Demain sera féminin

Par Barek Abas
Le Prix Nobel de la Paix 2011 vient d’être décerné pour la première fois de son histoire à trois femmes de deux pays classés parmi les plus pauvres du monde : Le Libéria et le Yémen. Les lauréates sont, la Présidente du Libéria, Madame Ellen Johnson-Sirleaf et sa compatriote Leymah Gbowee et la journaliste yéménite Tawakkol Karman. Le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland a déclaré que ces trois femmes sont récompensées “pour leur lutte non violente en faveur de la sécurité des femmes et de leurs droits à participer aux processus de paix”.Madame Ellen Johnson-Sirleaf, 72ans, est la première femme à être démocratiquement élue à la tête d’un pays africain en 2005. Elle a œuvré pour la reconstruction de son pays ravagé et ruiné par 14 ans de guerres civiles qui ont fait plus 250.000 morts. Depuis son investiture, elle a contribué à rétablir la paix au Liberia, à promouvoir le développement économique et social, et à renforcer la place des femmes à tous les niveaux : social, économique et politique. La « dame de fer » comme elle est surnommée est connue pour son adversité farouche au sanguinaire Charles Taylor, Président de 1997 à 2003, dont elle a été un acteur principal pour son jugement à La Haye pour crimes de guerre et contre l’humanité alors qu’elle lui était, avant 1997, d’un soutien indéfectible pour le renversement du régime de Samuel Doe.Madame Ellen Johnson-Sirleaf n’a pu accéder au pouvoir que grâce au travail sur le terrain de Leymah Gbowee sunommée “la guerrière de la paix”. La deuxième nominée a été l’instigatrice d’un large mouvement pacifique qui contribuera, notamment à l’aide d’une “grève du sexe”, à mettre fin à la deuxième guerre civile en 2003. Son initiative originale a convaincu les femmes de toutes confessions religieuses et de toutes ethnies à se refuser aux hommes tant que les hostilités se poursuivent. Charles Taylor et ses guerriers ont cédé l’obligeant à associer ces deux figures emblématiques aux négociations de paix. Leymah Gbowee a mobilisé, organisé et rassemblé les femmes au-delà des divisions ethniques et religieuses. Leur participation massive pour mettre fin à une longue guerre au Liberia ont fait chuté Charles Taylor.

La Présidente du Libéria brigue actuellement un deuxième mandat dans un contexte difficile. Cette récompense norvégienne tombe-t-elle à pic pour la booster auprès de ses concitoyens pour la reconduire à la magistrature suprême du Libéria ? Il faut l’espérer en espérant que la « dame de fer » continuera à œuvrer pour le bien-être de ses concitoyens et la stabilité de son pays, guidée par son instinct féminin et qu’elle ne tombe pas dans l’ivresse du Pouvoir à son tour comme ses prédécesseurs.

Quant à la troisième lauréate Tawakkol Karman, elle est la première femme arabe à recevoir le prestigieux prix qu’elle a ravi à deux autres « concurrentes » arabes, une tunisienne et une égyptienne. Cette jeune journaliste est connue déjà en 2005 pour sa lutte en faveur des droits des femmes, de la démocratie et la paix au Yémen, pays conservateur où la femme ne joue aucun rôle prépondérant sur le plan politique en particulier. Elle s’est distinguée par sa capacité de mobilisation lors des manifestations estudiantines de Janvier 2011 qui ont déclenché le soulèvement populaire exigeant la fin du régime de Abdallah Salah. Arrêtée à plusieurs reprises, elle n’a jamais baissé les bras. En apprenant sa nomination Tawakkol Karman a immédiatement dédié son prix à toutes les révolutions du printemps arabe et le peuple yéménite qu’elle exhorte à continuer la lutte pacifique jusqu’à l’effondrement du régime.

Avec ce Prix, ce bout de femme frêle qui se distingue en plus par son voile aux couleurs chatoyantes dans un pays où la femme ne se couvre des cheveux jusqu’aux orteilles que de noir corbeau enclenche irrémédiablement le compte à rebours du régime du clan Salah mais surtout encouragera d’abord, les femmes yéménites à s’investir davantage en politique puis, les voisines saoudiennes à se réveiller sans attendre les réformettes distillées au compte-gouttes par un Trône ultra-conservateur et des plus rétrogrades au monde et enfin, toutes les femmes arabes à arracher la place qui leur revient de droit dans la construction de leur pays. La voie est tracée par ces grandes femmes, chacune avec sa méthode et ses moyens.

Demain ne sera féminin dans les pays arobo-musulmans que si la femme est consciente de son redoutable pouvoir lui conférant un moyen aussi redoutable : la grève du sexe. Mais qu’elle sache s’en servir pour passer de son “statut de lapine” au statut de citoyenne à part entière.

Barek ABAS

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