Ferhat Mehenni : « Les militaires ne tarderont pas à violer nos femmes et nos filles si nous n’organisons pas notre sécurité »

 Ferhat Mehenni, Kabylie, MAK

La Kabylie fait face depuis quelques semaines à une montée inquiétante des attaques terroristes revendiquées par Al-Qaïda au Maghreb islamique. Pourquoi la Kabylie est-elle particulièrement visée par le terrorisme islamiste, créé et nourri par le régime dictatorial d’Alger ? Horizons Amazighs a posé la question à Ferhat Mehenni, président du Gouvernement provisoire kabyle (GPK) en exil. 
Entretien :


1- La Kabylie est visée depuis plusieurs années par le terrorisme islamiste. Depuis quelques semaines, l’activité terroriste a considérablement augmenté dans cette région, pourquoi à votre avis ?


Ferhat Mehenni : Le terrorisme a ciblé dès le départ (1992) les Kabyles. Bien qu’il assassinait partout en Algérie, on enterrait surtout en Kabylie. En 1997, une paix est signée entre le pouvoir algérien et la direction du terrorisme. Depuis cette date, et surtout depuis l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, militaires et terroristes islamistes se sont donné le mot pour faire de la Kabylie leur terrain de jeu de prédilection où les kidnappings (64 en 50 mois), les incendies, les bavures militaires et les fléaux en tous genres sont devenus des moyens de rétorsions contre le peuple kabyle qui les renvoie dos  à dos.
Le 1er juin 2010, nous avons mis sur pied le Gouvernement Provisoire Kabyle en exil. Cet accroissement de l’insécurité en général et des actes terroristes en particulier, serait dû à une volonté de punir les Kabyles d’avoir bravé le régime et l’islamisme, d’oser se donner l’embryon de nos institutions futures.
La violence de ces derniers jours (7 attentats en 7 jours, sans compter les bombes désamorcées avant explosion) peut aussi avoir pour objectif la diversion. En effet, pour camoufler le soutien militaire et logistique apporté par Alger au sanguinaire Kadhafi, accroître les attentats islamistes en Kabylie est une manière de manipuler l’opinion en faisant croire que le régime a fort à faire avec l’insécurité qu’il ne peut pas se permettre d’aller aider le boucher libyen.

 

2-   Face à la dégradation de la situation sécuritaire, que doivent faire les Kabyles en général et le MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie) en particulier ?


Ferhat Mehenni : La Kabylie a une tradition séculaire de solidarité sécuritaire entre villageois, entre villages et entre Arches (confédérations ancestrales). Elle sait qu’elle n’a pas à compter sur les corps de sécurité officiels qui sont là en surnombre non pas pour lutter contre l’insécurité mais pour la provoquer, la nourrir. Quand il y a des kidnappings, ils ne bougent pas le petit doigt et ce sont les villageois qui organisent des battues et des manifestations pour faire libérer les personnes enlevées, souvent avec succès. Les corps de sécurités algériens sont en Kabylie surtout pour une éventuelle insurrection kabyle. L’Algérie n’a jamais eu confiance en les Kabyles qu’elle considère, aujourd’hui plus que jamais, comme une menace à son intégrité territoriale.
Les Groupes d’autodéfenses contre le terrorisme ont été dissous par le régime l’année dernière mais les hommes sont là, avec leur expérience. Les Villages ont intérêt à rester vigilants et à récupérer les fusils de chasse dont les a dépouillés le régime au début du terrorisme islamiste. Des systèmes d’alerte et d’intervention sont à mettre sur pied pour se prémunir contre l’insécurité croissante qui met en péril jusqu’à l’honneur de chacun.
Le rôle du MAK est de sensibiliser et de mobiliser le peuple kabyle pour s’organiser contre les violences islamistes mais aussi militaires. En juin dernier, à Iâzzugen (Azazga), l’armée a tué et blessé de paisibles citoyens. Des militaires en opération ont violé des domiciles, volé honteusement de l’argent et des bijoux dans une razzia digne du temps des brigands de grands chemins. Ils ne tarderont pas à violer nos femmes et nos filles si nous n’organisons pas notre sécurité.
Le Gouvernement Provisoire Kabyle, l’Anavad, est là pour porter à chaque fois la question de l’insécurité devant les instances internationales.

 

3-  Quels effets pourraient avoir sur la Kabylie, la chute du régime libyen et la « constitutionnalisation »de la langue amazighe au Maroc ?

 

Ferhat Mehenni : La chute de Kadhafi donne de l’espoir et du courage. Non seulement la peur a changé de camp mais surtout, la dictature est tombée. Nous voyons toute la lâcheté des dictateurs. Ils n’ont de courage que devant des peuples tenus en joue. On voit avec Kadhafi, contrairement à 2001 où le 11 septembre  empêcha de justesse une intervention internationale pour protéger le peuple kabyle qu’assassinait au grand jour le régime algérien, aujourd’hui, la voie est libre, ou presque. Devant un régime algérien sur lequel une enquête est diligentée par les USA sur son aide logistique et militaire apportée à Kadhafi, la voie est presque libre.
Quant à l’officialisation des langues amazighes par le Maroc, elle reste en travers de la gorge du pouvoir algérien. Celui-ci entendait « négocier » cela avec les Kabyles en contrepartie de leur renoncement à la revendication d’une autonomie régionale. Grâce à Sa Majesté Mohamed VI, cette officialisation en Algérie n’est plus à négocier. Elle s’impose d’elle-même. En ce sens le Royaume du Maroc nous a enlevé une épine du pied.

http://plus.lefigaro.fr/note/ferhat-mehenni-les-militaires-ne-tarderont-pas-a-violer-nos-femmes-et-nos-filles-si-nous-norganisons-pas-notre-securite-20110831-538490

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