Campagne

Il est vrai que le climat de populisme bigot dans lequel baigne le pays s’y prête. C’est même devenu pour des responsables en mal de rédemption, un motif de gloire d’exhiber, comme un trophée de guerre, un acte contre ces établissements “résiduels” où l’on continue à servir des boissons alcoolisées.

Les restaurants de La Madrague ont été, samedi dernier, la cible d’une descente punitive en règle, de la part d’un groupe d’habitants, à la suite d’une rixe nocturne qui s’est achevée, hélas, par la mort d’un citoyen. Ce drame malheureux est absolument déplorable. Mais, ce qui l’est autant, c’est le fait que cette mort serve de prétexte pour une campagne aux relents intégristes contre ces établissements, dont les propriétaires, faut-il bien le souligner au passage, ne sont pas responsables de l’ordre sur la voie publique.
Dans la foulée de cette campagne, une marche est annoncée sur les lieux, juste après la prière de vendredi. L’objectif de ceux qui sont derrière est clair : mettre la pression sur les autorités locales et les amener à prendre des arrêtés de fermeture. La question est de savoir si ces autorités vont céder. Il est vrai que le climat de populisme bigot dans lequel baigne le pays s’y prête. C’est même devenu pour des responsables en mal de rédemption, un motif de gloire d’exhiber, comme un trophée de guerre, un acte contre ces établissements “résiduels” où l’on continue à servir des boissons alcoolisées. Et dire qu’on veut faire du tourisme la future locomotive de notre économie post-pétrole !
Ces mêmes responsables et ces mêmes citoyens, qui font aujourd’hui preuve de tant de zèle, restent pourtant de marbre face aux proportions sidérantes que prend la drogue : elle circule à ciel ouvert dans les écoles, les lieux publics, à proximité des mosquées. Pendant le mois de Ramadhan, de la viande d’âne transformée a été commercialisée. Cet acte criminel n’avait pas soulevé de vagues particulières. Des “chinoiseries” de toutes sortes envahissent aujourd’hui nos marchés, dans une quasi-indifférence, alors que tout le monde est parfaitement conscient des risques qu’elles représentent pour la santé publique.
C’est dire que les motifs mis en avant pour justifier la campagne contre les débits de boissons ne tiennent pas la route, car il s’agit bien d’une inquisition. Pour ceux qui ont peut-être vite oublié, rappelons l’annulation dans les années quatre-vingt-dix du concert que devait animer Lynda de Susa à la salle Atlas. On connaît la suite après.

Omar Ouali, Liberté

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