours beau l’autre rive. Il fallait comprendre que le mal et le bien ont un don d’ubiquité dans des proportions variables. C’est, nous disaient nos intégristes d’accueil, d’ici-même que les bosniaques avaient démarré leur révolution. Mon dieu, me suis-dis, quand on est saint et qu’on supporte la loi du tout  voile on ne trimballe pas sa femme toute voilée sur la corniche de Santa Monica où se déroule au quotidien la parade des cuisses et des seins, pour aller y passer dans la pudeur familiale des après-midi de non pudeur à collectionner des contre-points au rythme des corps exposés qui défilent de jour comme de nuit. Le magnifique ciel californien qui s’écrase de tout son bleu sur le bleu de l’horizon serait flatté de voir la beauté jaillir des corps des humains dans un éclat de vie en rose. Ici, les mômes, préféreraient, volontiers, la barb-à-papa sucrée et colorée à la barbe au henné de nos dévots qui exigent que leur foi soit loi. Ici, la différence qui existe entre les saints et les seins et celle qui existe entre les lieux de culte et la plage. Quand la pudeur nous interdit de côtoyer les fruits sataniques, on ne peut se permettre des ballades dans le jardin de Satan. L’attitude du sable et du sabre, c’est aux pays du culte et du colt. Avec tout le respect  qui est dû aux respectables  croyants qui pratiquent leur foi librement sans essayer de l’imposer aux autres, la réponse à ces dévots qu’on déçoit parce que on ne fait pas la prière et qui nous regardent de travers marcher en short dans les rues occidentales conçues pour les hommes libres est …d’aller voir à Khartoum si nous y sommes.

 

2 comments for “De la tolérance en Kabylie à l’intégrisme en Occident

  1. June 21, 2011 at 02:05

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