Autour d’Akhuni Laid, le mystique (part I)

Charlton Heston dans "Les 10 Commandements"

Dans les années 70, lors de l’unique passage par Aokas du doublement putschiste vénéré président Boumediène, à l’école, on nous faisait préparer la fête, des jours à l’avance, comme si le messie allait venir. La propagande était tellement forte et efficace qu’il était impossible d’entendre quelqu’un, tout âge, tout sexe confondus, murmurer ou insinuer quelque chose qui pourrait provoquer des questionnements sur la grandeur de Boumediène. Il était inexorablement l’homme de l’Algérie et sans lui l’Algérie serait une veuve éternelle. Il l’était en trois exemplaires car, en plus d’être président, il était aussi vice-président et ministre de la défense. Dans cet unanimisme absolu, il y’ avait un vieux mystique que la société avait marginalisé pour avoir eu la malheureuse façon de voir les choses autrement. Il psalmodiait le coran tout en guettant, de temps à autre, une éventuelle lucarne bleue dégagée par les vents dans le ciel gris d’automne pour adresser de très forts et courts messages au Bon Dieu pour lui reprocher son manque de présence parmi les hommes. Il criait très fort et, de sa voix prophétique, faisait immobiliser les foules sous une sorte d’hallucinations collectives. D’une main, il tenait son éternel chapelet et de l’autre il pointait vers cette lucarne bleue du ciel son bâton pour dénoncer comme un Sisyphe l’injustice de Dieu via ses incohérences messianiques qui se réfléchissent dans ce bas monde sur nos gouvernants à son image. Descends ou je monte ! lui lançait-il dans ses laps de temps de révolte qui ponctuaient ses ballades tranquilles et solitaires. Le long du boulevard sans nom traversé par des rues anonymes, il continuait sa marche d’automne sur le tapis de feuilles abandonnées par les platanes de la même façon que Dieu avait abandonné ses créatures à Satan. De la même façon, aussi, que nos révolutionnaires avaient abandonné la révolution aux putschistes. Il continuait sa marche de la même allure jusqu’au vieux pont où régnait un silence de méditation. Le pont était situé à équidistance spirituelle entre les deux Saints de la ville : Sidi Rihane et Sidi M’hand Aghriv. Comme nul n’est prophète en son pays, ils sont tous les deux venus d’ailleurs. Ce silence du pont attirait aussi, sans se rencontrer, les deux autres solitaires les plus mystérieux du village : les deux frères Felkai qui, comme par intérim, occupaient comme Akhuni Laid, ce lieu paisible sans jamais se retrouver ensemble.

Son bâton, sa marche et sa démarche lui donnaient cette allure prophétique incarnée par Charlton Heston dans les dix commandements de Cecil B DeMille. On ne l’a jamais vu manger quelque chose ou transporter autre chose en dehors de son bâton et de son chapelet. On le voyait boire de ses mains nues de la fontaine publique et des gouttes d’eau se déposaient humblement sur sa barbe invariablement de même taille qui blanchissait au fil des ans comme pour lui procurer la sagesse nécessaire à supporter, au quotidien, les vicissitudes de la vie. Ses promenades solitaires sont réglées de façon à prendre rendez-vous avec l’horaire des prières dans l’unique mosquée du village, fréquentée par les fidèles au système parmi lesquels se trouvaient de respectables anciens combattants qui ont déposé les armes avec le sens du devoir accompli. Ils se sont retrouvés inconsciemment ou délibérément en train de militer pour ces hommes au pouvoir qui ont assassiné ceux pour lesquels ils avaient combattu. Après avoir inscrit avec un héroïsme légendaire notre nom dans des livres d’histoire en battant une puissance de l’OTAN, ils se sont donné mains liées à un bâthisme rampant qui avait pour ultime programme d’effacer notre identité de la surface de la Terre. Nos héros sont fatigués, ils n’ont pas fait la moitié de leurs courses qu’ils sont au bout de leurs écus ; ils ont héroïquement arraché notre identité au corbeau pour la donner au ghorab [1]. Mais, au fait, d’où vient que nos héros si vaillants et si rusés en temps de guerre se laissent apparaitre comme des dindons de la farce pour ne pas dire tout simplement des têtes à claques, en se laissant faire avoir en toute naïveté, en toute vulnérabilité, en temps de paix, par des gens quasiment anonymes ? En plus de l’incapacité de nos héros à se prémunir contre l’épée de Damoclès, l’autre partie de la réponse se trouverait dans cette soif inexorable de pouvoir de l’autre espèce de nos dirigeants qui ne négocient pas le pouvoir mais qui tuent pour  lui. Une tradition qu’ils avaient héritée de cette région du globe dont ils se disent originaires et, où, pour le pouvoir on assassine même les califes.

De l’épicerie de Bini à la villa du bachagha, la vraie  distance  n’était pas physique.

A quelques pas du Café de Bouhouz, vers l’est, se trouve l’arbre le plus populaire du village : L’Olivier des I3ayachene ou localement Thazemourth i 3ayachene. Le même nombre de pas  plus loin, le boulevard reprend bâtisse sur, probablement, une bonne trentaine  de mètres. Architecturalement parlant, cette autre partie du boulevard démarre en queue de poisson avec la modeste épicerie de Bini pour se terminer en apothéose par la luxurieuse villa à laquelle fait suite un verger riche en arbres fruitiers, le tout appartenant au fameux bachagha Oudherguine. La distance matérielle qui sépare l’épicerie de Bini de la villa du bachagha est aussi celle, à l’échelle infiniment réduite, qui sépare la misère de l’aisance, l’humilité de l’arrogance. Ce jardin de toutes les tentations gastriques était aux mômes, quasi  inviolable, car situé en face du bâtiment des gendarmes. Si le pauvre Bini se rendait tête haute là où il se rend, le bachagha devenu hadj, confiné dans sa villa, était obligé  à chaque fois de raser  les murs pour se rendre à la prière dans la mosquée d’en face, car une éventuelle rencontre avec Akhouni Laid lui vaudrait inévitablement  et publiquement des humiliations spontanées et expéditives à l’image presque oubliée de son passé colonial. Akhouni Laid, en Diogène le Cynique qui adorait l’humilité et  l’innocence  de l’âme, aimait plutôt discuter avec le vieux Bini qui détenait à la queue du bâtiment la plus minuscule épicerie du village. Citoyen de la Zone Interdite, vieux et de petite santé, il avait un esprit de gain désintéressé qui ne lui permettait pas de se donner l’effort d’assimiler les techniques qui lui auraient permis de se doter d’un esprit commercial. De sa présence au quotidien dans son local en « Bouteille de Bacchus », aussi moitie-plein que moitie-vide, se dégageaient deux messages contradictoires dans l’évaluation de l’intérêt qu’il portait pour son business.  Il était là à ne pas vendre grand-chose et les mômes ne rataient pas son regard affaibli pour lui faire prendre des doros [2]pour des dinars. Vendant avec le prix les plus bas du village, on était curieux de savoir d’où lui venait le profit, lui qui faisait matin et soir 5 kilomètres de route à pied entre son épicerie et son domicile le long d’une pente à couper le souffle au sens propre du terme, à son contemporain Jessie Owens. En plus du bas « pricing » qu’il pratiquait, son épicerie était d’une utilité publique numéro 1. C ‘est ici que les aokassiens déposaient les objets – confidentiels -à- remettre, appelés, mystiquement, Lamana. Vendre aussi bas pour gagner aussi maigre ou peut-être  ne rien gagner du tout, n’était pas une vision commerciale  propre à Bini.  Elle avait au fait son antécédence dans l’histoire.

En effet, le père du philosophe français Pierre-Joseph Proudhon était un commerçant probablement de la taille de Bini, à qui on n’arrivait pas à faire admettre que  pour réaliser un profit il fallait vendre avec un prix de vente supérieur au prix de revient. Cette mentalité d’un père trop tendre pour le commerce, avait probablement influencé le philosophe-fils, pierre-Joseph Proudhon, au point de rentrer dans une polémique socialiste avec Marx sur qui il écrira un livre intitulé Le ténia du socialisme et du communisme, et auquel   Marx  répondra  par un livre intitulé Misère de la philosophie ou  philosophie de la misère. Tout ça était  trop compliqué pour Bini qui a vécu avec peu de philosophie et  beaucoup de misère. Au bout de ses forces et de ses convictions commerciales le vieux Bini ferma à jamais sa boutique qu’il laissera sans héritiers. Il finira avec ses vieux amis Abdallah et Amer, dans les mêmes conditions que lui, par devenir,  dans les années 70, les premiers  hadjs de la Zone Interdite. Illettrés toute catégorie, après avoir jeté des pierres sur la tombe de Satan, ils reviendront avec un titre de saint  au prix d’une économie de toute une vie, qui a dû finir, probablement, via les détenteurs du trésor saoudien,  loin de Mina et de Mouzdalifa,  entre les jolis seins  des belles scandinaves qui ne savent rien de la sueur de Bini. Nos trois pèlerins de la Zone Interdite vont se rencontrer à la mosquée du village dans les mêmes habits et le même titre que bachagha  qui les dépasse, surement, de quelques Omra.  Si, aux yeux d’un citoyen Lambda, la différence entre ces 4 bonhommes est dissoute dans l’habit qui  fait le hadj, ce n’est pas le cas pour Akhouni Laid. Tout juste après la prière , dans  une marche accélérée par sa révolte contre une injustice dissoute dans le subconscient sociétal , il s’arrêtera sec dans son élégance de prophète, lèvera la tête au ciel pour rappeler Dieu à l’ordre à travers la lucarne bleue du ciel sur le fait d’avoir permis à ses hommes via le message messianique de juger également des situations inégales. Si, admettons, nos 3 pèlerins s’étaient déchargés de leurs péchés au prix d’un voyage à la Mecque, combien en faudrait-il de ces voyages à notre bachagha pour se décharger des siens ? Aux yeux d’Akhuni Laid la  comptabilité céleste devait avoir tenu compte de ces rapports de proportionnalité pour mettre l’arithmétique des vivants au service de l’au-dela.

 « Col blanc » ou le déclin des attitudes.

Le long de cet édifice long d’une trentaine de mètres, il y’avait, au rez-de chaussée, entre l’épicerie de Bini et la maison du bachagha, toute une série de locaux  fermés qui faisaient, jadis, au temps du colon, offices de commerces florissants. Tous les commerces, toujours  vacants,  étaient fermés et les cols bleus algériens, à la conquête d’un nouveau statut de col blanc, jadis réservé aux français, avaient pris d’assaut les bureaux laissés vacants par le colon. Cette attitude avait empêché l’émergence d’une mentalité commerciale. Le privilège de travailler en costume cravate et l’aptitude à faire usage d’un stylo, l’emportaient sur toute autre considération salariale. L’état de folie  de la bureaucratie algérienne pouvait se résumer à la durée de validité d’un extrait de naissance qui n’était que de 6 mois. L’émergence dans le tas d’une certaine classe  de bureaucrates parvenus, qui se donnait du plaisir à jouer aux interminables une-deux avec le citoyen  en le balançant d’un bureau à un autre, voire d’une ville à une autre, a inspiré dans sa révolte le chanteur  Cheikh Nordine à composer la chanson  « Aghardha is3a l’virou »(le rat a un bureau). Aokas devait attendre le retour de France de son  « Jack Kerouac local»,  Amara Ahcene,  au debut des années 80  pour connaitre sa « Révolution Des Manières ». Sur une cinquantaine de locaux commerciaux alignés au temps du colon tout le long du boulevard sans nom, il en est resté opérationnels qu’à peine une dizaine d’eux. Tout le reste était fermé. Les entreprises embauchaient, non pas en fonction du besoin en personnel, mais en fonction de l’espace physique qui leur est offert. Au fait, si sur le plan académique  la région d’Aokas avait donné un nombre considérable d’universitaires, elle n’était vraisemblablement pas branchée Business Un jour, à l’école primaire, dans un cours de lecture, notre instituteur local nous faisait lire le texte  en silence et de souligner à l’aide d’un crayon les mots dont on ne connaissait pas le sens. A la fin de notre lecture silencieuse, tous les éléments de la classe avaient souligné le mot « vitrine ». En bon professionnel qui ne pouvait utiliser le kabyle pour  expliquer le français, il avait eu du mal à nous expliquer ce terme. En désespoir de cause il a fini, par trouver un exemple mort-vif en plein centre d’Aokas à travers cette vitrine qui n’exposait plus rien hormis sa  transparence et qui appartenait au vieux  couple  Zizi qui a préféré, depuis belle lurette, aller s’installer en France. Aokas qui était sous le colon le chef lieu de la grande commune de Oued Marsa,  ne connaitra que  timidement sa première vitrine en forme de kiosk installé au tout début des années 80 tout prés de la mosquée du village, en face de la maison de bachagha, par le citoyen Azib Salah.

 Les escaliers de Karappas et le « Quartier Latin »

Ce lieu de culte était, à l’origine, une église transformée en cantine scolaire avant d’être aménagé en mosquée. C’était l’édifice le plus haut du village, le seul à être plus haut que le bâtiment des gendarmes. En face de cette église, de l’autre coté du boulevard, la tribu I3ayachen avait développé sa zone commerciale. Il y’ avait, au coin, un café sans nom et sans presse qu’on appelait l’qahwa n Bouhouz  ou ironiquement le Café du Passé en opposition à un café plus moderne, en face, à coté de l’église devenue mosquée, qui portait le nom “Café de l’Avenir”. Le Café du Passé attirait les vieux nostalgiques du café bouilli à l’ancien mode. Il y’ avait un coiffeur, le moins cher du village, un garage où l’on pouvait acheter des bottes de foin et, plus populaire encore, la boulangerie des I3ayachène qui fabriquait un pain hors normes, un pain différent des autres. Tous les pains étaient, disait-on, fabriqués à 700 grammes, il était cependant, toute publicité mise à part, le seul pain national, sans doute, à peser un kilogramme. Il était vendu contre les normes de la compétition au même prix que les autres, c’est-a-dire arba3tache (14) n’doro (70 centimes), un prix national fixé par le président de la république indépendamment du prix de revient et du prix de vente, selon une formule qui défiait le sens commun économique et qui mettait les frais sur le compte des générations futures. Si sa forme débordait un peu l’esthétique, son goût était réellement là.

Diogene de Sinope IV siecle av.JC. Pourquoi cette lampe? Je cherche un homme.

Cette tribu d’I3ayachène était l’une des tribus les plus anciennes d’Aokas. En gros et en brut, elle contient, en elle, une partie de l’authenticité aokassienne. De l’autre coté de l’Atlantique, une telle tribu serait décrite par les chasseurs de l’originalité, comme celle sur qui repose l’Aokassian Spirit, autrement dit, l’esprit ou la personnalité aokassienne. Au tout début des années 70, la réouverture de l’école primaire à Aliouène, dans le haut Aokas, avait conduit, l’un après l’autre, les commerçants de cette tribu à fermer boutique à Aokas-village. Vers la mi-70, le quartier était fermé. Au début des années 90, on s’était attablés dans Le Café De L’Avenir à discuter entre copains sans avenir de l’avenir de l’unité algérienne sérieusement menacée par le FIS de la fission. Un copain de la génération Karappas, issu de la première promotion de l’arabisation, regardant en face ce triste quartier aux boutiques fermées et réduit à l’état de ghost town, nous lança : “C’était pour Aokas, le Quartier Latin. Il était occupé par l’une des plus vieilles tribus d’Aokas”. C’est à ce niveau que l’Escalier-Au-Mille-Marches entame sa montée pour relier Aokas-La-Vallée à Aokas-Le-Plateau. En montant, à la dernière marche de cet escalier, se trouvait le fameux café de Karappas posé sur le relief comme une espèce de mirador qui permettait de repérer le moindre mouvement en tout point de la vallée. Et, plus loin, à l’horizon, le ciel s’écrasait de tout son gris sur le Grand Bleu, et de l’autre coté c’était Marseille où des émigrés malheureux gagnaient leur pain à réaliser à moindre coût la ballade des gens heureux. Les deux autres rues, celle venant du vieux pont et celle venant de l’ancienne poste et qui reliaient les deux Aokas, la vallée et le Plateau, se croisaient, aussi, là, inévitablement, au niveau de Karappas selon une topographie idéale qui permettait aux amoureux de se croiser dans un échange de regards muets à travers l’infranchissable mur de la pudeur dressé par des siècles de frustrations ancestrales. De là, les amoureux à distance s’offraient une visibilité idéale pour repérer les filles de leur rêve. De là, on pouvait suivre “sa fille” de sa sortie de la classe jusqu’au carrefour de Karappas, sans interruption. Mais, faisait remarquer notre naufragé de la première promo arabisée, pas le moindre gars ne s’était marié avec la fille qu’il avait tant suivie des yeux au rythme des systoles et diastoles de son système cardiaque. Quelque temps après la fermeture du Quartier Latin, le café de Karappas s’est effondré, comme sous le poids des rêves brisés. Il ne restait plus que l’Escalier-Au-Mille-Marches comme pour rappeler aux hommes à quel point, dans la vie, il est plus facile de descendre que de monter.

La Cour du Quartier Latin : Le Wall Street des valeurs matrimoniales.

Il était pourtant très bien centré, le Quartier Latin, pour un commerce florissant. De ce quartier, il ne restait plus aucune trace de cette tribu en dehors de cet olivier qui porte le nom thazemurth  I3ayachen . C’était là-bas, le dimanche, jour de marché, dans la cour vide du quartier que se donnaient rendez-vous les pères de famille pour une discussion matrimoniale sans intermédiaire et… sans l’avis de la fille. C’était une sorte de Wall Street secret où se jouait sans porte-feuille l’avenir relationnel des garçons et filles d’Aokas et qui redessinait, en permanence la nouvelle carte des relations entre familles. Flatté par sa position de sollicité, le père de la fille, en position de force, va considérer les relations dans le cadre d’un mariage sanguin entre familles, il a donc la responsabilité de ne pas ternir ce sang « tout rouge » qu’il considère le sien. Si la réponse est positive, elle se ponctue par un café dans le Passé ou dans l’Avenir selon une règle de courtoisie qui donne le choix au père de la fille. Il arrive que le père de la fille, par manque de données sur les conditions du solliciteur, ne puisse décider sur le champ. Il demande, non sans gêne, alors, au solliciteur de lui donner une semaine de réflexion. Dans ce cas-là, en général, le moral n’y est pas et le café n’aura pas lieu, ni dans le Passé ni, dans l’Avenir. En cas de « non », le solliciteur reçoit généralement la réponse par une tierce personne, une réponse qu’il reçoit comme une gifle du fait qu’elle plonge sa famille de quelques points dans la bourse des valeurs familiales. D’un autre coté, ce “refusage” peut nuire aussi à la réputation du “refuseur”. Il risque d’avoir la réputation de vendre trop cher et de se retrouver en fin de compte en panne de solliciteur. Le temps jouera contre lui du fait qu’au delà de 18 ans, la “mariabilité” de la fille prend un coup de vieux, la demande se fait de plus en plus rare et les chances de marier sa fille sont de plus en plus compromises. L’idéal, pour les deux pères de familles, serait que la première soit la bonne. C’était, donc, au demandeur de bien considérer sa demande.

L’Olivier des I3ayachene : L’arbre mystique

Thazemurth  I3ayachen incarnait cet esprit aokassien qui est celui d’un certain nombre de familles qui vivent ici et se connaissent depuis belle lurette. Elles sont classées selon un certain nombre de valeurs où la pudeur a toujours tenu le haut du pavé. Le jour du marché, on laisse ses commissions au pied de l’arbre, on part faire autre chose et, on revient deux heures plus tard les récupérer comme dans la banque la plus sûre. La sureté et la confiance inspirées par cet arbre ont fait en sorte que son tronc regorgeait de paniers pleins de commissions abandonnés pour une bonne durée par leurs propriétaires à la confiance placée en leur olivier. Quand on vit dans un système où les choses se passent toujours de la même façon, on les prend pour évidentes et, donc, on les remarque pas. Mais quand on va dans un autre système, elles nous paraissent insolites. C’est comme, à peu près, la force d’inertie dans le système de D’Alembert : Elle n’existe que par rapport à un observateur. Cette histoire de commissions confiées à l’arbre, avait pris une signification dans mon esprit quand, un jour, j’avais eu une discussion accidentelle avec un Oranais. Ce qui m’a surpris chez vous, m’a-t-il dit, c’est qu’en rentrant dans les restaurants, vous laissez vos parapluies dehors ; j’ai remarqué plein de vélos dehors parqués librement, sans être préalablement attachés et, sans propriétaires en place. Pour un Oranais comme moi, chez qui les choses ne se passent pas de la même façon, on se croirait, a-t-il conclu, vivre dans un conte de fée d’une société qui a banni la clef.     (A suivre)

Notes:

[1] corbeau en arabe

[2]doro : piece de 5 centimes

Part II

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