Un ami d’ Akbou raconte son amitié avec un gars d’Aokas

Le défunt Larabi Sadek, Probable cousin de Larabi héros de notre histoire.

Aux environs de la mi-80, j’avais fait connaissance avec un gars d’Akbou qui s’appelait M. Kamel. Il était avec un groupe d’amis que je connaissais et j’étais avec un groupe d’amis qu’il ne connaissait pas. On était tous étudiants et lui, employé à la Sonatrach. Ex étudiant de Boumerdes, Il était venu rendre visite à ses amis et home boys. On s’est rencontré par hasard et, aussitôt, les présentations d’usage s’en suivirent. Comme il n’y avait qu’un seul café à Boumerdes, tous les chemins devaient mener à ce café. Les petites discussions qu’on avait entamées en la circonstance, devaient poursuivre leur petit bonhomme de chemin jusqu’autour de la table, où elles devaient subir une excitation “algérianique” majeure autour d’un bon café et d’une quelconque cigarette à vous couper le souffle, au sens propre comme au sens figuré.“Qahwa wa garro khir men seltane fi darou” (Une cigarette et un café, c’est mieux qu’un roi dans son palais) dit un proverbe populaire. Boursiers que nous étions, au sens estudiantin du terme, on ne pouvait pas espérer plus chic. Mais franchement l’envie et l’entrain n’étaient pas pour nous de vains mots. Cela nous donnait la possibilité d’apprécier et de se partager le peu de choses qu’on avait et, s’il arrivait à la vie de nous offrir un citron, on en faisait une citronnade. Avec ses 7 instituts orientés sur, pratiquement tous les secteurs de l’industrie, la cité de Boumerdes jouissait, incontestablement, de statut de cité la plus melting-pot d’Algérie. Grâce au caractère national de ses instituts, il n’ y avait pas le moindre coin d’Algérie ou, plus encore, de l’Afrique francophone qui n’avait pas un ambassadeur là-bas. La convivialité entre africains et nationaux allait bon train malgré quelques stéréotypes qui se murmuraient d’un coté comme de l’autre et dont on parvenait, sans beaucoup de peine, a régler a l’amiable, entre nous, d’éventuelle problématique qui en découlait, sans jamais la laisser atteindre l’administration. Il y’avait des africains qui ont demandé la nationalité algérienne comme il y’en avait d’autres qui disaient avoir subi, en quelque occasion, le racisme algérien. Comme pouvait le témoigner cette phrase écrite, en gros caractères, par un noir africain, sur l’une des portes des toilettes de l’institut : “Oui, j’admets que les noirs sont la race inférieure mais, il faut admettre, aussi, que le Bon Dieu a dote les arabes de tous les défauts de la Terre”. Qu’on soit noirs ou blancs, on était tous égaux sous le joug de nos dictatures africaines à la tête desquelles se trouvent des hommes enlaidis par la présidence à vie à nous donner des nausées pour les avoir trop vus.

On allait tous s’attabler sans façon autour de la table mais, Kamel, lui, avait sa propre façon : Il avait pris sa chaise pour venir spécifiquement se créer une place à coté de moi. Pas loin de la trentaine, un gentleman qui avait tout l’air d’un gars de bonne famille comme on aime bien ce terme. Il était beau et bien fait et surtout bien habillé et, son pantalon, à lui seul, coûtait plus que notre bourse trimestrielle. Mais, à vrai dire, on s’en foutait pas mal. Dans le groupe où j’étais, on ne s’imposait pas par l’habit. Avec un sourire spontané qui ne le quittait pas, il se mettait à vouloir me parler doucement voir doucereusement, à moitié branché avec moi. Il allait probablement me dire quelque chose en privé mais sa timidité l’en avait empêché. Plus tard, il a fini par prendre son courage à deux mains pour finir, comble de toutes, par me proposer une invitation au bar à Alger. Etant convaincu que je n’avais rien de particulièrement attirant par rapport aux autres, aucune hypothèse n’était à exclure y compris celle générée par les arrière-pensées. Petite consolation : Je me souviens, lors des présentations, avoir décelé quelque chose qui avait bougé en lui, quand je lui faisais savoir que je suis de la région d’Aokas. Effectivement, m’a-t-il dit, un peu soulagé,un peu soulageant, le fait que tu sois d’Aokas m’intéresse beaucoup.

La rencontre au bar s’était faite comme prévue, un certain jour de week-end. Tout de suite je lui annonçais ma curiosité de savoir pourquoi Aokas l’intéressait-t-il à ce point. Il me répondait après une gorgée de liquide : Est-ce que tu connais la famille Larabi, à Aokas ? J’ai fouillé dans ma mémoire et je lui ai répondu que si. Si on me demandait,  ai-je continué, de citer les 5 familles les plus secrètes d’Aokas, la famille Larabi serait, à mon avis, l’une d’elles. Avec mes 10 années de scolarité passées entre le primaire et le CEM mixte d’Aokas, et assez bien roulé dans la pop culture de la région, j’ai eu, si j’ose dire, l’occasion de connaître de chaque famille, de prés ou de loin, au moins, un élément. Mais jamais de Larabi. Cependant, je me souviens, quand j’étais à l’école primaire, de l’autre coté de la rue et du grillage, au CEM mixte, se trouvait un certain Larabi suffisamment bruyant pour ne pas passer inaperçu. Il faisait partie, comme diraient les mathématiciens, de la catégorie des identités remarquables. J’ai gardé de lui cette image de quelqu’un qui aime se payer la tête de ses camarades et, très souvent, on le voyait courir en riant aux éclats alors qu’un gars plus costaud lui courait derrière. Ah ! Si jamais je t’attrape. Cependant, je ne me souviens pas de lui, avoir perdu, n’était-ce qu’une fois, la course-poursuite .En toute évidence, ce n’était pas Larabi dont voulait me parler Kamel. Voici, approximativement, son histoire épidermique qu’il m’avait racontée sur un fond de chair de poule. Je dis “approximativement”, parce qu’au fait, l’acte de bravoure, en lui-même, avait eu, sur moi, un tel impact qu’il ait du relégué à l’ arrière-plan l’importance de l’histoire. Je vous invite, donc, dans ce voyage au bout de la bravoure, à travers ce récit que je reconstitue, quelque peu, à ma façon. Je m’excuse auprès de mon ami Kamel que je fais parler en mes termes, si je suis, quelque peu, à coté de l’histoire du fait d’une mémoire qui a failli et, pour, aussi, ma probable incapacité à reproduire dans ce texte la charge d’émotion dont devait s’accompagner l’histoire.

“Aprés avoir terminé Boumerdes, j’étais appelé à faire mon service national dans une caserne située dans la partie nord du pays (?). Après six mois d’instruction, on me dota de 2 gallons en forme de V couché en doublure, qui, placés sur l’une et l’autre de mes 2 épaules me donnaient l’impression que ma tête était entre guillemets, puis, on m’affecta en qualité de sergent dans une caserne perdue quelque part dans les vastes étendues algériennes. Loin des yeux et du coeur de l’armée, nous devions probablement être cette chair à canon destinée à faire perdurer les hostilités souterraines entre l’Algérie et le Maroc. Si le fils de fellah devait rester fellah, il devait, aussi, en cas de guerre, veiller sur la prospérité des fils de généraux qui deviendront la Race Elue de l’Eden de l’Import-Export. L’armée est la chose que je déteste le plus au monde, je ne suis fait ni pour commander ni pour qu’on me commande. Je suis un homme naturellement libre qui aime la paix et le respect. Tout à fait l’inverse de ce qu’on me propose là bas. Un enfer sur mesure pour ma mentalité. J’ai horreur des gallons et des casquettes, j’ai horreur des saluts militaires qu’on donne et qu’on reçoit, j’ai horreur qu’on me fasse marcher suivant une musique. Arrivé à la caserne, je me suis senti complètement dépaysé. Avec un arabe peu maîtrisé, je ne pouvais me permettre une communication aisée. Dans ce désert de tous les silences, la pleine lune devait paraître à mes yeux plus proche que ma Kabylie qu’on m’avait fait quitter. J’ai cherché à détecter, quelque part, l’ombre d’un Kabyle, mais il n’y en avait pas. Comme si, sous les casquettes, tous les visages se ressemblent. S’il y’avait un Kabyle quelque part, il aurait pu détecter ma kabylité à travers la blancheur de ma peau. J’ai des traits typiquement Kabyles qui aideraient n’importe qui à me reconnaître comme tel. A la limite du désespoir de rencontrer quelqu’un de ma Kabylie natale dans ce désert de désolation, le hasard avait, enfin, décidé d’attirer l’attention de quelqu’un sur moi. D’où viens-tu, me disait-il ? Je viens d’Akbou, lui répondis-je. Son sourire s’élargissait entraînant, prudemment, le mien dans son sillage, comme par télécommande. Il me parla en Kabyle et, tout simplement, j’ai dû ne pas croire mes oreilles. C’était un adjudant-Chef (?) du nom de Larabi (X) habitant Aokas et qui s’est engagé pour une carrière militaire. Je me suis dit, serais-je chanceux, à ce point, de faire connaissance avec un cadre militaire de chez moi, d’apparence, bon vivant et dynamique et qui avait l’air de connaître par coeur les rouages de l’armée.

C’était trop beau pour faire partie de ma chance. Lui, aussi, était content de rencontrer quelqu’un de sa région, on avait développé des rapports d’amitié qui se consolidaient avec le temps et les événements. Il m’engueulait sans pitié quand il m’arrivait de commettre des conneries, mais ses dispositions à me rendre service ou à camoufler mes âneries allaient parfois au delà de ses propres responsabilités. Au fond de moi-même, je suis arrivé à le considérer, dans cet univers militaire que je ne maîtrisais pas, le plus naturellement du monde, comme mon ange gardien. Sa présence me réconfortait, j’ai toujours compté sur lui pour pallier à mon incapacité d’intégration dans le corps militaire dû au fait que j’étais gauche dans mes nouvelles responsabilités de sergent. Il avait toutes les qualités humaines que n’importe quel homme espérerait avoir mais, ce qui le caractérisait au plus haut degré, en dehors de sa bravoure, c’était, aussi, sa générosité et son sens à trouver des solutions simples aux problèmes, d’apparence, insurmontables pour le commun des gens de mon espèce. Il était tellement brave et attentif aux problèmes des autres qu’il était pour moi impensable de le voir un jour fléchir devant un défi qui engagerait la bravoure. Cela restait, tout de même, à vérifier jusqu’au jour où j’avais eu un très sérieux problème.

J’étais à 2 mois de la fin de mes obligations militaires. L’ambiance dans la caserne était archi-morose, il n’y avait rien de rien qui pouvait faire se passer quelque chose. On voyait passer la même image chaque jour comme dans un film au ralenti. Les responsabilités quotidiennes finissaient par devenir une routine qu’on assumait de façon quasi-robotique jusqu’à nous faire oublier, parfois, qu’on était, au fait, responsable pour quelque chose. La seule responsabilité qu’on devait prendre un peu plus au sérieux était la permanence. Chaque jour, une équipe composée d’un officier, de sous-officiers et de soldats (djounouds) était désignée pour veiller pendant 24 h sur la sécurité et le bon déroulement des affaires de la caserne. Ce jour là, j’étais désigné à être de permanence au poste principal où il y’avait l’armement. C’était le poste le plus vilain que tout le monde aurait aimé éviter. Mais, vu l’isolement de la caserne, il a fini par devenir un poste, pratiquement, comme tous les autres. A l’instar d’une eau qui dort, il ne s’était jamais passé quelque chose dans cette caserne depuis son inauguration.

A midi, j’avais pris le sous commandement de la caserne qui devait durer jusqu’à la même heure, le lendemain. J’étais à mon poste jusqu’à 2 heures du matin et, comme tout semblait aller pour le mieux dans la plus calme caserne des casernes, j’ai suivi la tradition d’aller piquer, en toute illégalité, un petit some dans ma chambre comme le temps s’y prêtait bien dans cette glaciale nuit d’hiver. J’avais averti le caporal de veiller au grain qui, lui-même, va faire de même avec le soldat qui, en ultime sentinelle d’une hiérarchie défaillante, ira finir son heure de permanence dans un lit en compagnie de son fusil vide. Et comme, le fusil, en arabe, est un nom féminin, ça devait le brancher, dans son rêve, à quelque romance avec sa Boundouqia. Et tout rêve serait infiniment beau s’il n’était pas de la même nature que le cauchemar.

Vers 6 heures du matin, j’ai été réveillé en sursaut, comme par des coups de marteau sur la porte. J’ouvre et ,2 de mes collègues, quasi sans voix, sont venus m’annoncer que de l’armement a été volé du poste que j’étais sensé surveiller. C’était le k.o. J’avais, à peine, le courage d’avertir Larabi avant que n’arrive le commandant de la caserne. Mon ami providentiel à très fortes doses dans les conditions normales, pourrait-il empêcher le ciel de me tomber sur la tête ? Que pourrait faire un simple adjudant devant une telle calamité qui s’abattait sur ma propre personne ? Quelques minutes plus tard, il arrive dans tous ses états, il ne disait plus rien qui pouvait faire rire. Il n’avait rien de ce rassurant Larabi que j’avais l’habitude de connaître. Seulement dans ses yeux je pouvais lire à quel point c’était très grave. Il savait bien que c’était fini et qu’il ne pouvait rien faire pour moi. Sous le code pénal de l’armée, j’en avais pour un minimum de 25 ans de prison au tribunal militaire. J’avais 24 ans, je devais sortir de prison à l’âge de 49 ans.

Adieu les 2 mois qui me restent, adieu mes parents, adieu mes frères et soeurs, adieu mes amis…adieu les enchanteresses rues d’Akbou que j’avais l’habitude de dénigrer sous mon arrogante liberté, pour leurs nids de poule. Adieu mes projets, adieu l’étranger, adieu la femme de mes rêves. Il est parti, Larabi, me laissant tout seul dans mon insurmontable désarroi. Du fond de mon effondrement, je pouvais deviner aussi l’ampleur de l’embarras dans lequel je l’ai mis, l’embarras d’un homme qui déborde de générosité et qui n’a strictement rien à offrir. J’ai, comme, lancé une sorte de défi à sa bravoure et là, le mur dressé était vraisemblablement trop haut.Ca va le stigmatiser pour le reste de sa vie et il ne finira jamais de se reprocher son impuissance à me laisser disparaître sous ses yeux. J’étais hypnotisé, immobilisé, j’avais perdu toutes mes capacités physiques et morales. Les gens qui passaient me regardaient discrètement avec une compassion certaine. Il est vrai, j’avais toujours entretenu de bons rapports avec mes collègues de la caserne et que je n’avais jamais fait de mal à quelqu’un en dehors de celui que je faisais, dans ma propre stupidité, à ma propre personne. Le commandant allait arriver dans une demi-heure. Que faire pour le contenir ? J’avais espéré qu’on me mette directement en prison plutôt que de m’exposer publiquement à leur interrogatoire infernal. J’étais là, à l’état d’une marchandise qui n’attendait qu’à être embarquée. Quelque part au loin, je voyais venir, comme un fantôme, Larabi, muni d’une certaine énergie qui le faisait courir, probablement, me suis-je dis, pour venir perdre son temps à tenter de consoler l’inconsolable. Enfant de ma Kabylie, m’a-t-il dit, en me serrant ma tête contre sa poitrine avec une indescriptible émotion, tu es sauvé.

“En effet sous la juridiction militaire, si j’ose l’expliquer ainsi, existent 2 types de code pénal : Un code pour les appelés et un code pour les engagés. Une telle irresponsabilité est, effectivement passible d’une peine de 25 ans de prison pour un appelé et de 2 ans seulement pour un engagé. S’appuyant sur cette loi, Larabi, en me quittant, abandonné à mon sort, est allé trafiquer le dossier de permanence pour mettre son nom à la place du mien, comme quoi, la veille, c’était lui qui assurait la permanence et non pas moi. Le dossier sera saisi par la hiérarchie militaire qui appellera à la barre Larabi à la place de moi. Effectivement, Larabi, ayant plaidé coupable, passera 2 ans à la prison militaire pour sauver mes 25 ans”.


Derniérement, j’ai appris, par un ami, que Larabi du CEM était Larabi Sadek (Probablement, le cousin du héros de notre histoire) que je salue au passage après tant d’années de silence qui nous séparent et qui risquent de faire , aujourd’hui, qu’on ne se reconnaisse plus. Ce Larabi, le héros de notre récit, je vous laisse le soin de l’identifier car j’ai du oublier son prénom. Je n’ai jamais eu l’occasion de le connaître ni de savoir ce qu’il est devenu depuis sa sortie de prison. Kamel, quant à lui, a retrouvé son travail à la Sonatrach et a dû se marier aux alentours de l’année 90. Aujourd’hui, il doit probablement mener sa vie, quelque part, du coté d’Alger avec sa femme et ses enfants. S’il avait été inculpé en 1983(?), il aurait retrouvé sa liberté, une certaine journée de 2008 à l’âge de 49 ans. L’année 2008 n’étant pas encore écoulée, il y’aurait eu , à peu prés, une chance sur dix, qu’à l’heure où je vous envoie ce texte, qu’il fusse encore sous les verrous.
D’aucuns peuvent se lamenter sur la malchance de Kamel pour avoir eu le seul accident de l’histoire de la caserne se produire le jour de sa permanence, d’autres ne peuvent que saluer sa chance pour avoir trouvé un homme, à ses cotés, d’une aussi rare bravoure, comme Larabi. Cette formidable histoire de brave que je tenais depuis, à peu prés 85, me tenait tellement à coeur que j’ai toujours espéré la raconter à grande échelle. La taire c’est commettre un crime contre la bravoure. J’estime avoir fait de mon mieux pour la raconter le mieux que je puisse le faire à fin que nous, tous, en l’appréciant, on se donne l’occasion de se frotter à de la bravoure. Cette action est un acte de bravoure par excellence. Et, plus loin que l’excellence, dit-on, c’est son appréciation. Apprécions donc. 

P.S

Ce texte a été publié pour la premiere fois en nov 2008, soit 2 ans avant la mort annoncée de Larabi Sadek (photo) que j’ai cité dans le texte par lien de parenté probable avec Larabi le militaire. Qu’une place de choix, à la hauteur de sa gentillesse,  lui soit reservée  par le Seigneur dans ses Jardins de l’Eden.

Rachid C 

2 comments for “Un ami d’ Akbou raconte son amitié avec un gars d’Aokas

  1. afroukh
    December 17, 2011 at 14:04

    je suis tombé dessus,par hasard,c’est une bonne lecture,mais aussi,est une histoire à couper le souffle.Thirougza eth ghelvithen awk,aka i dh’argaz,matchi dhawal kan,merrci pour ce témoignage,sous oublier le brave défunt larabi sadek.

  2. Ines
    February 7, 2012 at 11:06

    je suis très émue par cette histoire.merci pour le partage.

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