Key West, une bien curieuse république.

 

Les conditions extrêmes
D’où vient que l’homme soit fasciné par les extrêmes. Qui n’aurait pas aimé visiter le point le plus chaud du monde, le plus froid du monde, le plus haut du monde, le plus bas du monde etc. De même, dans la vie, quand on se sent contrarié jusqu’à une certaine extrême, la gestion de notre énergie a tendance à échapper à notre modération pour aller provoquer en nous, ou la résignation complète, ou la réaction extrême qui nous pousse à toute sorte d’extrémismes. Dans ce monde bipolaire entre les extrémités duquel évoluent dans l’instabilité les positions intermédiaires qui mettent l’homme en conflit avec ses instincts, la tentation de l’homme est de se stabiliser quelque part dans l’un des 2 pôles caractérisés par le 0 et le 1 qui correspondent respectivement à l ‘abandon de sa dignité aux pressions extérieures ou, à sa revendication au prix de ce qui lui est extrêmement cher : Sa vie. Dans la théorie des ondes élastiques on apprend que quand un milieu élastique atteint ses limites d’élasticité, ou bien, il coupe pour rompre avec le système de forces qui s’exerce sur lui ou, alors, il change carrément de caractéristiques physiques pour transformer son élasticité en plasticité afin de pouvoir subir mollement toute force de pression qui s’abat sur lui. En math le théorème des valeurs intermédiaires s’applique à un espace de définition très réduit  où l’allure de la courbe n’est pas claire. De l’autre coté, le Guinness book of records s’est toujours bien vendu parce qu’il raconte ce qui nous fascine le plus : Les conditions extrêmes. Le noir et le blanc sont les couleurs les plus usuelles chez l’homme et elles désignent toutes les deux des situations chromatiques extrêmes. Le blanc signifie la présence de toutes les couleurs et le noir l’absence totale de celles-ci. Ça c’est pour le coté tentation. Par contre dans les conditions idéales pour le bonheur et l’harmonie, l’inspiration humaine s’est bien choisi le rose. Une couleur paradoxale née d’un mélange de rouge qui signifie guerre et de blanc qui signifie paix. La vie en rose à laquelle nous aspirons tous, serait-elle, finalement, un indissociable mélange de paix et de guerre. Incompréhensible manège, tout de même, comme pour brouiller les cartes, dans le langage des roses l’amour a choisi le rouge.

Naissance de la république de la conque
Imaginons un peu une commune algérienne de 3000 habitants qui demanderait son indépendance au reste de l’Algérie. On obtiendra une république dont la population serait inférieure à l’erreur de calcul sur la population algérienne. C’est tout à fait surréaliste que ca prêterait beaucoup plus à rire qu’à s’indigner. La taille de la population algérienne serait 10000 fois celle de cette rebelle fictive commune. Aussi incroyable que cela puisse paraitre c’est dans ce même rapport qu’une population de moins de 30 000 habitants avait demandé la sécession du reste des États-Unis qui comptent une population de 300 millions habitants. Aussi incroyable que cela puisse paraitre, cette population de l’île  de Key West, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, avait eu gain de cause au sein de la Grande Amérique et se comporte aujourd’hui, avec ses 27000 habitants et ses 20 km2 comme une république indépendante avec son drapeau, ses propres slogans et symboles nationalistes, tout en restant américaine.

L’histoire nationaliste de cette l’île  remonte à 1982 lorsque le gouvernement américain avait pris la ferme décision de soumettre à son strict contrôle la circulation entre les keys et la ville de Miami afin de mettre fin au trafic de l’immigration illégale qui se faisait clandestinement depuis les caraïbes via les keys vers le Mainland à travers la seule et unique voie terrestre, l’autoroute US1. Les autorités fédérales avaient multiplié des barrages et des check points au niveau de Florida City tout prés de Last Chance Saloon provoquant des bouchons allant jusqu’à 30 km. Ces Opérations de routine se déroulaient quotidiennement et duraient des heures voire des journées entières. Les touristes qui devaient se rendre dans les Keys se mettaient à appeler les agences touristiques pour annuler leurs réservations d’hôtel du fait que c’était devenu infernal de s’y rendre. Conséquences : Les keys qui tirent la quasi totalité de leurs ressources financières du tourisme se mettaient à souffrir une asphyxie économique des plus aigües. Les hôtels et les complexes chômaient malgré des offres alléchantes. C’est alors que le maire de Key West décida de mettre fin à ce cauchemar économique en lançant des avertissements sous forme de cris de détresse aux autorités fédérales de Floride d’arrêter ces opérations qui faisaient beaucoup de mal à l’économie de l’archipel. Mais le gouvernement américain avait répondu comme on répondrait aux imbéciles, par le silence et la sourde oreille. Cet acte de soumettre les habitants de l’archipel à un tel contrôle dans leur propre pays leur faisait sentir qu’ils n’étaient pas des américains. Le maire de Key West avait qualifié ce contrôle d’acte haineux et discriminatoire. Après une concertation avec la population de l’île , Il décida, alors de se rendre avec d’autres représentants de l’archipel, à Miami, pour discuter ce problème avec les autorités fédérales, les avertissant, en dernier recours, que, si ça continuait comme ça, quelque chose de grave pourrait arriver et, sur ce, il quitta l’assistance sans avoir provoqué la moindre inquiétude au sein des autorités fédérales restées fermes et inébranlables. Aux chaines de télévision qui l’ont intercepté dans sa colère pour lui dire qu’est ce qu’il comptait faire, le maire annonça au monde entier que demain, à midi, heure de Miami, l’ile de Key West va faire sécession avec les États-Unis d’Amérique et se comportera comme une république indépendante. La nouvelle s’est propagée par les voies de presse et des airs pour faire le tour du monde en quelques heures.

Le lendemain à midi, le 23 avril 1982, à Clinton Square, le maire, monté sur la benne d’un camion, lança à son peuple, en présence de la presse qui l’avait accompagné depuis Miami, la proclamation de la sécession de l’ile et par conséquent, la naissance de leur nouvelle république : la Conch Republic, ou la république de la conque, nommée après ce coquillage abondamment présent dans la région des Bahamas. Il rappela que les conchs , comme on appela désormais  les habitants de l’ile, continueront à exister comme ils l’ont toujours fait. Pour rassurer la population de l’ile dans sa raison d’être fière , il évoqua qu’au même temps qu’ un groupe d’hommes anglais fuyant la tyrannie du roi de l’Angleterre s’était installé à Jamestown, en Virginie, un autre groupe s’était établi dans l’ile des Bahamas avec la ferme décision de, plutôt, manger de la conque que de vivre sous la tyrannie du roi ou de lui payer des taxes pour gérer sa dictature. Des lors, ce coquillage connu pour sa dureté, devint le symbole de la résistance et de la rébellion. Le maire devint alors premier ministre et demanda un milliard de dollars au gouvernement fédéral pour dommages et intérêts causés par ses barrages à l’industrie touristique de l’ile. Au moment où les autorités de l’ile allaient procéder à la descente de la bannière étoilée pour monter à sa place le drapeau bleu de l’ile, elles se sont confrontées à un mécontentement populaire qui représentait la partie de l’opinion publique opposée à l’indépendance. Le compromis fût, alors, de laisser le drapeau fédéral à sa place et de monter le drapeau de la nouvelle République, tout juste, en dessous. Aussitôt, un imposant et intimidant dispositif de sécurité composé d’agents fédéraux fit éruption dans l’ile. Au moment où l’on s’attendait à l’arrestation des autorités sécessionnistes de l’ile ou à la déclaration de la loi martiale, il n’en était rien de tout ça. Le lendemain, au grand étonnement de tout le monde, les autorités fédérales débloquèrent l’autoroute US 1 sans n’avoir fait aucun commentaire sur les événements, ni adresser la moindre excuse ou le moindre avertissement aux autorités de l’ile, ni formuler la moindre objection sur son indépendance. Les conchs comme on appelle les habitants de l’île , tantôt avec affection, tantôt avec humour et tantôt avec dérision, avaient compris à leurs dépens, qu’ils formaient avec leur l’île  une entité trop minuscule pour mériter un quelconque commentaire  des autorités de Washington.

Devise  de l’île : Une seule famille humaine
Touchées dans leur amour propre par ce silence méprisant, les autres îles de l’archipel se joindront à  l’île principale de Key West dans leur mouvement pour l’indépendance de la Conch Republic. Dans un semblant d’indifférence américaine, le drapeau de l’île continuera à flotter sans objection, la fête de l’indépendance sera célébrée chaque année, durant toute la semaine qui commence le 23 avril. Un passeport de la couleur du drapeau (bleu) sera délivré aux citoyens de l’île  et, curieusement, à tous les habitants de la planète qui désireraient en avoir un. Ceci, pour être en conformité avec la devise choisie par l’île  « One humain family »Une seule famille humaine. La philosophie de l’île  adhère à l’idée d’un monde sans frontières habité par une seule famille humaine, à peu prés, comme le chantait John Lennon dans sa chanson « imagine all the people ». N’importe quel citoyen du monde vivant en tout point de la planète peut, au prix de 100 dollars us, acquérir un passeport qui lui permet de devenir un Conch, c’est-à-dire, un citoyen du monde qui adhère symboliquement à la philosophie de l’île . Il suffit de taper sur Google, Conch Republic, de cliquer l’image du passeport, de télécharger l’application, de l’imprimer, de la remplir et de l’envoyer avec 3 photos d’identité et d’un money order international de 100 dollars (plus 18 dollars pour les frais d’envoi du passeport pour les personnes résidant en dehors du Canada et des USA ) à l’adresse mentionnée dans le website . Quel que soit le pays où l’on se trouve le passeport est reçu dans 4 à 8 semaines à compter de la date de réception du dossier. Ce passeport est reconnu par 13 pays des Caraïbes, la France, L’Allemagne, Le Mexique, la Russie, l’Équateur, L’Espagne, La Suède et l’Irlande. Quoique beaucoup de gens ont pu voyager avec ce passeport, vu le statut ambigu de l’île , les possibilités de voyage qu’offre ce passeport demeurent toujours incertaines. On raconte aussi, que Mohammed Atta l’un des terroristes du 9-11 avait voyagé avec ce passeport. Un américain kidnappé par la rébellion dans le Guatemala et condamné à l’exécution, a été sauvé in extremis, en brandissant, au dernier moment, son passeport de Conch. Les habitants de l’île racontent avec une fierté un peu complice, qu’à la place de se faire arroser par une décharge de Kalachnikov, leur prisonnier d’honneur, a fini par se faire arroser par des coupes de Tequila.

Paix en rose de notre système
Disparaitre dans le gigantisme américain n’arrange pas les affaires de ces habitants de l’île  qui revendiquent un respect tout simplement humain. Malgré une révolution printanière à zéro mort et zéro blessé, les autorités de l’île  traitent les autorités de Washington de bureaucrates sans compassion auxquels la soif du pouvoir et le sentiment de puissance ont fait perdre le sens de l’humanité. Si protester est aussi américain que le Big Mac, en Algérie il est aussi algérien qu’une révolution détournée, qu’une constitution violée, qu’une armée qui tire à balles réelles sur les jeunes qui protestent pour leur identité haïe et bafouée par le moins algérien de tous les clans, le clan d’Oujda ,OKKK ou Kill the Kabyle Klan. Située sur le même parallèle que celui qui traverse Tamanrasset, l’ile de Key West, dépourvue de relief, devait avoir un printemps moins beau que celui de la Kabylie. Mais à la place des orchidées sauvages nous avons un pouvoir sauvage qui, pour mille fois moins que ce qui s’était passé à Key West, avait mis à sang la Kabylie. Si l’ile de Key West a réussi sa paix rose, notre pouvoir a réussi la sienne à sa façon. Comme je l’ai écrit plus haut, comme le rose est un mélange de rouge et de blanc, le pouvoir algérien s’est contenté de couvrir de draps blancs les cadavres en sang rouge de nos martyres pour obtenir sa paix en rose dans ce paradis dictatorial qui fait couler en son sein des rivières d’or noir qui servent à maintenir, inébranlables, nos dictatures en place.

Discussion avec un conch
A Key West, à l’heure de pointe, à Pizza Hut, le hasard avait voulu que je me retrouve à la même table avec un conch très concerné par les différents vents qui soufflent sur cette planète, du vent de la mode à celui de la politique. Lui aussi, a failli être emporté par le vent LSD qui avait soufflé sur la jeunesse américaine des années 60. Je n’ai pas raté l’occasion de lui faire remarquer que je considérais la sécession de  l’île comme disproportionnée par rapport aux actions des autorités fédérales. Sans être tout-à-fait en désaccord avec moi, il soutenait que c’est l’ultime réponse d’une communauté à un gouvernement qui veut sa ruine, un gouvernement incapable de comprendre les sentiments de ses diverses communautés et leurs intérêts qu’il est, lui-même, sensé défendre et non violer au nom des solutions faciles. Je lui ai fait remarquer qu’une indépendance à Zéro victimes, ca devait être la première dans l’histoire. Votre avril indépendantiste, lui ai-je fait remarquer, vous a couté largement moins cher que nos 2 avril culturels. Pour 1000 fois moins que ça, pour la revendication d’un simple droit d’écrire et de lire dans la langue de nos chères mères , on a eu droit à une université saccagée par l’armée en avril 80 et 126 jeunes assassinés et des centaines d’autres mis hors d’état de revendiquer en 2001 par des gendarmes qui ont reçu l’ordre de tirer à balles réelles d’un président qui sera réélu comme dans… quand le train sifflera 3 fois. Et quand des élites kabyles qui ont, le plus légitimement du monde, mal au cœur de voir leur peuple se faire traiter de la sorte par un gouvernement insensible à ses préoccupations, demandent aux autorités d’Alger une petite autonomie qui permettrait à la Kabylie de gérer ses particularismes identitaires, il se trouve d’autres kabyles bien arrosés par les pétrodollars qui tombent, par débordement, du haut de l’establishment, pour les traiter de tous les noms. Ces kabyles de service comme le pouvoir a le secret d’en fabriquer, déversent leur fiel sur les gens qui ont forgé ou sauvegardé ce qui reste de notre identité, tels que les militants du FFS ,du RCD et du MAK et ferment complètement les yeux sur les auteurs d’une constitution violée, des massacres commis ou d’une révolution détournée .Ces kabyles arrosées semblent préférer la trahison de Khalida Toumi aux possibles et humaines erreurs de stratégie de nos vraies élites kabyles. Des kabyles qui portent la Kabylie dans leur cœur, et auxquels nous devons rendre hommage, ne serait-ce, que parce qu’ils ont fait notre éveil. Tout se passe comme si le pétrole qui gise dans notre sous-sol agisse comme une sorte d’engrais fertilisant pour notre allégeance à un président passé maitre en fait de corruption de nos élites. Nous avons une terre, lui ai-je dit, un peu plus large qu’une bonne dizaine de vos plus petits états réunis et nous avons une population plus de 300 fois plus grande que celle de votre ile. On reçoit en convive notre président qui nous traite de nains, et nos revendications de grabuge tout en nous promettant de toutes ses forces que notre langue ne sera jamais officielle. A titre de réactions, il reçoit, de nos élites, dans la salle, des décibels d’applaudissements plus forts que ceux émanant de ses insultes et menaces.

Votre réaction m’a-t-il répondu, dans tous les dictionnaires du monde, rime bien avec la définition de lâcheté. Parmi tout ce monde qui avait applaudi ,il aurait dû y avoir, au moins, un symbole de dignité et d’honneur qui aurait jeté ses chaussures à l’irakienne à ce vulgaire président qui a fait fi des règles universelles de convivialité en allant, dans sa haine débordante, défier un peuple chez lui. Un tel geste déchaussant aurait sauvé la face de tout un peuple d’une lâcheté consommée. Pour moins que ça, Mme Indira Gandhi a payé de sa vie son arrogance au Pendjab pour avoir eu le culot fatal d’aller défier les panjabis chez eux.

’Ici, aussi’’ ajouta-t-il, ‘’dans ce pays qui se dit vénérer la liberté, il y a, à l’intérieur une chasse aux sorcières permanente à bouc-émissaire variable, et notre politique extérieure nous est dictée, non pas, par nos sentiments de justice, mais plutôt par une chasse aux intérêts. Nous avons crié au scandale à la réélection d’Ahmadinajad à 60% des suffrages et nous avons tu le viol de la constitution en Algérie et une réélection stalinienne de Bouteflika à plus de 90%. L’hypocrisie occidentale est trop évidente pour être masquée éternellement. Notre disqualification à long terme est imminente. Les pêchés qui se commettent au quotidien par nos conservateurs évangélistes contre les libertés individuelles risquent de finir par détruire la couche d’ozone des jardins de l’éden puritains. Notre empire qui se veut une réplique de l’empire romain finira par succomber à ses pêchés après avoir perdu ce qu’il ya en lui de fondamentalement humain. Si Rome avait été détruite par les barbares venus de l’autre coté du Danube, les barbares d’Al Qaeda ont déjà changé notre façon de vivre. Pour sa liberté- égalité- fraternité, le monde a besoin d’un bien meilleur leadership’’…  Ainsi, donc, avait parlé le conch.

Un bon gouvernement est celui qui  sait veiller sur les intérêts de tous
Nous avons protesté, disent les conchs, à l’américaine contre un acte anti-américain. Si l’on considère qu’on est trop petit pour être entendu, pourquoi alors nous demande-t-on à être ensemble ? Pourquoi accepter d’être un delta élément qui se trimballe à la queue de comète dans l’équation américaine comme une erreur de calcul ? De bien grandes causes avaient démarré des endroits bien plus petits que le nôtre. Il est du devoir d’un gouvernement qui se dit unificateur de travailler dans le sens à stimuler les forces qui nous unissent tout en atténuant les forces qui nous séparent. L’aptitude d’un gouvernement à gouverner dépend de son aptitude à veiller sur les intérêts de chacun pour la bonne santé de tous. Il faut à tout gouvernement exercer le pouvoir dans les limites de sa compétence, décentraliser le pouvoir si besoin est, pour s’éviter de mordre plus qu’il ne peut mâcher. Dans ce monde où l’intérêt est principal, l’union fait la force autour du respect des intérêts des uns et des autres. Il n’ya pas plus beau monde que celui où l’on est plus nombreux à s’entendre, on se sent plus en sécurité. Mais à un certain degré de mésentente, il n’ya plus de partie ou de particule, de groupe ou de groupuscule trop petit pour mériter la dignité humaine, sinon la convivialité devient impossible, l’impatience finira par avoir raison des nerfs des communautés opprimées et la règle de jeu dans un état où les notions de respect et de justice échappent aux autorités, aura tendance à devenir , en dernier ressort, chacun pour soi dieu pour tous.

Le slogan de l’île ; Nous avons réussi la sécession là où les autres ont échoué
Le statut de l’île  semble, aujourd‘hui, confus, comme le montrent ses slogans. D’un coté, ses autorités se vantent d’écrire officiellement « we seceded where others failed (nous avons réussi la  sécession là où les autres ont échoué), de l’autre coté,  ils se disent nous sommes à la fois conchs et américains et fiers d’être les deux. L’indépendance continue son petit bonhomme de chemin jusqu’à sa reconnaissance officielle par les autorités de Washington. l’île  semble aujourd’hui être victime de son statut quo depuis que les autorités de Washington ont cessé de l’embêter, mais les lignes de clivage sont bel et bien tracées et n’attendent qu’à se confirmer davantage.

Conclusion
A mon retour de l’île , par de-là tout ce que mes yeux ont pu observer, ma pensée s’était plutôt attardée sur cette discussion à Pizza Hut que j’ai eue avec mon ami conch, monsieur Smith. Il m’a révélé qu’il avait quitté Corpus Christi dans le fin fond du Texas où il avait vécu depuis sa naissance. Ne pouvant supporter l’attitude du conservatisme américain désigné sous le nom de Right Wing et à sa tête Rush Linbaugh, Glen Beck, Fox News et plus de 600 chaines de radio reparties sur toute l’Amérique, il est venu dans Key West où c’est réellement le seul endroit au monde où il se sent, disait-il, vivre pleinement sa liberté. Son frère avait fait la Yougoslavie dans les années Clinton. Il a dû être forcé à se désengager de l’armée pour son homosexualité. C’était bien avant la politique « don’t ask dont’ tell ». Monsieur Smith lui-même ne m’a pas confirmé son homosexualité mais il y a statistiquement 8 chances sur 10 qu’il en soit un. Un homosexuel, me suis-je dit qui me parle d’honneur, de dignité, de bravoure, de l’engagement volontaire de son frère homo dans l’armée pour servir sa patrie au risque de sa vie, cela va de soi, que, vu le moule culturel qui m’a façonné, que ce sont là des choses qui ne collent pas ensemble. C’est comme parler de la sainte pute, d’une lâcheté héroïque ou d’un glaçon bien chaud. Par-dessus les allégations, les préjugés et les stéréotypes, une réalité s’impose : C’est que monsieur Smith vit dans une l’île d’à peine 20 km2, avec ses droits et ses devoirs, les habitants qui y vivent ont développé une économie qui leur permet de vivre leur prospérité sans dépendre de Washington. Pour moi le kabyle venant d’une Kabylie qui se dit virile, 5 fois millénaire, large et prospère, issu d’un peuple qui s’est illustré par son héroïsme à travers l’histoire mais qui lutte sans succès pendant 50 ans contre un pouvoir qui le nie dans ses droits historiques, culturels et identitaires, qui le prive du droit de se défendre à la cour dans sa propre langue, puisse-t-il, réellement prouver sa bravoure par rapport à monsieur Smith par sa seule orientation sexuelle ? Si l’humanité s’est intéressée au cul au point de parler de trou d’homme, de cul –de-sac et de cul-de-poule, elle doit songer à parler de cul-de-pétrole pour décrire la situation dans laquelle on s’est bien foutu aujourd’hui. L’orientation sexuelle n’a finalement rien à voir avec la lâcheté et la bravoure tout comme la moustache et le nez ne sont pas nos organes de la dignité et de l’honneur. Tout se passe dans le cerveau. Un vrai colonisé est un gars qui vit dans un monde psychologiquement inferieur et qui croit qu’en acceptant son statut de colonisé avoir accompli sa destinée personnelle.

Part 1

 

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