Année de la cage: jour II (par Kamel Daoud)

par Kamel Daoud
Au premier jour du procès de Moubarak et ses fils, on en était sûr : tous les chefs arabes, bandes armées mal élues et autres rois, ont regardé avec nous la même émission. On pouvait même entendre, de loin, de très loin, et pour une fois clairement, ce que pensait chacun des quarante voleurs dans sa jarre. On pouvait sentir leur peau, voir l’un des yeux calculer la distance entre la chaise et l’avion de fuite et ressentir, au creux de la poitrine, leur angoisse et leur colère. C’était le premier jour de cage. Moubarak, le puissant du club y était allongé, jouant le malade, ses deux fils, l’un tenant le ciel qui est tombé et l’autre un Coran. On aura même souri : chez nous, les puissants, même quand ils tombent, ils nous tiennent encore pour des idiots. Le Coran dans la main de Saddam, Djamel ou Ala’, est destiné aux peuples bigots, à attendrir ces immenses piétés naïves et à nous parler de la pitié que l’ex-puissant n’a pas eue pour les enfants de son peuple. Un jour, Kadhafi, Bachar et les autres tiendront le Coran dans une cage. C’est un chemin inauguré par Saddam le charitable. Souvenez-vous de ce tyran et sa brusque foi durant ses derniers jours.

Saddam a d’ailleurs inventé le scénario : la bravade et l’orgueil, les grands discours de fermeté, les promesses de vaincre l’Occident comme l’a fait Saladin, puis la fuite, l’enregistrement audio puis le trou de Tikritt et, enfin, la cage, le procès, le Coran et la corde.

Hier c’était donc la seconde apparition de l’un des Moubarak de notre époque dans sa cage. Là aussi, on pouvait entendre, pour les plus attentifs, les autres Moubarak penser. Penser une seule idée forte et aveugle et tenace : comment faire pour que cela n’arrive pas ? Il ne s’agit pas du début de chemin vers l’acceptation de la démocratie, mais de l’éveil sourd d’un instinct de survie. Comment faire pour que cela n’arrive pas ? Qui tuer ? Combien ? A qui s’allier ? Qu’offrir à l’Occident comme tribut et sacrifice ? Comment recomposer la bande armée de soutien ? Comment ne pas faire les mêmes erreurs que le clan Moubarak tout en ne démocratisant jamais ? Qu’est-ce qu’a n’a pas fait Moubarak pour tomber du palais vers la cage ? Les stratégies des quarante voleurs après la scène Moubarak en cage ne sont pas celles du salut collectif mais du salut individuel. On ne pense pas à comment sauver le pays de la ruine mais comment sauver le Pouvoir de l’échec. Parions donc que la scène de la cage va donner un second souffle aux dictateurs arabes qui savent qu’ils n’ont pas où aller en fuyant et qui savent comment ils vont finir en restant. Pas de quoi nous réjouir ni les attendrir sur notre sort. Il s’agit là, à l’évidence, d’une question de vie ou de mort. Certains le savent. D’où la monstruosité des répressions et l’immense ruse des atermoiements. Il ne s’agit plus de politique mais de darwinisme.

Pour le moment donc, la liste des objets fétiches du début du 21ème siècle s’allonge : le tricot de peau de Gbagbo, l’avion de Benali, la cage de Moubarak, le trou de Saddam, le barbecue de Ali Salah. La suite ? Elle viendra.

le quotidien d’oran raina raikoum mardi 16 aout 2011

1 comment for “Année de la cage: jour II (par Kamel Daoud)

  1. February 16, 2012 at 00:56

    On peut remarquer par exemple que vous êtes un travailleur acharné, bon pas pour la gloire.
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    http://revendaautorizada.com

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