Ait Ahmed, un homme à paradoxes?

Je préfère être un homme à paradoxes qu’un homme à préjugés (Jean Jaques Rousseau)

(Discussions ordinaires, autour d’une table, sur l’Algérie et ses hommes Part VI).

Boumediene, disait-on, avait ce flair d’un malin dirigeant qui lui permettait de sentir les gens à qui il pouvait faire confiance. C’était, comme disait un ami, un homme qui se baignait tout en ayant, en permanence, un œil sur ses affaires (ay 3um wa ye3as h’wadjou). Le contraire de Saïd Sâdi qui, lui, par manque de flair politique, avait, très souvent, fait confiance aux gens qui finissent par le trahir. Certains diront que Said Sadi, issu d’un milieu intellectuel, évoluait tellement haut que les coups-bas ont plus de chance d’échapper à son radar. Ses adversaires, par contre, mettront ça sur le compte de sa naïveté politique. C’est ce qui fait, au delà des choses accessibles au raisonnement, l’envergure d’un personnage politique.

Dans les années 90, des scientifiques avaient enfermé une population de rats à l’obscurité, dans une enceinte close avec, comme parterre, une plaque métallique conductrice d’électricité. Un tunnel secret entre l’extérieur et l’intérieur de la cellule  a été creusé par les scientifiques de telle façon que  seuls les rats les plus rusés peuvent le découvrir. On soumet le parterre métallique à une décharge électrique pour créer parmi les rongeurs un état de sauve-qui-peut général et, en même temps, on éclaire l’intérieur de la cellule. Résultat : les rats qui ont le plus bas statut hiérarchique étaient les premiers à trouver le tunnel et à rejoindre l’air libre. On refait plusieurs fois la même expérience avec des issues de secours différentes et on obtient toujours le même résultat.

Dans un système politique propre aux républiques bananières, où seule la ruse et les coups de banane comptent, un majeur de promo comme Saïd Sadi ou un diplômé de l’école des X comme Sid Ahmed Ghozali ne sont pas bien adaptés aux petits pièges de la bassesse politique. Dans un système dénué d’intelligence c’est la ruse,  le sentiment d’appartenanace clanique et les petits calculs de sorciéres qui font propulser les hommes vers les cimes du pouvoir et surtout de  s’y maintenir. La compétence et le souci de développer le pays sont quasiment exclus. Un pays qui se fait sans moi, je lui souhaite la dérive. Comme disait un ancien proverbe Kabyle, la marmite de laquelle je ne mange pas, qu’elle brûle!
De même dans la famille Bouteflika, Aziz est celui qui s’est débrouillé le moins à l’école et c’est lui qui se débrouillera le plus dans la vie. Sa vieille maman n’aurait pas tors, si, comme presque toutes les méres traditionnelles algériennes, elle avait imploré Dieu selon cette formule chére à Cheikha Rimiti de lui donner un fils plutôt rusé que hautement diplômé (djibouli qafez , ma tjiboulich qari). Bien évidemment, dans des situations de naufrage à l’algérienne, le seul savoir qui compte c’est le savoir-nager… en eau trouble. N’est-ce pas frangin Said, diplômé en physique nucléaire ? Tu n’aurais jamais songé un jour à la présidence sans les épaules de ton grand frère Aziz, scolairement parlant, le raté de la famille.

Autour de la table, Said Sadi, est vu comme un intellectuel producteur d’idées plutôt que politicien susceptible de leadership. Par sa façon de pousser aux réformes, il ressemblerait beaucoup plus  à Sakharov qu’à Gorbatchev. Dans le monde de la politique et des sociétés où chacun a un rôle à jouer, les producteurs d’idées ne sont pas forcément ceux qui sont appelés à les appliquer. Comme dans le marketing : celui qui crée un produit n’est forcément pas celui qui le commercialise. L’idée de l’indépendance américaine a été cognée par Thomas Paine dans son livre Common Sens et ce sont d’autres américains de sa génération qui l’ont faite aboutir. En Amérique, puisqu’on y est,  c’est comme en Algerie : si vous donnez l’occasion à vos adversaires de  vous coller l’étiquette d’antireligieux, c’est que vous avez  compromis votre avenir  politique, du moins pour les fonction suprêmes.

Premier paradoxe d’Ait Ahmed
Ait Ahmed lui, qui connait mieux le milieu, a été, en quelque sorte, plus malin. Tout en proclamant la laïcité, il avait tenu des discours de façon à ne pas permettre au pouvoir de lui mettre les intégristes et les religieux sur le dos. Mais, paradoxalement, de l’autre coté, il a pris le risque de dresser une bonne partie de la population Kabyle contre lui en traitant ouvertement et sans réserve, le RCD de pure création de la SM. D’un coté, Ait Ahmed fait preuve de maturité politique en évitant  la confrontation directe avec le FIS et les autres partis islamistes, de l’autre coté, il se la crée au sein de sa propre famille. Ne touchez-pas à ma Kabylie et faites ce que vous voulez du reste de l’Algérie, semble être le message qui nous parvient de l’arrière pensée d’Ait Ahmed.

Deuxieme paradoxe
Dans les discours du FFS, les critiques sont dirigées contre le pouvoir, mais presque jamais contre l’opposition. Les seuls partis d’opposition critiqués par le FFS sont, cependant, le RCD, le MAK et, autrefois, le FFS2. Si Said Sadi avait été le créateur du MDA à la place de Ben Bella, il n’aurait, probablement, pas été aussi bien descendu par Ait Ahmed.

Troisième Paradoxe
S’agissant du pouvoir, Ait Ahmed a, à maintes reprises été invité à le prendre mais il a toujours répondu par un refus catégorique. Pourquoi ne l’a-t-il pas accepté comme l’avaient fait Boudiaf, Zeroual et Boutef ? Le pays était dans le pétrin, on lui adresse  un SOS, c’est le moindre des nationalismes de mettre ses compétences et sa stature historique au service de la nation et de tenter l’aventure de l’y faire sortir, avec tous les risques et périls que cela pouvait prendre. Pour un nationaliste aussi confirmé que lui, sa vie et son image de marque ne devaient pas être plus importantes que les intérêts suprêmes de la nation. Sans doute, au fond de lui-même, Ait Ahmed  savait bien qu’il ne pouvait en aucun cas être admis aux fonctions suprêmes du pays sans trahir au plus haut degré sa kabylité. Il avait l’air de savoir qu’il ne pouvait, en aucun cas, être effectif dans une Algérie définie de façon bornée et non négociable par des gens qu’il connaissait fort bien. L’antikabylisme ambiant a fait que les algériens se méfient toujours des Kabyles. Ait Ahmed avait déjà fait les frais de sa kabylité, quand, suite à la crise berbériste de 1949, il a été destitué de  sa responsabilité de chef de l’OS pour la concéder à Ben Bella.

Quatrième Paradoxe : Le pire dans la vie c’est d’être maltraité par une personne de réputation gentille et généreuse.

Cela nous renvoie à 1992, à la victoire du FIS et à l’annulation des élections par le pouvoir en place. Said Sadi ainsi que la majorité des intellectuels algériens avaient supporté une telle initiative alors qu’Ait Ahmed avait qualifié cette opération de coup d’état  contre la démocratie. Comble des paradoxes, c’est que, quelques jours après la victoire du FIS qu’il avait saluée à contre-coeur, en quelque sorte, pour faire professionnel, Ait Ahmed organise une imposante marche à Alger dans le but, disait-il, de sauver la démocratie. Questionné par un journaliste sur la victoire du FIS, il répondit : nous avons nos  forêts et nos montagnes pour nous protéger. La question dépassait la compétence de la table quant à ce que voulait dire exactement  Ait Ahmed.

Partons du fait qu’Ait  Ahmed ait toujours été présenté comme un esprit lucide et bien cultivé, nous nous sommes dit que ce casse-tête typique au leader du FFS devait avoir quelque chose de très significatif. Nous nous étions laissés à aller  plus longuement dans le débat. Le jeu en valait bien la chandelle et le café aidait à délier les langues, sans doute, parce qu’il était de marque Arabica. Le jugement porté sur la personne d’Ait Ahmed par Benyoucef Benkhada dans l’un de ses livres, et, selon lequel il était plus kabyle qu’algérien, avait l’air de mériter sa place comme paramètre dans l’équation paradoxale d’Ait Ahmed.

D’apparence, à l’époque, la scène politique se présentait très souvent comme une dualité entre 2 forces opposées : Une force intégriste destinée ouvertement à tuer la démocratie, et une force militaire destinée, soit disant, à la protéger. Pour l’écrasante majorité d’intellectuels démocrates aussi bien que pour le RCD, le principe du moindre mal imposait en urgence un choix en faveur de l’armée. Curieusement, Ait Ahmed n’était pas de leur avis, pour lui, le moindre mal n’était pas celui qu’on pense. Autrement dit à intention égale, on ne se méfie pas de celui qui nous promet ouvertement le mal  mais de celui qui a le plus de capacités de faire aboutir sa nuisance.

Enoncé du 4eme paradoxe
En effet, dans la vie, s’il nous arrive d’être condamnés à un mauvais traitement et qu’il nous ait donné le choix de designer la personne qui nous le ferait subir, la moindre des sagesses serait de choisir, à notre triste sort, la personne qui a la plus mauvaise réputation en terme de gentillesse et de générosité. Si dans la vie nous sommes maltraités par une personne de réputation méchante, la moindre de nos plaintes ou de nos gémissements recevra un écho dont le capital en terme de sympathie et de compassion est proportionnel au degré de méchanceté qui affecte la réputation de notre agresseur. Si, au contraire, nous sommes maltraités par une personne réputée pour sa gentillesse et sa générosité , nos gémissements et nos cris susciteront de l’indifférence ou ne feront que compliquer notre sort. Autrement dit, on aura de la peine à être pris au sérieux et à se faire entendre.

Compte tenu de ce raisonnement, selon Ait Ahmed, si le FIS venait à avoir le pouvoir, la Kabylie se présenterait au reste du monde, à l’exception de certains pays comme l’Iran et l’Arabie Saoudite, comme une oasis de démocratie à sauvegarder dans un désert d’intolérance et d’intégrisme. Le monde entier aura les yeux braqués sur la Kabylie  comme l’ultime espoir d’une démocratie à défendre et, un moindre gémissement ou plainte de sa part sera tout de suite entendu ; toute éventuelle agression de  l’insupportable  république islamique  sur la Kabylie serait immédiatement condamnée par la communauté internationale. N’ayant ni pétrole ni or à offrir aux chasseurs de capitaux, elle suscitera par sa bravoure, sa résistance à l’intégrisme religieux et son attachement aux valeurs démocratiques, admiration et compassion.

Dans le cas où les militaro-baathistes venaient à rester au pouvoir, la Kabylie serait la perdante sur toute la ligne. Nos agresseurs en costume-cravates, et d’un look rassurant, tout en prêchant faussement la démocratie, accueilleront les investisseurs du monde entier à coups de champagne, de cigares et de danse du ventre dans nos Sofitel, nos Hilton et nos Sheraton. A l’égard du gâteau tout le monde aura sa part proportionnellement au degré d’influence de chacun sur l’échiquier politique mondial. Si la Kabylie venait à se plaindre d’un tel “pouvoir-gentleman”, elle ne rencontrera effectivement que sourde oreille et indifférence de la part d’une communauté internationale qui ne risque pas pour les yeux de la Kabylie qui n’a  rien à offrir en contrepartie, de perdre la mamelle algérienne. Dans ce cas, il peut nous agresser à volonté, on aura beau crier à l’injustice, le monde a les oreilles dans notre désert, assourdies par les bruits des foreuses. Conclusion : Le danger pour la Kabylie se dissimule derrière le rouge à lèvres de Khalida et les cravates de Boutef et d’Ouyahia plutôt que dans les prêches effrayants à distance d’Abassi et Belhadj.

L’Algérie, 20 ans après, et la menace intégriste est toujours là malgré la prospérité pétrolière
Aujourd’hui, on se rend compte, qu’Ait Ahmed avait, apparemment, vu juste. Après 20 ans de pouvoir baathiste résolument anti kabyle, qu’a-t-on profité de l’annulation des élections par les militaires pour avoir donné le pouvoir à notre bien-présentable-agresseur. Qu’ont-ils gagné, le RCD et tous nos intellectuels pour s’être donné tant de peine à arrêter le processus éléctoral ? Ils l’ont fait finalement pour qui, si ce n’est pour les putschistes et le DRS ? Enlever le pouvoir à un dictateur élu démocratiquement pour le donner à un faux démocrate qui a initié l’Algérie aux tours de force et  la  magouille des coups d’états, ce n’est pas tout à fait un choix  judicieux pour protéger la démocratie. Et le résultat on le voit à long terme. Aujourd’hui on se rend compte que la Kabylie ne s’est jamais portée aussi mal. En plus, le danger intégriste plane toujours comme un vautour au dessus de nos têtes.  Avec un Boutef passé maitre en fait de ruse et de tromperie, nos élites devenues des otages privilégiés de l’indisposante “courtoisie” présidentielle, tirées vers le sommet, se sentent coupées de la base, ne s’engagent plus comme avant et semblent abandonner le combat qu’on a toujours attendu d’elles. Avec un Lounis qui s’est retrouvé, on ne sait plus sous quelle force, en conflit avec une partie de son public, un Zidane qui s’est retrouvé, sans le demander, à voyager dans l’avion présidentiel, une équipe nationale qui nous rappelle celle de la Zambie, Kaunda’s Eleven, nommée après le président en exercice, Kenneth Kaunda, une JSK , jadis symbole de la revendication identitaire, se retrouve à offrir  son maillot au président pour le féliciter de son viol de la constitution, pour nous avoir insultés et tiré dessus ; Nna Aldjia qui a enfanté le symbole de la résistance et de la revendication identitaire, se trouverait, elle aussi, à voter, on ne sait par quel stratagème, pour Boutef, ajouté à cela un taux d’investissement des plus faibles et une insécurité sans précédent due au transfert du terrorisme du Triangle de la Mort vers les montagnes de Kabylie, sans parler de 126 morts et des centaines de jeunes kabyles abimés à la fleur de l’âge sans que le moindre coupable ne soit désigné ne serait-ce que pour donner à ces mères kabyles le sentiment d’une justice rendue…, le bilan, à notre insu est effectivement trop lourd de conséquences par ses retombées psychologiques.  A la place, on a eu à être traité à domicile de sobriquet présidentiel de nains sous les applaudissements de nos élites, dont une bonne partie d’entre elles était impréparée à ce genre de cérémonies. Tout ça pour ne rien obtenir ! Notre langue promise à moitié ne sera finalement ni nationale, ni officielle, ni… amicale. Comme dans le film pas de pitié pour les salopards, on n’a même pas eu droit à une petite faveur, ne serait-ce qu’à titre de consolation pour notre combat, nos sacrifices, nos morts, nos efforts et les larmes de nos mamans.

Connaissant le sentiment anti kabyle des hommes qui ont toujours fait le système, aux yeux d’Ait Ahmed, demander à ces bougres idéologiques de produire de la démocratie et de la justice sociale, c’est comme disent les algérois attendre du miel  du cul d’une  guêpe.

Pris entre le sentiment d’une Kabylie qui s’enfonce graduellement dans une Algérie de plus en plus arabe et le désespoir de voir une Kabylie réhabilitée avec elle-même dans une Algérie qui prendra en compte ses particularismes identitaires, Ait Ahmed préfère plutôt un statut confus qu’une aventure à la MAK, dont il n’est pas disposé à miser aussi gros. Compte tenu de la tournure des événements de notre époque, la logique du moindre coût exigerait un peu plus de patience. Il faut attendre l’effondrement des royaumes  dictatoriaux pour se payer une liberté à moindre coût. Les vents favorables aux libertés démocratiques qui soufflent à partir de l’Amérique d’Obama vont finir par balayer ses dictatures qui empêchent le génie et les aspirations populaires de s’exprimer en plein jour dans l’honneur et la dignité ancestraux. C’est de ce point de vue qu’on peut donner du crédit à la patience d’Ait Ahmed. Obama, lui-même, est issu d’un pays, le Kenya, où le multilinguisme, avec ses 69 langues recensées, est profondément pratiqué. De cet effondrement de l’empire dictatorial arabe, vont naitre des peuples et des nations dans la nature que Dieu leur a donnée, et que si jamais ils décident de s’unir un jour, ils le feront, non pas sous la baguette d’un zaïm conquérant au rêve impérial extravagant et raciste, mais, dans la spontanéité populaire dictée par la fraternité entre les peuples, le respect mutuel et les intérêts communs. La Kabylie doit, aujourd’hui, se réjouir du fait que les 3 partis Kabyles, en l’occurrence le FFS « le gentil », le RCD  «le méchant » et le MAK « le séparatiste », soient tous unanimes que la dignité de la Kabylie se trouve dans la reconnaissance officielle de sa langue et de ses particularismes identitaires. Après tout c’est quoi un MAKiste ? C’est un ex gars du FFS ou du RCD qui a perdu patience. Et on le comprend fort bien quand on voit que le mouvement nationaliste algérien a mis moins de temps à obtenir son indépendance que le mouvement berbériste à obtenir le droit à la reconnaissance de sa langue et de son identité, une reconnaissance qui, de 1949  à ce jour, n’a presque pas bougé d’un iota. Actuellement en Kabylie, on peut s’enorgueillir d’avoir des dirigeants qui ont la plus belle rhétorique et les plus beaux  discours mais ,qui deçoivent, malheureusement, par leur inaptitude à s’unir, ne serait-ce qu’autour de ce qu’ils se partagent le plus.

Corollaire du 4eme paradoxe d’Ait Ahmed.
Qui du Baathisme ou de l’islamisme ferait plus de mal à l’identité Berbère ?

Tout compte fait,  l’agression envers l’identité berbère a tendance à nous venir de nos Hilton et Sheraton  beaucoup plus que de nos zaouïas et mosquées. En appliquant la formule entre deux maux, il faut choisir le moindre, les Kabyles seront divisés autour de la question qui de l’intégriste habillé « médiéval » ou du baathiste habillé « dernier cri », serait pour nous le moindre mal. Comme les apparences sont souvent trompeuses beaucoup d’entre-nous opteront pour les apparences. Or, au fond, les intentions envers le peuple Kabyle sont sensiblement différentes. Pour le baathiste, son but est de nous arabiser. Il va tout nous donner, bien nous traiter, nos bars, nos discothèques, notre liberté du culte etc…, en échange, on doit renoncer à notre identité et notre culture. Un baathiste est un raciste par excellence il met le critère racial d’arabité au dessus de tout, tout le reste lui est secondaire. De l’est à l’ouest de l’empire arabe, le baathiste peut accepter le chiite, le sunnite, le copte, le druze et le maronite mais jamais le kurde, l’assyrien ou le berbère. Le gêne d’arabe, la langue arabe, le peuple arabe et la nation arabe lui sont fondamentaux et sans concurrence raciale dans son équation impériale. Son but ultime est de faire disparaitre tout ce qui n’est pas arabe de toute la surface de l’empire. Son militantisme va inexorablement dans le sens à nous faire disparaitre culturellement et identitairement. Nous sommes une tâche dans l’empire arabe et on doit s’effacer pour l’uniformité de l’empire. Et une fois fait, le processus devient irréversible. Comme on le constate aujourd’hui, on ne peut plus re-berbériser certains villages kabyles ou chaouis qui, il n’y a pas très longtemps, parlaient et se disaient berbères. L’identité et la culture avec le baathiste ne sont pas négociables. Ses points forts ou plutôt ses armes fatales sont son look ou son expression physique, ses beaux discours et sa bonne coopération avec la communauté internationale.

L’intégriste lui, son but c’est de nous islamiser. Il va nous fermer nos bars, supprimer les jeux de hasard dans nos cafés maures, interdire la mixité, tuer les non- jeuneurs, forcer nos femmes à porter le hidjab, supprimer certaines libertés qu’on a jusque là acquises comme fondamentales. Mais le problème de langue et d’identité reste largement négociable. Comme dans le cas du baathiste on ne peut pas être arabe et berbère au même temps, avec l’intégriste on peut être intégriste et berbère au même temps. Dans l’empire islamique, il n’y aura pas de maronites, de druzes ou de coptes mais il y’aura des kurdes, des berbères et des assyriens. Dans nos mosquées, nos imams nous expliquent le coran ou la parole de Dieu en langue kabyle mais à la cour, le juge baathiste nous interdit de nous défendre dans notre langue. Au fait l’identité berbère est beaucoup plus négociable dans le Coran que dans la Charte Nationale. Si vous chérissez la langue de votre mère plus que la langue de l’Unité Nationale définie par les baathistes aux ordres de l’égyptien Gamal c’est que vous manquez de nationalisme, et ce, quel que soit votre engagement révolutionnaire contre la France. Si la Kabylie devient intégriste tout en étant kabyle, on peut avec les remous de l’histoire, d’une décennie à une autre, faire une révolution démocratique dans l’identité que nous avons conservée. De Kabylie intégriste on passera à travers l’évolution des choses à la Kabylie socialiste, communiste, capitaliste… mais tout en étant Kabyle. La Perse, de celle de Zarathoustra,  à celle de Khomeiny, en passant par celle des Pahlavis reste toujours la Perse avec des façons de vivre différentes ; si demain elle décide de se démocratiser, elle le fera tout en restant persane. Au Darfour on a utilisé l’Islam, pour désarabiser le pays. Le point faible des intégristes c’est qu’ils ont un look agressif qui fait  peur à tout le monde, leurs discours inquiètent tous ceux qui aspirent à la démocratie dans le monde, leur faible coopération internationale facilitera leur isolement dans le reste du monde et affaiblira leur capacité de nuire, ce qui permettra à leurs victimes qui se soulèvent contre eux de faire aboutir leurs revendications légitimes via le soutien de la communauté intérnationale.

Ait Ahmed apparait, effectivement, à quelque definition près, comme un homme à paradoxes, et les hommes à paradoxes, de l’avis des cartésiens, dans une certaine mesure, font élever le débat en soulevant un tas de questions, principalement, autour d’eux-mêmes.

Rachid C


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