«Je» reconnais le Conseil national Syrien (par Kamel Daoud)

Je ne voudrais pas que l’histoire me confonde avec mon régime et ses choix, ni avec ceux qui vous tuent ou ferment les yeux sur vos morts et vos martyrs. 

Raïna Raïkoum :

par Kamel Daoud

« Je». Ce n’est pas immense et cela ne pèse pas sur la terre mais seulement sur mes chaussures. Je n’ai pas une armée, de terres étendues pour vous accueillir et vous recueillir. Je n’ai pas autre chose que mon salaire si je pouvais le partager et donc pas d’argent pour vous financer et vous donner l’eau ou le pain et le pansement. Je ne suis pas un Etat, ni un gouvernement, ni un ministre et à peine un citoyen. Je n’ai pas d’avions, pas de droit de veto à l’ONU et je n’ai pas de bateaux pour vous ramener se reposer chez-moi ou vous fournir des armes et des poèmes. Je n’ai donc que ma voix et je m’en sers ici pour vous crier, de loin, que je reconnais le Conseil national Syrien comme seul représentant du peuple syrien qui meurt et se relève, qu’on tue et qui ne s’en va pas, qu’on torture et qui chante. Aucun autre pays, mise à part la Libye qui en connaît un bout sur la mort, ne l’a encore fait. Ni les monarchies, ni les Dictatures. Vous êtes seuls comme je le suis. Je m’empresse donc d’être le premier, à titre individuel, seul sur ma colline, avec ma sincérité et ma télécommande de reconnaître le CNS qui vous représente. Je sais que cela ne changera pas grand-chose en politique internationale ni même dans le vol d’un oiseau, mais je voulais libérer ma conscience, me laver les mains de l’indignité et assumer ce que je possède : ma propre présence sur terre. Je sais que cela peut paraître ridicule et comique, mais je vous jure que j’y tiens. Je ne voudrais pas que l’histoire me confonde avec mon régime et ses choix, ni avec ceux qui vous tuent ou ferment les yeux sur vos morts et vos martyrs.
Moi, je suis «Je». Nu mais sincère, faible mais tenace. Je ne change pas le monde mais je peux participer à le changer. Je ne change pas le monde mais je ne voudrais pas que le monde me change, a répondu le Prophète de Jabran Khalil Jabran. J’en fais de même ! Je m’assume et mets ma voix du bon côté de l’Histoire. Je voudrais mourir propre et pas salir par mon silence. Je voudrais rencontrer les vôtres, dans l’au-delà, le regard fier et l’échine levée. Je me sens responsable de mes actes et j’en fais acte, donc. Je suis né seul du ventre de ma mère et la terre m’enterrera seul. Je n’ai attendu personne pour naître et personne ne mourra à ma place. Du coup, j’ai conclu que ce qui se passe entre ces deux moments, dépend de moi, de moi seul, entre moi et mon prénom et que je ne peux me cacher derrière le dos d’aucune autre personne. J’ai donc décidé de faire ce que je peux : avec la bouche, le mot, l’écrit, le dinar ou regard. Je reconnais donc le CNS comme unique représentant de la Syrie et le Régime de Bachar comme unique représentant de la mort dans la Syrie. Dont acte.»


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