Key West, la république de la conque* ou la ville la plus homo du monde


Miami Beach

Les visiteurs qui se rendent à Miami sont très souvent tentés de visiter South Beach pour, non seulement, la beauté de ses plages et les accommodations touristiques alignées tout le long de la cote mais aussi, probablement, pour le plaisir et la sensation de se sentir à l’extrémité de quelque chose. Ici, on est aux alentours de la pointe la plus au sud de l’Amérique US continentale qui est aussi la pointe nord du golfe du Mexique. L’extrémité de Miami fait face, plus au sud, à Cancun la mexicaine qui désigne la pointe sud de ce même golfe. Le morceau de terre qui manque entre Miami et Cancun fermerait le golfe du Mexique dans une espèce de cercle dessiné comme à main levée par les événements géologiques. Un travail approximatif de dame nature qui nous rappelle ce vote à main levée qui a conduit au ‘brigandage’ du 3e mandat de Boutef. Entre la péninsule de Floride et l’ile de Cuba, se trouve le détroit de Floride avec sa sinistre réputation d’être considéré comme l’une des autoroutes maritimes les plus empruntées par les ouragans du fait que les cotes atlantiques américaines reçoivent, annuellement, l’indésirable visite de 80% des ouragans de la planète. Ce détroit est le point de passage du courant de Floride, un courant chaud venant du golfe du Mexique, qui se joint ensuite au courant des Antilles pour former le fameux Gulf Stream.

Le long de South Beach, les riches et les pauvres se partagent la même bande cyclable qui longe la plage du nord au sud. Dans la matinée, ceux qui exhibent leurs sorties des luxurieux hôtels se croisent avec les SDF qui tentent de camoufler sur leur humeur les séquelles d’une nuit à même le sable, dans les destins qui ne se croisent pas. Les premiers font du footing pour perdre les calories du repas trop copieux de la veille, les autres sont à la recherche des calories perdues à broyer du noir dans le noir de la vie. Ici, la pauvreté et la richesse sont deux aspects opposés d’une même réalité, ça rentre dans la version capitaliste de l’ordre des choses. La misère serait un monstre hideux nécessaire qui nous poursuivrait en direction de la richesse. D’où le mouvement du monde vers le progrès. Pour les touristes venus d’un monde où la pauvreté a des dimensions profondes, la misère de ces pauvres américains prompts à émouvoir se trouve dénoncée par ces cocotiers élancés et superbement alignés qui sont bourrés de fruits que personne n’en veut. Ces fruits sont là, beaucoup plus à gêner, dans leurs chutes, les éboueurs qu’à nourrir les SDF. Pour ce type de touristes, une noix de coco dans leurs pays, ça se sert dans les banquets. Pour eux, la misère américaine n’est pas à prendre au sérieux. Même si pour la ville de Miami l’avenir promet pire. Le maire de Miami a du recourir à l’un des sauveurs de la Banque Wachovia pour éviter la faillite qui pèse lourdement sur sa ville. De l’autre coté de la rive, à downtown, on y rencontre des populations, d’apparence modeste, venues le plus souvent de l’Amérique latine et des Caraïbes. En Amérique, il est de notoriété algérienne de dire qu’il est plus probable de rencontrer un américain blanc à Bab-El-Oued qu’au centre-ville de Miami ou de Los Angeles. Au downtown de Miami, l’aumône est officiellement interdite par la loi comme l’indiquent des plaques érigées à chaque coin de rue et sur lesquelles on peut lire « No Panhandling Zone ».

Les touristes les plus avides des sensations extrêmes préfèrent pousser leur aventure plus au sud jusqu’à l’ile de Key West où se trouve depuis 1938 le point le plus méridional de l’Amérique US continentale.

Miami Beach

Au sud de Miami, dans le comté de Monroe, se trouve un archipel de 800 îles étroitement alignées et disposées comme des clefs sur une chaine longue de 150 km et orientée nord-est,sud-ouest , ce qui les fait rapprocher progressivement jusqu’à un certain degré de l’ile de Cuba. La raison serait qu’on les a appelées comme elles se présentent : The Keys (les clès). De tout cet archipel, une trentaine de keys seulement est habitée. Parmi ces îles habitées, 5 seulement valent le coup d’être retenues du fait qu’elles sont celles le plus souvent mentionnées dans les cartes et les guides touristiques. Il s’agit en allant de Miami de : Key Largo, Islamorada, Marathon, Big Pine et enfin, the last but the best qu’on appelle the Key West. Elle est la plus importante et, de loin la plus habitée de toutes. Elle se trouve à environ 4 heures de route du centre ville de Miami.

Cet archipel, jadis isolé du reste de l’Amérique, a été relié au sud de la Floride par une voie ferrée construite en 1912 mais qui sera détruite par un ouragan en 1935. The Keys seront de nouveau reliées au continent en 1938 par l’extension de l’autoroute US-1 qui descend des frontières canadiennes et qui relie en latitude sur près de 4000 km la ville de Miami au Fort Kent dans le Maine, l’état le plus au nord de l’Amérique US, après l’Alaska. L’extension de l’autoroute US-1 se fera sur toute la longueur de l’archipel, soit 150 km, traversant au total 32 îles pour relier Key West à Miami par une série de 42 ponts dont le plus long appelé the Seven Mile Bridge mesure comme il se nomme, une bonne dizaine de km. Cette autouroute en pleine  mer ou, comme elle est surnommee,  Overseas Highway, est considérée comme un veritable chez-d’oeuvre technoligique.

Villa d’Ernest Hemingway ds l’ile de Key West (250 km au sud de Miami, 150 km au nord de Cuba)

Au tout début, l’île etait habitee par la tribu indienne des Calusa. Le premier europeen à y avoir mis les pieds etait le conquistador espagnol Juan Ponce de Leon dans sa recherche de la Fontaine de Jouvence. L’ile sera ensuite frequentée  par les pirates qui viennent récupérer les bateaux qui se sont cassés le nez dans les récifs coralliens peu profonds qui se trouvent aux alentours de l’île. Ces récifs longs de 250 km forment la 3e plus longue barrière corallienne du monde. L’île deviendra ensuite une destination de vacances préférée pour le président Truman qui lui donna le nom de Winter White House (Maison Blanche d’Hiver) . Le chanteur Jimmi Buffett fera parler d’elle par son Island escapism , une sorte « d’evasionnisme » insulaire qui permettait au chanteur de se ressourcer loin du vacarme des grandes villes. Ernest Hemingway y bâtira une jolie maison qui demeure à ce jour une attraction touristique. Dans cette maison se trouve une curiosité biologique qui donne aux touristes une raison supplémentaire de la visiter : Y vit une quarantaine de chats descendant de ce qu’on a appelé le chat d’Hemingway et dont la nature a doté les pattes de 6 ou 7 doigts au lieu de 5. On m’a appris, ici, qu’Hemingway, l’amateur confirmé de la bonne chair, s’est suicidé une fois qu’il s’ était rendu compte de son impuissance sexuelle. Et dire que son image de grand écrivain est, plutot, associée dans le subconscient des hommes à la fameuse phrase cartesienne “je pense donc je suis”.

L’île de Key West possède une population de 27000 habitants et une superficie qui ne dépasse pas les 20 km2. Elle est située à 250 km du centre de Miami et à, seulement, 150 km de Cuba. Sa situation géographique attire beaucoup d’américains qui viennent jouir de la douceur du climat des Caraïbes sans avoir à quitter le pays de l’Oncle Sam. Cette situation pour le moins strategique lui fait valoir le surnom de Western Gilbraltar. Culminant à moins de 6 mètres d’altitude, l’île de Key West ressemblerait, de ce point de vue, à un atoll. Comme par conformité au tempérament de l’île, ses bâtiments qui misent plutôt sur leur coté rustique, ne dépassent guerre les 3 étages. The Old Town qu’on peut résumer en Duval Street et Mallory Square présente des rues très étroites généralement à double sens où il est difficile de trouver une place pour le parking spécialement aux environs du coucher du soleil à cause de la foule très nombreuse qui vient chaque jour à la même heure saluer, dans une ambiance de fête, l’astre-source de notre lumière, qui nous quitte jusqu’au lendemain.

Le vrai peuplement de Key West avait commencé dans les années 60. L’extrémisme géographique de l’île avait attiré les adeptes du mouvement pour les libertés extrêmes et, la douceur de son climat, les adeptes de la romance interdite. L’assimilation du concept de liberté devait aider à libérer la chaleur humaine pour se mettre au diapason des températures tropicales. Ces nouveaux concepteurs de la liberté se sont rués vers l’île, ils y ont investi politiquement et financièrement pour faire d’elle ce qu’elle est aujourd’hui : Un havre de paix pour les homosexuels qui avaient du mal à trouver considération dans l’Amérique puritaine. Si les homosexuels se sont appropriés le terme ‘gay’ (gai) pour mettre l’accent sur leur attachement à la gaîté, aux yeux de l’américain lambda les expressions « it’s homo », « it’s gay », demeurent très péjoratives. Ces pionniers de Key West sont en général des « libértarians » qui seront porteurs d’un courant politico-social qui sera désigné dans les années 90 sous le nom de Left Wing. Ses promoteurs sont, entre autres, Hollywood et Bill Maher. Leur philosophie : You can do whatever you wanna do as long as It doesn’t hurt anybody (vous pouvez faire tout ce que vous voulez tant que ça ne nuise pas à autrui). Mais c’est là, justement, où se trouve tout le débat. Où commence la liberté des uns et où se termine celle des autres ? Marcher à poil, en pleine ville, ne fait physiquement de mal à personne mais le message qui s’en dégage peut choquer au plus haut degré les conservateurs en tout genre. Comme si la constante sociologique obéit, elle aussi, à la dualité onde-particule. L’action qu’on fait et le message que les autres reçoivent à travers elle déterminerait ce qu’on pourrait appeler le front d’onde de la contrainte sociale.

A gauche,l’autouroute qui relie Key West à Miami, à droite,le cadavre de la voie ferrée abondonnée depuis sa destruction par un ouragan en 1935

Avec une population à 80% homosexuelle, l’île de Key West est incontestablement la ville la plus homo du monde. Ses habitants s’enorgueillissent d’avoir réalisé la seule vraie ville au monde où les différences créent des couleurs et non des conflits, où il est permis à chaque individu de vivre pleinement ce qu’il est, sans avoir à subir les préjugés de la société ou faire face à des contraintes morales qui l’empêcheraient de jouir de toutes ses facultés d’épanouissement, ce qui permet à la société d’exploiter chaque individu dans sa performance en tant qu’homme et seulement en tant qu’homme capable d’humanisme de civisme, de créativité et d’innovation. Le taux de criminalité quasi nul conduit les autorités à parler de leur île comme d’une cité où l’on pourrait se passer de la clef. Cependant, si l’homosexualité ne se remarque pas en surface, elle est vécue pleinement par les citoyens de l’île qui se partagent en toute liberté mais sans arrogance des sentiments en tout genre qui s’accordent en genre et en nombre avec tous les humains que la nature avait créés et que l’homme par ses artifices proprement humains avait qualifiés de contre-nature. A vrai dire pour les gens issus des societés régies par la tadition messianique, il n’est pas aisé de vivre dans une ville définie selon de nouveaux types de standards et où les hommes vous projettent des sourires interessés sans savoir dans quel sens. Finalement, on a beau preché l’ouverture d’esprit,en pratique, beaucoup plus qu’en théorie, il y’a des modes de vie  on n’est pas preparé à vivre.

On revient de l’île avec le sentiment d’avoir conquis quelque chose de nouveau ou d’avoir mis, par la pensée, de la lumière sur un point sombre de la planète telle qu’elle est dessinée par la géographie mal éclairée de notre cerveau. Cependant, par les temps qui courent, on se rend compte que le sentiment de conquérir est supérieur à la conquête elle-même. Une destination, une fois atteinte, apparait, dit-on, comme un nid abandonné par les oiseaux. Pour les riches de ce monde qui ont la passion du voyage, la Terre devient de plus en plus étroite, il y a de moins en moins de curiosités terrestres, la conquête de l’espace est donc venue à point. « Au delà des 7 mers » a tendance à se faire remplacer par « au de la des 7 cieux » et le monstre du Loch Ness doit céder sa place aux petits hommes verts.

Ici, on met un terme à l’histoire de l’île ainsi qu’a sa géographie. Dans la 2e partie de notre récit, on parlera des rapports de l’île avec le reste de l’Amérique ou comment un maire s’est donné la peine à défendre courageusement les intérêts des citoyens qui l’ont désigné à le faire. Même si l’agresseur s’appelait l’Oncle Sam.

Rachid C
Miami, le 1 mars 2010.

*conque: coquillage très dur, abondant dans  la région des Bahamas

Part 2

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