Violences

Pour ses adeptes, la Bible originelle, infaillible, doit gérer la sphère publique. Au point de réfuter la science et son enseignement ! Les nôtres réfutent l’idjtihad. La fièvre a gagné l’ensemble de l’Europe. Ce qui est attesté par la montée spectaculaire de l’extrême-droite aux récentes élections.

Il n’y a pas que les musulmans à avoir des radicaux violents. Le christianisme a lui aussi enfanté ses propres fondamentalistes, comme d’ailleurs, le judaïsme ou l’indouisme. Les attentats, que vient de subir la Norvège, révèlent cette réalité aux Occidentaux d’habitude prompts à jeter dans le même sac musulmans, islam et terrorisme islamiste. L’homme interpellé après les bombes au cœur d’Oslo, n’est ni musulman et pas même un étranger ou un Norvégien de fraîche conversion.
Un Norvégien pur jus, de souche et, de surcroît, de religion chrétienne. En fait, un ultra-chrétien : un fondamentaliste. Aux Norvégiens et autres Occidentaux de découvrir qu’ils ont eux aussi leurs propres fondamentalistes ! Et que la violence n’est pas l’apanage de l’islamisme radical et du jihadisme, comme il l’a été formaté dans leurs esprits par leurs médias et classes politiques.
Celui des chrétiens prône la stricte observance de la doctrine et de la liturgie fondée sur une interprétation littérale de la Bible, combattant le développement du rationalisme et la pensée moderne. Notre fondamentalisme date lui aussi des années de crise économique, mais il a prospéré avec la politique impériale de  George W. Bush qui a stigmatisé, comme personne avant lui, le monde musulman. Comme le fondamentalisme islamiste, celui des chrétiens est aussi sorti de l’ombre pour élargir son dogme, jusque-là assis sur des préceptes purement religieux, à la politique et à la vie sociale.
Pour ses adeptes, la Bible originelle, infaillible, doit gérer la sphère publique. Au point de réfuter la science et son enseignement ! Les nôtres réfutent l’idjtihad. La fièvre a gagné l’ensemble de l’Europe. Ce qui est attesté par la montée spectaculaire de l’extrême-droite aux récentes élections.
Un rapport confidentiel de la police norvégienne alertait en 2010 de l’extension des idées d’extrême-droite, alimentées par un mélange toxique d’islamophobie, de racisme anti-immigré et de difficultés sociales. Ce rapport avait également relevé la professionnalisation croissante de ses formations, notamment dans la production de propagande islamophobe, antisémite et xénophobe, ainsi que leur présence accrue sur les réseaux sociaux. Restait à savoir si ce fondamentalisme chrétien allait passer à la violence. Voilà qui est fait.

Djamel Bouatta in Liberté du 24 juillet 2011

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