Qui sont les nôtres dans la vie ?

Si un étranger te témoigne de la fidélité

Considère-le comme un parent,

Si un parent vient à te trahir en quoi que ce soit

Regarde-le comme un malintentionné

Si le poison te guérit considère-le comme un antidote

Si l’antidote t’est contraire regarde-le  comme un poison.

(Omar Khayyam)

 

Le 8avril 1865 le General Robert E. Lee (assis) se rend au General Ulysses Grant (à Gauche) à Appomattox Virginia Court House.

Le général Robert E. Lee (1807-1870) est aux yeux de l’Amérique officielle, un incontestable héros. Son père était aussi un héros de la guerre de l’indépendance contre l’Angleterre (1775-1783). Robert E. Lee, après de brillantes études dans la prestigieuse école militaire de West Point, s’illustra par son héroïsme durant la guerre contre le Mexique (1846-1848). Il était déjà à sa retraite militaire quand la guerre de sécession éclata en 1861.Connu pour son leadership, sa bravoure et ses idées anti esclavagistes, il s’attira l’admiration du président Lincoln qui le convoqua pour lui confier le commandement des forces de l’Union nordistes. Mais comme il était virginien et que l’état de Virginie s’est rallié au Sud, il refusa l’offre du président et a, à l’encontre de ses principes antiesclavagistes, pris le commandement des forces sudistes, avançant, raison du cœur, que sa conscience ne lui permettait pas de lever les armes contre ses frères virginiens.

Malgré l’infériorité de ses armées en nombre et en moyens, il a pu, durant les 4 ans de guerre civile, battre 5 généraux successifs à la tête des armées nordistes avant d’être finalement battu par le 6eme général, en l’occurrence Ulysse Grant.

Son coup de cœur qui l’a poussé à sacrifier ses principes au nom des siens, lui a rapporté beaucoup d’admiration au nord comme au sud. Elevé au rang des dignitaires qui ont milité pour la dignité de l’Amérique, sa  propriété a été transformée après sa mort en patrimoine de l’Amérique qui en fera non seulement un musée mais aussi le plus célèbre cimetière de la nation: Arlington National Cemetery. Plus récemment, son portrait figurait sur la rare pièce de 5 dollars.

Son choix lui a rapporté non seulement  de la sympathie, mais aussi des critiques. Dans cette guerre des principes et des intérêts confus, des familles entières d’américains s’étaient livrées à des déchirements domestiques au point de faire valoir à cette guerre le titre tant mérité de War Of Brothers (guerre des frères ou guerre entre frères).Une guerre, qui, rappelons-le, avait couté, officiellement, la vie à 600 000 américains.

Selon ses détracteurs, R. E. Lee aurait dû prendre le camp de la justice à fin de mettre l’Amérique sur la bonne voie de l’humanité,et mettre fin à la pratique de l’esclavage qu’il considérait lui-même comme honteuse et inhumaine, elle dégrade,  disait-il, l’image de l’homme blanc plutôt que celle de la race noire. Il a aidé sa sœur et sa femme  à trouver les fonds nécessaires pour libèrer les esclaves et les envoyer au Liberia former un nouvel etat libre selon le plan preconisé par le 5eme président des Etats Unis James Monroe. Les esclaves libérés du Liberia, à titre de gratitude,  lui rendront la pareille  en nommant aprés lui, leur capitale, Monrovia. Ce plan de Monroe a été copié sur les anglais qui, aprés l’independance américaine avaient envoyé les esclaves libérés, en Sierra Leone , nommant à cet effet leur capitale, Freetown (ville libre). Dans la plantation d’Arlington, il [Robert E. Lee] a été derrière le succès de sa sœur et de sa femme à mettre illegalement une école à la disposition des esclaves. Durant la guerre civile, il avait insisté  auprès de la confédération sudiste de recruter des militaires noires dans son armée. Mais dans le contexte de la mentalité de  l’époque, il ’était inconcevable qu’un noir tue un blanc, même ennemi.

Manques de courage, d’honnêteté intellectuelle, intimidé ou corrompu par les dirigeants locaux, un militant contre ses propres principes, amour pour les siens, un général au cœur tendre , enfant de cœur dans une Amérique qui en avait tant besoin…, chacun y va de sa propre version à l’égard de ce général que l’Amérique officielle considère, non sans choquer les noirs, comme l’un des plus grands hommes de son histoire. Ses stratégies de guerre sont à ce jour enseignées dans les écoles militaires américaines.

Supposons, maintenant,  que nous nous retrouvons, un jour, dans la même situation que  Robert E. Lee. Démocrates convaincus(?) que nous sommes, nous nous retrouvons en plein milieu d’une guerre civile entre  démocrates et intégristes. Et que les officiels ainsi que la majorité de la population de notre ville ou village se rangent du coté des intégristes.

Si le contexte nous impose de choisir un camp, lequel allons-nous choisir ? Celui de nos idées et de nos principes que nous croyons fermement justes, aux dépens de la fraternité, ou, l’inverse ?

Chacun peut balancer, de façon imprévisible, dans un camp ou dans l’autre. C’est une dualité permanente entre la raison du cœur et la raison des principes. Peut-on parler alors de syndrome Robert.E.Lee ? Que devons-nous penser de ce héros paradoxe ?

Dans un monde aussi tourmenté que le nôtre aujourd’hui, les intellectuels parlent de la lutte des idées, les syndicalistes et les gauchistes de la lutte des classes, les racistes de la lutte des races et les capitalistes parlent plutôt de la plus value autour de laquelle gravitent des groupes d’intérêts communs.

En Algérie, on parle aussi de hoummistes ou Ouled El Houma, partisans de la géographie minimale et dont la pensée très locale s’oppose à celle aérée et teintée d’exotisme qu’on retrouve généralement chez les amateurs des grands espaces.

Si vous êtes un démocrate de Tizi-Ouzou et que vous habitiez Alger, souhaiteriez-vous avoir  comme voisin un intégriste de votre ville ou un démocrate d’Oran?  Avec qui, des 2, avons-nous plus de choses à nous  partager ? Avec qui nous sentirions-nous plus à l’aise ? Qui sont les nôtres dans la vie ? Ceux avec qui on partage les mêmes convictions ou ceux imposés par le sang et le voisinage ?

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