La “Théorie des Résidus” des Renards d’Alger

Par Barek Abas

An 2014. Le monde se décide enfin à se souvenir de ce qu’il en reste de l’Algérie et de son auto-génocide qui n’en finit pas. Kouchner, calvitie gluante et barbichette blanche, lance un appel émotif aux petits écoliers français pour que chacun offre une louche de couscous aux enfants de la Casbah. Isabelle Adjani qui vient juste de subir son trente-sixième lifting s’apprête à se rendre en Kabylie pour médiatiser la souffrance de ses lointains cousins. Une équipe de D.S.F, “Darawiches Sans Frontières”, entre en transe pour exorciser le mal satanique qui ronge les pauvres croyants des milliers de Zaouïas du pays.

La Croix Rouge internationale et le Chandelier Juif affrètent une dizaine de dirigeables-cargos pour acheminer l’aide religieuse : encens, bougies, amulettes, burqas, fausses barbes,… Ibn Arafat, le secrétaire général de l’ONU réunit le Conseil de Sécurité pour débattre de la question algérienne et de l’opportunité d’envoyer les casques multicolores que les peuples des pays désalignés et complètement désarticulés surnomment les “mannequins de l’ONU”. Le président “nul et non avenu” de la Ligue Arabe qui n’arrive toujours pas à trouver un siège permanent à son organisation condamne, depuis sa kheima ambulante dressée à El-Qods – territoire sous protection interplanétaire -, les atrocités et la violence dans un pays frère d’où qu’elles viennent. Cheikh Khaled projette une série de galas à travers le continent Arctique dont les recettes iront aux Oranais concentrés dans les camps de réfugiés au Sahara Occidental, jeune pays récemment indépendant. Même Brigitte Bardot – eh oui, toujours vivante ! – ameute ses partisans pour sauver du déluge les gazelles du Sahara et les sittèles kabyles que la barbarie n’épargne pas non plus…. C’est par ces images tant attendues que la totalité des télévisions du monde ouvrent simultanément leur édition de 20 heures…

Alger, même année, 2014. Comme partout dans l’immense pays. Ruines, cendres, flammes, épaves. Ni gaz, ni électricité… Mort, sang, cadavres, puanteur. Ni eau, ni pain… Viols, agonie, famine, épidémies. Ni médicaments, ni roses… Détonations et gémissements puis gémissements et détonations. Assourdissant, affolant, détraquant. C’est tout ce qu’on entend et voit. Ejaculation des armes et plaisirs de la haine. Ici, une rafale de mitrailleuse fauchant à l’aveuglette; là, un obus engloutissant une fillette et sa poupée. Ici, une mine déchiquetant des affamés qui se battent pour un gros cafard bien charnu; là, un missile achève le dernier minaret inachevé de la dernière mosquée inachevée qui a achevé d’engloutir 4 milliards de dollars. Chaque mètre carré est ensanglanté, rasé, conquis, squatté. Chaque rue a ses couleurs, ses renards, sa secte et son gourou. Madani sévit à El-madania; Djaballah assiège El-alia; Kebir se retranche à Mesdjed-El-Kébir; Laouar torture à Bab-Zouar ; le successeur de Nahnah châtie à Badjarah; Belkhadem détruit à Bir-Khadam; Hamrouche patauge dans l’oued El-Harrach; Louisa Hanoun compte ses louis d’or à Ben Aknoun ; Nezzar se noie dans son Johnny Walker et Bouteflika est à bout tandis qu’Ouyahia demande ” l’asile humanitaire” au pays frère libyen. Celui-ci tire sur celui-là. Celui-là accuse celui-ci. Celui-ci rallie celui-là. Celui-là trahit celui-ci. Mais tous ceux-là, sans exception, pointe du doigt le responsable de l’horreur, le redoutable maître de Bab-el-Oued et de la Casbah : Belhadj l’imberbe, surnommé le grand renard au “cerveau barbu”. Chaque ride de son front est une fosse commune où sont enterrés des milliers de cadavres. Ces petits renards ne veulent pas de sa Dawla Islamia alliée à Ben Laden. Le grand renard ne veut pas de leur Dawla Islamia gouvernée par des “sanafirs verdâtres”, les uns alliés de Téhéran et les autres de Riad.

Là-bas, le dernier et jurassique survivant parmi les réconciliateurs, Hocine Ayatohmed, attaché par sa propre longue barbe blanche sur son lit dans un hôpital psychiatrique à Genève dirigé sadiquement par son ennemi juré Said Sadi, délire inlassablement jour et nuit : « Réconciliation nationale et Constituante, Ya Si Mehri… ». Il est trop tard. Il n’y a personne à réconcilier ni rien à reConstituer. Il n’y a plus d’Algérie. Algérie que des renards juraient qu’elle ne sera jamais enivrée par le parfum de jasmin qui a soufflé sur la Tunisie, l’Egypte, la Libye et tout le monde arabo-musulman. Il ne reste désormais que des résidus : résidus de l’idéologie intégriste et d’un pouvoir sourd-aveugle et sans partage, résidus de la corruption des plus viles et des détournements de pétrodollars, résidus de femmes violées et d’enfants mutilés, résidus de villes éventrées et de cimetières à ciel ouvert, résidus de livres brulés et de roses flétries, résidus de cendres de pétrole enflammé et de barques de haragas flottant sur une mer ensanglantée sur laquelle je regarde ma tête fracassée dériver au loin…

Et soudain, sursautant et tout en sueur, je poussai un cri strident, effroyable : « Aie ! Aieeee.. ! Aieeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee….. ! ». En entendant dans la lointaine nuit arctique mon rugissement, ma femme qui m’avait quitté pour aller vivre en concubinage avec un esquimau sous un igloo en Alaska me bipa. Je pris alors conscience que j’étais dans mon lit, vivant rien qu’un affreux cauchemar. Je touchai ma tête; elle est là, intacte sur mes épaules ; ma tête qui me fit rappeler que la veille, le chef du gouvernement à vie, Ouyahia, le fondateur de la «théorie des résidus » a annoncé dans un optimisme béat, qu’en 2014, il restera un résidu de 50 Milliards de Dollars dans les caisses de l’Etat et ceci, même si la crise financière et la récession économique mondiales persistent et s’aggravent.

Rassuré par la clairvoyance paternaliste du Guide-Sauveur de la Nation, je tirai ma couette jusque sur cette tête, la mienne, qui déconne en marmonnant machinalement en pareille circonstance «bismi allah errahman errahim (au nom d’Allah le clément et miséricordieux)». Puis, je me rendormis comme le bébé esquimau de mon ex-femme, souriant aux anges et insouciant sous sa couverture en peaux de phoques et d’ours blancs…. résiduels.

PS : Ceci n’est que pure fiction mais au cas où cela se produirait, personne ne dirait : « je ne savais pas ».

Par Barek ABAS

1 comment for “La “Théorie des Résidus” des Renards d’Alger

  1. BENBRIK
    October 22, 2011 at 07:19

    Mais ce n’est en 2014! Nous vivons aujourd’hui notre fin. D’ailleurs on attend l’arrivée de Van dame uniquement lui Isselek el hala. Des Mascariens ont appelé Makhlouf al bombardé mais il a demandé en contrepartie les puits de Hassi Messaoud, pour qu’il fasse le ”nettoyage”au nord, il sait à qui il a affaire.BHL lui il appel sans cesse ses amis d’Alger, mais sans réponse, il parait qu’ils sont parti à Malte. les gens de l’Ouest et les Kabyles ont signés une convention de défense commune. Las d’attendre l’arrivée de Godo, ils ont compris qu’ils étaient exclus du recensement de 2010-2014. Ceux qui sont en haut à droite et à gauche sont tous diplômés en BTS. Tous les repris de justice se sont convertis en mercenaire chez les grands grands noms de la corruption nationale qui occupent l’auto route Est Ouest. Ouyahia lui il est chez les cheminots, il a juré que s’ils ne reprenaient pas le travail, il transformera les trains en Tramway pour équiper les villages et douars. Devant le Palais d’El Mouradia, les retraités manifestent leur colère depuis un mois, mais personne n’est au palis pour leur répondre. Ould Kablia continu lui à éplucher les dossiers des nouveaux partis, mais il compte au pif jusqu’à dix ” j’accepte…J’accepte pas!

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