La déportation des Kabyles vers la Nouvelle-Calédonie (Kalidoune)

Introduction

Louise Michel (1830-1905), communarde anarchiste francaise deportee en N.Caledonie. Elle a été surnomée viérge rouge de Montmartre ou grande dame française de l'anarchie.

Après la défaite de la légendaire Commune de Paris (mai 1871), quelques milliers d’insurgés furent envoyés, comme mesure de punition, à l’autre bout du monde. La Nouvelle-Calédonie, un archipel du Pacifique Sud, était depuis une vingtaine d’années territoire français où, tout comme en Guyane, il avait été mis en place une colonie pénitentiaire. Une centaine d’Algériens furent également déportés vers le Pacifique. Ils avaient, eux, en ce moment même, commencé une guerre d’indépendance audacieuse contre l’occupant français, et avaient finalement dû se rendre après de longs mois de combats. Le sort des Communards (1) bannis a été consigné nommément sur le site web les Déportés de la Commune et a été décrit en détail dans la littérature. Ceci n’est pas le cas des Algériens déportés. Leurs noms apparaissent dans un document fascinant issu de la Nouvelle-Calédonie, dans lequel on trouve les noms, professions et autres informations sur des prisonniers, qui furent consignés dans un registre lors de chaque arrivée de bateau de transport. Ce registre officiel a mystérieusement échoué dans les archives d’un collectionneur et anarchiste et se trouve (donc) maintenant dans les collections de l’IISG.

En Algérie

Les Kabyles constituaient le deuxième plus grand peuple berbère d’Algérie où, depuis 1830, flottait le drapeau français. Initialement, Kalif Mohamed El Mokrani (1815-1871) s’était loyalement mis sous l’autorité française, mais sa bienveillance s’est transformé en rancœur lorsque son offre de combattre avec 1500 hommes à leurs côtés contre les Prussiens pendant la guerre Franco-Allemande a négligemment été écartée. En plus, les Français avaient omis de lui rembourser un emprunt de 350.000 francs. El Mokrani les avait avancés de sa poche, pour procurer de la nourriture à la population affamée.

Cheikh Ahaddad (1790-1873)

Les dirigeants algériens n’avaient pas seulement des problèmes avec certaines mesures discriminatoires prises par la

El Mokrani (1815-1871)

nouvelle (3ième) République Française, mais également avec la République en tant que telle. Après le départ de l’empereur Napoléon III en 1870, suite à une humiliante défaite à Sedan, les dirigeants de la haute noblesse algérienne se voyaient à présent forcés à s’incliner devant des fonctionnaires civils qu’ils ne pouvaient, en aucun cas, considérer comme leurs supérieurs. En mars 1871, ce fut l’insurrection du cheik El Mokrani, accompagné de nombreux membres de sa famille, et de l’illustre cheik El Haddad (1790-1873). Plusieurs postes coloniaux français furent longuement assiégés. Le front s’étendit du nord vers l’est, la fortune des armes changea plusieurs fois de camp. El Mokrani, lui, est mort peu de temps après, le 5 mai 1871, mais son frère Boumezrag et d’autres seigneurs de la guerre ont continué. Après de longs mois, 350.000 confrontations militaires et 2600 morts plus tard, la guerre prit fin en 1872. Le procès contre El Haddad et les autres meneurs de l’insurrection eut lieu au printemps de 1873.

El Haddad décéda peu de temps après la prononciation du jugement. Ses deux fils, Aziz et Mohamed, Boumezrag El Mokrani et tous les autres hauts responsables militaires – l’infanterie ne fut pas poursuivie – attendirent dans des prisons françaises leur déportation vers la Nouvelle-Calédonie. Leurs peines furent relativement légères, en comparaison avec celles infligées aux communards.

Le transport

Le voyage vers l’Océanie s’effectuait par clipper, voilier équipé d’une machine à vapeur. Dans les années 1873, un tel voyage prenait quelques 3 mois. En tirant profit du Gulfstream et du vent alizé, les bateaux spécialement aménagés pour les transports de prisonniers suivaient une trajectoire tout en zigzags, ce qui leur faisait traverser l’Océan Atlantique par deux fois. Ils partaient d’abord vers le Brésil, en passant par les Iles Canaries, puis via le Sénégal. Ensuite à nouveau direction le continent africain, pour contourner le Cap de Bonne-Espérance, puis ensuite via la Tasmanie vers Nouméa, le port de la Nouvelle-Calédonie. 16.700 miles nautiques en tout, c’est à dire 30.928 kilomètres. De grands groupes d’Algériens étaient transportées sur la Loire et le Calvados, qui accostaient respectivement le 16 août 1874 et le 18 janvier 1875. Sur des transports ultérieurs, il se trouvait encore quelques Algériens isolés : la Garonne (12.03.1875) et leRhin (30.01.1876).

A bord se trouvaient également des prisonniers ‘communs’ , bien que séparés des prisonniers ‘politiques’. A bord de la Loire il n’y avait qu’un seul communard à côté de 198 condamnés de droit commun, dont 39 Algériens. De ces derniers, seuls 34 sont arrivés; les autres ont péri en route de maladie, et leurs corps ont été passés par-dessus bord. Nombreux autres passagers de ce transport sont décédés de scorbut. A bord du Calvados il y avait quelques centaines de Français, 62 d’Algériens (dont 59 sont arrivés à destination) et 134 membres d’équipage, dont un médecin, un infirmier et un aumônier.

Les prisonniers dormaient sur des lits de camp escamotables; ils étaient une soixantaine, entassés dans de grandes cages. Leur ration consistait en 800 grammes de pain, ¼ de litre de vin, 2 fois par jour une soupe (aux haricots), le mercredi et le dimanche de la viande, le vendredi du poisson ou du fromage. De lumière du jour, il n’était pas question. Avant le départ, tous les déportés avaient reçu un numéro de matricule et c’est avec ce numéro que l’on les abordait. A bord, mais également plus tard dans la colonie pénitentiaire, les Algériens furent appelés les ‘Arabes’ , mais, en tant que groupe de migrants, ils sont entrés dans l’histoire sous le nom ‘le Kabyles du Pacifique’.

En Nouvelle-Calédonie

Les autorités françaises pouvaient appliquer trois types de peines différentes en Nouvelle-Calédonie. La peine la plus lourde consistait en l’exécution de travaux forcés et l’enfermement dans un bagne, mais celle-là a été épargnée aux Algériens. La deuxième catégorie de peine consistait en un séjour en ‘enceinte fortifiée’. La presqu’île Ducos était désignée à cet effet, puisque c’était une péninsule étroite, facile à isoler de l’île principale. Le célèbre chef de la Commune Louise Michel a reçu l”enceinte fortifiée’. La troisième peine, la plus légère celle-ci, fut la ‘déportation simple’. Ce fut la peine infligée à la plupart des Algériens ainsi qu’à quelques trois mille autres.

Ceux-là qui s’étaient vu infliger les peines de deuxième et troisième catégorie faisaient l’objet d’un programme de colonisation. Ils étaient mobilisés dans la colonisation et le défrichement des terres sauvages du domaine d’outre-mer récemment conquis. Ils recevaient une paye, même si ce n’était pas beaucoup. Il y avait du travail dans les mines de cobalt et d’étain, dans la construction des routes et dans l’agriculture et l’horticulture. Les Algériens avaient, comme il ressort du registre, des antécédents dans l’armée ou dans l’agriculture. Depuis leur enclave Gadgi (Ile des Pins), ils travaillaient des lopins de terre, des concessions que, plus tard, ils allaient pouvoir recevoir en propriété. Sur place, il y avait un baraquement d’habitation et une salle commune où, cinq fois par jour, ils pouvaient venir dire leurs prières, manger et se réunir. Quelques-uns gardaient des chèvres et vendaient du fromage de chèvre sur le marché. Leur maîtrise de l’équitation et leurs connaissances dans le domaine de l’élevage de chevaux leur conférait une certaine estime. Boumezrag El Mokrani, le frère du cheik, tenait une épicerie florissante.

Tout contact entre Français et Algériens était interdit, mais dans la pratique il y en avait bel et bien. Tout le monde connaissait le commerçant Boumezrag ; Louise Michel entretenait des rapports très cordiaux avec lui. A beaucoup de Français le litre de vin qui faisait partie de leur ration journalière ne leur suffisait pas, ce qui donna lieu à un trafic très animé. L’ivrognerie (des Français), l’ennui et le manque de femmes constituaient les plus grands problèmes parmi les nouveaux venus en Nouvelle-Calédonie.

Intégration et retour

Le manque d’amour était aigu. Un petit contingent de femmes avait accompagné les déportés français, mais l’enclave algérienne ne comptait que des hommes. Les rapports mixtes étaient donc la seule option. Pour ce qui était du mariage, les Algériens préféraient une femme française sur une canaque autochtone, même si cette première n’était peut-être pas de conduite irréprochable. Les Canaques, les premiers habitants de la Nouvelle-Calédonie, étaient considérés par la plupart des gens comme des sauvages. De très rares personnes, telles que Louise Michel et le communard Henri de Rochefort, prenaient le Canaques au sérieux, les adoraient même.

En 1878 s’est produit l’insurrection des Canaques contre les colonisateurs, sous la commande du chef Ataï. Deux cents parmi eux ont ainsi trouvé la mort, parmi lesquels une famille néerlandaise et trois Algériens, ‘Moussa’, ‘Ali ben Agoum’ et ‘Bou-Djeinaa’, d’après un inventaire local. A l’aide d’une petite armée montée à la hâte – appelée les Éclaireurs – sous la commande de Boumezrag, les Canaques ont finalement été battus. Apparemment, les Algériens ne ressentaient affinité, ni pitié avec ce peuple assujetti aux Français, ce peuple qui a payé le lourd tribut de 1200 morts au combat.

En 1880, les communards ont bénéficié d’une amnistie générale, et beaucoup d’entre eux sont retournés à la mère patrie. Ce n’était pas le cas des Algériens. Pour eux, la liberté n’est arrivée qu’en 1895, grâce aussi aux actions de Louise Michel et Henri de Rochefort dans leur journal l’Intransigeant. La grande majorité des Algériens sont restés en Nouvelle-Calédonie, s’y sont mariés et ont fondé de petites entreprises agricoles, pour finalement s’y intégrer complètement. Ils se sont établis à Nessadiou où, aujourd’hui encore, se trouvent une communauté musulmane et une ‘cimetière arabe’. Jean Pierre Aïfa (*1938), maire de Bourail descend en ligne directe des déportés. Aziz El Haddad, le fils du cheik, qui avait commencé le soulèvement en 1871, a réussi à s’échapper en 1881. Via l’Australie et l’Egypte, il a atterri en Arabie Saoudite. Là-dessus El Haddad s’est annoncé à Paris, où il a exigé la restitution des biens de sa famille. Il est mort à Paris en 1895.
Boumezrag est rentré à Marseille en 1904. Avec sa nouvelle épouse française, il n’était pas vraiment le bienvenu dans la famille en Algérie. Il est mort en 1906. Sa veuve appauvrie a fait, depuis Rouen, des demandes désespérées d’assistance financière auprès du gouverneur d’Algérie.

Source: International Institute of Social History

 

(1)Qui sont les communards?

Le mouvement communard est né suite à un soulèvement des Parisiens le 18 mars 1871. Il est dominé par l’extrême gauche où plusieurs groupes sont représentés : jacobins centralisateurs, blanquistes, marxistes internationalistes, indépendants et anarchistes.Les communards veulent une république fédéraliste, démocratique et sociale avec une autonomie absolue des communes de France, ainsi qu’une séparation de l’Église et de l’État. Lors de la bataille finale de la semaine sanglante, le 28 mai 1871, des centaines de communards sont tués au combat. Environ 20000 sont exécutés sommairement par les Versaillais. Sur 36 000 communards arrêtés, 4 500 sont emprisonnés, 7 500 sont déportés (principalement enNouvelle-Calédonie)…L’amnistie des communards est proclamée en 1880 et permet aux communards déportés de revenir en France. (Wikipedia)

2 comments for “La déportation des Kabyles vers la Nouvelle-Calédonie (Kalidoune)

  1. September 5, 2011 at 06:43

    Slt ton weblog est cool j’ai trouvai ton weblog dans Google,c’est tres completetsuper cool en tout cas. je vous souhaite la reussiteetcontinuea mettre encore plusd’info.a tres bientot

  2. haddad
    May 25, 2015 at 11:53

    en 1871 de oued mersa de béjaia algerie les disparues en calidonie qui porte le nom de la famille (kouachi kaci ben kaci)

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