Quand être Kabyle est déjà un combat!

Les maisonnées humbles qui s’agrippent aux cimes, les villages comme des miradors qui épient au lointain, au qui-vive du plus ténu murmure qui annoncerait l’ennemi, l’ailleurs, l’extérieur… les robes des nubiles avec des foulards d’où dépasse une culture, les chants dans les épousailles, l’espace public de Thajmaath, notre relation avec les éléments, avec les divinités, avec la religion et les religions, tout cela, et bien davantage, énonce clairement une singularité, une histoire à part qui servirait mieux le grand pays, l’Algérie, si on lui donnait tous les outils pour s’exprimer, toute la liberté pour s’accomplir et s’épanouir  pleinement. Il en va de même pour toutes les cultures qui expriment l’espace méditerranéen, humain…   

–          Vous êtes arabe?

–          Non.

–          Vous avez un accent pourtant!

–          Pourquoi chaque bonhomme avec un accent se doit d’être arabe? On a inévitablement une dissonance lorsque la langue ne nous est pas maternelle. Si un français vient en Algérie c’est lui qui a l’accent, mais, si c’est moi qui vais à Paris, c’est moi qui ai l’accent.

–          Quand même, il n’y a pas de mal, je travaille ici depuis plusieurs années, je parle quotidiennement à des gens de toutes races; je sais reconnaître un accent, quoi!

   C’était l’espace d’une communication téléphonique. Le bonhomme voulait me vendre un abonnement à un journal. Pour parler rond, il était un publicitaire. Aussi, Afin qu’il communique mieux avec son interlocuteur, il crut bien ou mieux de personnifier, de sympathiser, d’engager la discussion. Normal dans le pays de la prévalue, sauf qu’il se prenait mal à mon humble avis. Du reste, il n’était pas sûr que je sois arabe. Mon prénom ne sonne pas arabe. Le bonhomme hésita, son français était, disons, correct, de ces français qui transpirent l’héritage colonial, mais le prénom l’embrouillait apparemment; il ne lui disait pas grand-chose. Alors, pour faire court, il en vient à sa besogne : je ne pouvais qu’être arabe!

–          Êtes-vous un immigré?

–          Oui.

–          De quel pays?

–          D’Algérie.

–          Vous êtes arabe je vous disais!

        Il conclut. Il croyait sans doute que je n’étais plus pour placer une seule. Sa voix chevrotante respirait d’emblée la certitude. Ça y est, devait-il se dire, voici comment est ébruité le mensonge; que l’y a-t-il obligé?

–          Non, dis-je benoîtement, je ne suis pas arabe.

–          Mais l’Algérie est arabe pourtant cher ami.

     Un brin de colère mettait des cailloux à ma voix. Ou peut-être était-ce de dépit, de mollesse à vouloir engager la discussion; il était sûr, peut-on convaincre quelqu’un qui est sûr. Oh! Des conneries pareilles on en boit chaque jour la coupe jusqu’à la lie. Des manuels scolaires, officiels, académiques, critiques tout ce que vous voulez, ne nous gloussent-ils pas journellement que nous ne pouvons être autre chose qu’arabes; des enturbannées à chaque coin de venelle qui nous plombent de leurs fadaises sur la langue du paradis, sur la condition sine qua non pour y accéder; des enseignants, enfin des ouailles aux cervelles enchevêtrées d’inextricables toiles faites d’à priori, de préjugés et de certitudes indiscutables et indiscutées. Bref, si j’étais là, à l’autre bout du fil, dans un pays qui a posté à la lisière de chaque poche un moralisateur pour nous voler avec en sus la conscience du devoir accompli, à répondre à une publicité en de lointaines contrées avec, pour une fois, l’une des rares choses pour lesquelles je me sens le droit d’être sûr, la certitude que je suis un berbère, un kabyle, c’était, pour tout dire, déjà beaucoup.

–          Je suis un berbère, dis-je pour résumer sans grande conviction eu égard à l’inanité de la discussion qu’il voulait engager avec deux pailles d’outils savants.   

   Parce qu’au fond, je n’avais pas pensé important de m’étaler quelque peu. Du genre un saut dans le passé, puiser dans l’histoire plusieurs fois millénaire, faire appel à des noms, à des lieux de mémoire, à des légendes, à des mythes, à des évènements; bref, fouiner un tantinet du côté de l’ancêtre. Parler comme dirait un historien, raisonner savamment comme ferait le livre savant qui fait appel aux outils méthodologiques et scientifiques des sciences humaines. Mais qu’en aurais-je glané? Un rire narquois tout au plus. Le bonhomme d’ailleurs m’était parvenu dans ma tête même physiquement. Fallait juste qu’il annonçât la prochaine carte. Voila, s’il n’y avait pas le voile virtuel du téléphone, je jurerais que la rougeur escaladait déjà sa frimousse ou le dévalait, c’est selon. Ma réponse était une injure, une offense. Il en avait le fer au flanc. Pour preuve, quelque colère égosillait sa voix.

–          Mais c’est pareil, me dit-il.

–          Non, dis-je.

–          Pourquoi?

–          Pour rien, parce que je ne suis pas arabe.

–          Mais moi aussi je suis algérien.

J’éclatai d’un franc rire. Tant mieux pour ma convivialité de Kabyle ou d’homme. Après tout n’était-il pas mon hôte? Virtuellement du moins. Il était chez lui du moment que je lui concédais le droit d’essayer de me convaincre pour m’abonner à son journal. Hormis, bien entendu, qu’il me faisait perdre mon temps dans une certaine mesure.

–          Puis-je vous demander monsieur pourquoi vous riez? me dit-il tancé.

         Il reprenait du service. Un publicitaire qui affûtait le verbe, qui savait soudoyer l’émotion à faire avaler des couleuvres, qui cajolait dans le sens du poil le sentiment de son client. J’ai pensé que ce pouvait être un superviseur qui passait par là. Au pays de du tout consommable, y compris le sentiment et l’humanité, l’idéologie est monnaie ou alors elle ne vaut pas la chandelle. Peut-être étais-ce une affaire d’orgueil : un arabe, se pensait-il peut-être, pure souche peut-il enfin se laisser enquiquiner par un kabyle? La question est peut-être exagérée, mais, tout bien pensé, je ne le crois pas. Pas du tout. Un bonhomme, il raisonnait comme le téléphoniste, un algérien habitant à 80 kilomètres de Bejaia, m’avait dit un jour qu’il ne savait pas pour les 130 morts kabyles, assassinés un printemps durant, au su et au vu d’une planète civilisée qui caquète sur tous les toits le droit, la dignité, la démocratie et tout le tralala; il n’en a jamais entendu parler! Mais, sans qu’il le sache, me fiant à ses dires, il m’avait dit que de toute manière, nous, les kabyles, nous cherchons les poux dans des têtes chauves. J’ai dit au téléphoniste publicitaire :

–          Je ris, j’en ai le droit; tu es dans ma maison à ce que je sache… et puis, tu veux le savoir, c’est tout simple : votre syllogisme me fait rire…

–          Pardon!

–          Je te résume. Aristote en des temps anciens, dans la Grèce antique, a inventé ce que l’on nomme en arabe El Mantik, le syllogisme ou la logique aristotélicienne. Tu t’en souviens peut-être; je te donne un exemple : l’Algérie est arabe, je suis algérien, donc je suis arabe.

–          Est-ce que vous êtes intéressé monsieur par mon offre.

–          Non.

–          Je vous souhaite une belle soirée…

     Point. Si je disais maintenant que je ne voyais pas, mais alors pas du tout, où était l’offense qui fit qu’il coupa court, serais-je pour autant orgueilleux, incommode, insolent? Pour sûr que non. D’ailleurs une histoire similaire m’était arrivée il n’y a pas bien longtemps. Nous étions quatre nord-africains, enfin quatre maghrébins. Un collègue belge nous questionna :

–     Êtes-vous arabes?

–          Oui, a dit naturellement l’un d’entre nous.

–          Non, crus-je dans le devoir de corriger, moi je ne suis pas arabe, je suis berbère.

–          Qu’est-ce que tu veux dire par là? dit le bonhomme en question un peu confus.

–          Rien., que je suis berbère kabyle et amazigh d’Algérie. .

–          Je peux te faire une remarque?

–          Deux si tu veux!

–          Je n’ai jamais compris votre manie, vous les kabyles, surtout les kabyles, à vouloir vous distinguer, à mettre votre cheveu à chaque soupe…

–          Je vais t’expliquer puisque tu me poses la question : si j’étais arabe je serais fier de l’être, mais comme je ne le suis pas, je ne peux être fier de ce que je ne suis pas.

–          Ah! Ok… Mais nous sommes tous des algériens.

–          Oui, si tu avais dit que j’étais un algérien, je n’aurais rien pu rajouter, parce que tu aurais dit vrai.

    La question : est-ce une affaire de culture? Oui, si tant est que la culture soit une production sociale de l’homme qui exprime un espace lieu et temps. Quand tu as des écoles qui ne sont que lieux de cultes de diverses idéologies funestes, c’est sûr qu’il est grave d’être autre chose qu’arabe et musulman. Quand le violeur qu’était Okba Ibnou Naffa est glorifiée et qu’est avilie, reniée et interdite l’histoire de Dihia, l’autochtone violée; quand les ouragans et sirocos aux exhalaisons pestilentielles sont source de fierté et que notre histoire plusieurs fois millénaire est à la poubelle, enfoncées à mille et un lieux sous les couches de la mémoire savante, eh bien, tu as en finalité des hommes et des femmes qui sanctifient l’absurde, qui se pensent dans l’ultime vérité à défendre becs et ongles, griffes et dents; tu as des gens qui te disent arabes à la barbe de ta maman.

     Un sociologue des religions égyptien, Sid El Quomni en l’occurrence, menacé de mort pour apostasie, ironise avec ses mots à lui, dans un égyptien pur terroir, sur les innombrables conquêtes de l’Égypte par les conquérants musulmans : « Tu es venu; tu as dis vouloir répandre l’islam, la parole de dieu. Ok, tant mieux, bienvenu! Tu es au mieux un messager sincère de Dieu, au pire, un prosélyte qui voulait nous extorquer. Mais, tu nous as demandé de l’argent pour que tu nous protège; la Dthimitude pour les chrétiens, juifs et païens, la protection pour les musulmans, et ce, bien que nous soyons sur la terre d’Égypte, notre patrie depuis des millénaires. Puis, tu es resté, tu t’y es plu. Comment ça s’appelle cela historiquement et humainement? Ça s’appelle une conquête cher Monsieur, une colonisation, une spoliation, une domination. Parce que la question lancinante est celle-là : pourquoi tu n’es pas reparti après avoir répandu ta religion? C’est donc que tes intentions ne soient plus désormais d’ordre divin ou humain ».

    Et si l’on mettait toutes ces considérations objectives qui classifient le colon et l’indigène, le violeur et le violé, le voleur et le volé, etc., si on persistait toujours et  n’empêche à enseigner le mensonge aux écoliers, si on disait que l’histoire païenne n’était guerre de l’histoire, puisque les ancêtres animistes, juifs ou chrétiens, à l’instar de Saint Augustin, de La Kahina, de Jugurtha… ne peuvent avoir l’honneur d’être des musulmans, parce que l’Algérie, la vraie, c’est Okba, les Oulémas, la luminescence arabe qui a heureusement avalé les ténèbres accumulées des peuples égarés que nous étions avant l’avènement du jour de la raison, serait-on dans le droit de dire que nous enseignons l’histoire, que nous nous éduquons à la lumière de temps modernes, que nous aurions un peuple aux cimes de son humanité et humaniste?

      L’histoire, disait l’imminent historien français Fernand Braudel, n’est pas celle des faux sommets, celle de l’idéologie qui façonne l’histoire en blocs, en hommes uniformes et homogènes, en évènements objectifs et prévisibles. L’histoire est une lame de fond qui traverse les âges, charge les hommes de sensibilités, de mémoire collectives mais aussi individuelles, de parcours de groupes mais aussi d’individus, d’espaces subjectifs, spontanés ou construits; l’histoire est le tout sans être un tout. L’Émir Abdelkader est notre histoire, Jugurtha est notre histoire, Kahina est notre histoire, les dictateurs sont notre histoire, le colonialisme est notre histoire… Okba est notre histoire.

   Cependant, voici quelques mensonges endossés à notre histoire et que les badauds reproduisent comme des cantiques ânonnées par les enfants: les hordes d’Okba, disent les manuels en d’autres mots, ont pacifiée Thamazgha, l’Afrique du Nord, à coups de roses, de sérénades et de poèmes; chaque arabe avait pris pour épouse une berbère et vice versa! Est-ce historique? Non, une couleuvre indigeste, ou non, une connerie incroyable à mâchouiller!  La vérité historique qui nous enseigne par les outils des sciences humaines qu’aucune conquête ne se fait pas sans le sang. Donc, il aurait fallu que nos manuels disent à la place ceci : à coups de haches, de glaives, chevauchant des étalons intrépides, à la tête d’une nuée d’escadrons, des guerriers sanguinaires et impitoyables, convaincus ou pas, car, qui avait un but lucratif, qui le pouvoir, qui voulait se taper la chaire des amazones berbères, qui voulait spolier des terres, etc., sont venus; ils ont violé, volé, rapiné, tué, massacré et le hic ne sont pas repartis. Qu’ils aient dit Aslim Taslam ( Deviens musulman, tu auras la vie sauve! ), là est une autre question. Toutes les religions ont raconté cela aux conquis; le christianisme à la conquête du nouveau monde, le judaïsme pour justifier le viol de la Palestine…  L’apothéose! Quelques années plus tard, ils n’étaient pourtant installés que dans les espaces urbains, ils nous dirent que le peuple berbère était désormais arabe. Voyons la chose en termes simples, avec des mots de tous les jours: je suis le propriétaire d’un lopin de terre, je l’ai hérité de mon père, et lui pareillement de grand-père et grand-père de mon arrière grand-père, etc. Tu débarques un jour, tu m’y vois suspendu à mon antique araire derrière une paire de bœufs; j’y creuse mes sillons pour mon carré annuel de navets qui m’aide à pourvoir aux besoins de la fratrie. Soudain, tu me dis qu’au nom de dieu sait quoi, la terre t’est confisquée; tu m’en spolies, tu m’affames par conséquent; passent plusieurs années, voire des siècles, tu enseignes à mes arrières rejetons que la terre est tienne voila des lustres et qu’au nom de dieu, l’ancêtre s’en était délestée, le cœur gonflé de joie et de fierté pour le sacrifice voué à Dieu,  serait-ce authentique comme histoire? Serait-ce de l’histoire tout court? Non. Et si tu persistes n’empêche à enseigner ce genre de fadaises et que l’on te dise que c’est faux, serons-nous les fautifs, les fauteurs de trouble? Bien sûr que non. Enseigner une histoire pareille c’est continuer à violer la culture vernaculaire des gens, c’est persister à les violer chaque jour tout en criant haut et fort le droit féodal du pucelage…

   Un autre exemple : les oulémas dans le sens du poil théologique, les Ibn Badis et consorts, des illuminés investis par l’ordre céleste, ont enclenché la révolution algérienne; celle-là même qui a ébranlé les soupentes du système colonial. Vrai ou faux? Faux. Tous ces gens étaient assimilationnistes. Que tu les aimes ou pas, que tu en aies des affinités ou pas, l’histoire est entêtée. Voici ce que l’histoire  dit sur cela en général : les pouvoirs cléricaux, religieux si l’on veut, ont toujours été de pair avec les tyrans, pas toujours mais la plupart des temps. Pourquoi? C’est historique, le dogme a besoin de pouvoir, de force et d’influence pour se répandre. Les donatistes berbères ont été sacrifiés par l’église dont faisait parti le concepteur de La guerre juste saint Augustin; le clergé musulman a soutenu Hitler pendant la deuxième grande guerre; le Vatican a soutenu le nazisme; l’église a soutenu la conquête du nouveau monde; le clergé islamique a justifié les conquêtes… parce que l’expansion est inhérente au pouvoir en place… La révolution algérienne a été déclenchée par des gens qui ne pensaient pas que la charia est le système idéal pour gouverner les algériens.

 

  Les républiques islamiques connues de par le monde sont l’Iran, le Soudan, l’Afghanistan, l’Arabie; elles règnent au nom de dieu; un homme a le droit de violer son épouse parce elle lui est terrain de labeur, une femme est lapidable pour un soupçon, une main est coupée pour un œuf, un homme peut être polygame mais jamais une femme polyandre, le citoyen est croyant, l’incroyant est pendu, le divergent religieusement est sous homme, un Dhimmi, etc. La question : est-ce de dieu? Bien sur que non. Ou alors il gouverne mal et est vindicatif et cruel. Je ne peux imaginer dieu comme ça. La preuve, pas un seul bonhomme de ses républiques qui ne rêve pas d’accoster en des îles païennes et hérétiques: Amérique et Europe.  Avez-vous déjà entendu parler d’un clandestin qui trépassa pendant son périple vers l’Arabie? Non. C’est les mers nous séparant des mécréants qui vomissent journellement des corps sans vie de rêveurs s’en allant conquérir leur droit à la vie…

  La Kabylité pour revenir, la Kabylie comme est la négritude pour Léopold Sédar Senghor ou Aimé Césaire, deux immenses penseurs qui repensèrent la couleur figée dans les imaginaires. Quand je dis que je suis Kabyle, il n’est nullement dans mon intention de dire que je déteste les arabes. J’aime les arabes comme j’aime n’importe quel peuple au monde, comme n’importe quel être humain qui partage mes valeurs. Je les aime d’autant plus quand le vin capiteux de Abu Nawas auréole le cerveau de tendres chimères, quand Abu El Alla El Maari ose la question qui ne sied pas aux dogmatiques, quand il met la question existentielle à l’épicentre de l’homme; je les aime quand Averroès encourt la mort pour avoir osé dire et penser, quand Majnoun de Layla s’emmaillote du silence mystérieux d’Arabie pour puiser dans les jarres célestes des mots comme des flèches qui font dans les coeurs des dégats irreversibles; je les aime davantage quand El Moutanabi ou Ibn Arabi font papillonner dans le firmament de leurs mots rêveurs et hardis, quand Omar El Khayam, éperdu, fou amoureux, ivre de la vie, parle de cette dernière comme d’une ivresse où une femme belle, bardée d’interdits et d’attributs, est l’échanson; je les aime quand la diversité culturelle, sociale et historique leur était un socle pour le vivre ensemble; j’aime la civilisation arabo-musulmane quand elle avait les cercles de débat, les espaces de la dispute intellectuelle (Halakat El Kalam, Al Mounadhara…, jadis, quand le tout confluait vers l’homme, l’humanisme, la rencontre avec l’autre… Mais quand Ibn Badis dit que l’Algérie est arabe et que l’instituteur aux boutons purulents avec sa langue qui scie du bois à longueur d’année me dit qu’il est un messie, je ne puis que rejeter en bloc ses salades…

   L’autre jour une collègue me dit que c’était donc pour cela que je ne considérais pas Ibn Badis penseur.  Oui, c’était pour cela en partie, mais il ne m’est pas un penseur parce qu’objectivement il n’a rien donné à la science. Si attaquer le sophisme algérien était de la science qui justifie le 16 avril journée de science en Algérie, eh bien, il faudrait redéfinir l’espace des sciences.  Ibn Badis arrivait avec la certitude que nous avions, nous les algériens, tout faux, or, la science n’est sûre de rien, elle répond juste à Comment! Elle ne peut répondre à Pourquoi.

   Qu’a fait Ibn Badis de ma berbérité? De ma mère à qui je traduis à 100% le bulletin sibilant du vingt heures de la muette algérienne unique qui scie du bois à longueur du temps? Elle ne comprend pas un traitre mot de l’arabe; elle n’a pas été à l’école ma mère. Est-elle arabe malgré tout?

   Les maisonnées humbles qui s’agrippent aux cimes, les villages comme des miradors qui épient au lointain, au qui-vive du plus ténu murmure qui annoncerait l’ennemi, l’ailleurs, l’extérieur… les robes des nubiles avec des foulards d’où dépasse une culture, les chants dans les épousailles, l’espace public de Thajmaath, notre relation avec les éléments, avec les divinités, avec la religion et les religions, tout cela, et bien davantage, énonce clairement une singularité, une histoire à part qui servirait mieux le grand pays, l’Algérie, si on lui donnait tous les outils pour s’exprimer, toute la liberté pour s’accomplir et s’épanouir  pleinement. Il en va de même pour toutes les cultures qui expriment l’espace méditerranéen, humain…

    La Kabylie, l’Algérie, le pays des ancêtres, le pays de l’authenticité, de la pluralité, de la diversité, fait peur, affole; la patrie de la différence  fait perdre la raison comme une magnifique femme, une amazone pucelle qui donne des envies irrépressibles de viol.

Louenas Hassani 

3 comments for “Quand être Kabyle est déjà un combat!

  1. September 28, 2011 at 06:03

    excellent site grattage|

  2. Hard Nirvana
    November 23, 2013 at 03:16

    Oui c’est vrai … Merci pour l’article.

  3. Anonymous
    November 24, 2013 at 18:05

    Saliha,
    Est-il peut-être utile de rappeler que l’histoire est le reflet des vainqueurs et aux vaincus est réeleguee la mémoire. L’exclusion des vaincus de l’histoire est quasi automatique ou leur présence est façonnée par des mensonges comme vous dites. C’est malheureusement un fait universel. Il n’y aurait pas un mur de lamentation qui ne servirait suffisamment de défouloir ou d’exutoire à tous ces peuples du monde (les Bretons, les Incas, les Amérindiens, les Berbères, etc.). En revanche, la différence se fera lorsque les vaincus décideront de réhabiliter leur mémoire et de changer l’histoire.

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