Le 3ème et pas le dernier (par Kamel Daoud)

Il n’y a plus faux démocrate qu’un dictateur quand il voit en tomber un autre, juste à côté. 

Raina Raikoum
Le Rat est tombé. Il est tombé si profond qu’on ne l’a pas encore retrouvé. Si profond qu’il va finir pendu, exilé, vendu, dépecé ou en terroriste avec une dernière guérilla. C’est le troisième sur la liste des quarante voleurs qui nous gouvernent depuis quarante ans ou quarante décennies. L’étau se resserre donc sur les suivants, les régimes qui tuent les peuples ou qui tuent le temps en faisant croire qu’ils réforment. Une époque est morte et ses cadavres persistent. Après l’avion de Ben Ali, le lit de Moubarak, c’est le temps du bunker de Kadhafi. La suite pour les Libyens sera dure et pénible, coûteuse même mais c’est déjà un peuple qui a pris la route, comparé à d’autres qui sont encore assis à regarder El Jazeera. Le Rat est donc tombé et nous en félicitions ceux qui chez nous l’ont soutenu, les Bouguetaya et confrères, les poètes à dinars et les serviles baathistes. Les Libyens auront un long chemin à faire entre la préhistoire où le dictateur les cantonnait et les modernités et la démocratie. Mais c’est un chemin entamé, là où d’autres se contentent encore de chercher la viande et la semoule. Un peuple est né, juste à côté de nous et malgré la dictature, le néocolonialisme et les complicités des autres dictateurs des pays «Frères».
La chute de Tripoli va relever un visage autant que la chute de Grenade a fait baisser les yeux pendant des siècles. Cette ville qui tombe est une victoire pas une défaite. Les regards vont donc se tourner vers le prochain, le boucher de Damas ou le menteur de Sanaa et ils sont nombreux sur la liste d’attente. C’est donc un second souffle pour le printemps «arabe», une seconde vie après une presque mort et une autre voie qui s’ouvre. Les temps sont riches, l’époque est excitante et les regards se tournent vers les mains et plus vers les cieux. L’histoire n’est plus dans les livres mais la bouche et le cœur. Cela va redonner de l’espoir aux peuples et de l’inquiétude aux autres dictateurs encore poste et qui ont cru à l’épuisement de la colère ou à la possibilité de disperser les peuples par les repas et des mots. Analyse fine et ouvrant sur des abîmes d’histoire faite notre confrère Chawki Amari. «Et de 3. A noter que c’est quand même l’Afrique du Nord qui est la plus efficace, devant l’Orient. Tunisie, Egypte, Libye. La cavalerie libyco-berbère fatimide est-elle plus résistante que son équivalent abbasside sémitique ou les pouvoirs y sont-ils plus faibles ?». Une piste à analyser selon le chroniqueur d’El Watan.

En attendant, c’est fait : un 3ème n’est plus qu’un bandit en fuite. Demain, chez nous, ceux qui ont misé sur lui comme s’il s’agissait d’une affaire personnelle, vont distribuer plus d’argent, d’emplois, de logements ou de promesse de démocratie. C’est cyclique : quand le printemps s’essouffle, ils durcissent le temps et deviennent plus insolents ; quand le printemps reprend, ils deviennent plus gentils et cèdent un peu du pays qu’ils ont privatisé. Il n’y a plus faux démocrate qu’un dictateur quand il voit en tomber un autre, juste à côté.

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