Altitude, Latitude et Attitude

Un villageois, à titre d’exemple, qui regarde d’un profile inferieur un gars de la campagne, doit, conformément à son sentiment, se sentir inferieur à un gars de son chef lieu de  wilaya, qui, lui même, si on poursuit la même logique, se sentirait inferieur à un gars de la capitale, et ainsi de suite. Parce que, dit-on, un complexe n’est jamais à sens unique. A Alger, les algérois sont rois et les algériens sont rien. En France on parle de microcosme parisien qui fait se considérer les parisiens comme les brahmanes de la France. Pour les marseillais, un corse est un arabe qui n’a pas pu nager jusqu’à Marseille. Mick Jagger, lui, a déclaré lors d’un concert à Madison Square Garden que New York c’est le toit du monde ( the top of the World).Les new yorkais le pensent aussi et disent que «  if You can make it in NY you can make it everywhere » (si vous arrivez à vous débrouiller à NY, vous allez pouvoir vous débrouiller n’importe où dans le monde).Vous pouvez, se vantent-t-ils, dîner à NY, chaque jour, pendant 10 ans, sans avoir à diner 2 fois dans le même restaurant. Londres se dit, de son coté, plus melting pot que NY etc….

Aux USA, la devise, est que les américains se moquent de tout le monde et que tout le monde se moque des américains. Il se trouve, cependant, selon la presse américaine que, quasiment, personne ne reste indifférent aux moqueries hollywoodiennes qui lui sont adressées, y compris les grandes démocraties comme l’Angleterre, le Canada, l’Australie… Selon cette même presse, le seul pays qui s’en fiche, c’est la France. Peut-être, écrit-elle, cela s’explique par l’esprit critique très profondément ancré dans les mœurs socioculturelles françaises. Pourtant, la France est réputée être le pays européen où les américains ressentent, le plus, la froideur citoyenne à leur égard.

Par contre, constate cette même presse, les plus pleurnichards qui réagissent le plus aux moqueries hollywoodiennes, sont les arabes. Une moindre critique sur leurs traditions, leur culture, les fait sortir dans la rue pour manifester leur mécontentement. Alors qu’eux[les arabes], dans les pays qu’ils avaient envahis, ils ne montrent aucun respect pour les cultures autochtones. En Egypte ils intentent d’imposer la djizia ( une sorte d’impôt religieux que font payer les pouvoirs musulmans aux communautés locales non musulmanes) à la communauté chrétienne autochtone copte, forte d’environ 8 millions d’habitants. Alors qu’aux Etats-Unis, c’est l’inverse: Tout le monde paie ses taxes à l’exception des indiens. Le gouvernement déverse de grosses sommes pour encourager les populations locales indiennes à préserver leur héritage linguistique et culturel qui fait partie du patrimoine culturel américain. L’Armée américaine reconnait, qu’en grande partie, c’est grâce au Navajo, un langage d’une tribu indienne de l’Arizona, utilisé comme langue de communication contre les japonais lors de la deuxième guerre mondiale que l’Amérique ait réussi ses succès militaires contre les japonais. Au fait, pour les américains partisans d’une Amérique vraie, l’histoire américaine ne commence pas avec Christophe Colomb.

La loi américaine protège les minorités contre l’arrogance de la majorité blanche coupable d’avoir joué  dans toute l’histoire de l’Amérique la dégradation stéréotypique des autres races au profit de la race blanche. Si un minoritaire traite un blanc de white trash (ordure blanche), la loi ne s’applique pas sur lui mais si par contre un blanc traite un noir de Neger ou un mexicain de Wet Back (dos mouillé…par les eaux de la rivière du Rio Grande que les latinos traversent illégalement pour rejoindre le sol US), il risque l’expulsion de son travail, voire, même, la prison. Les minorités opprimées par la ségrégation blanche bénéficient d’un programme  compensateur appelé affirmative action pour les aider à rattraper le retard que leur a causé la loi de l’apartheid blanc depuis la naissance de l’Amérique. En Algérie, c’est l’inverse : insulter un majoritaire arabe par sa race, est considéré comme du racisme ou du séparatisme, insulter un minoritaire berbère et, plus particulièrement, un kabyle, par sa race est une forme de nationalisme. En ces périodes de vaches grasses la culture berbère devrait, à l’instar de ce qui se passe en Amérique,  bénéficier d’une sorte d’affirmative action pour se faire rattraper l’immense retard causé par l’apartheid baathiste engendré par le nationalisme arabe depuis l’indépendance à ce jour.

Je dirais donc que ce genre de langage est universel et participe, d’une certaine façon, comme dans une compétition, à fabriquer des énergies. Si le pouvoir ne joue pas le jeu raciste, cela  permet aux individus touchés dans leur amour propre à montrer le meilleur d’eux-mêmes, le meilleur de leur race, de leur ville ou village. Et c’est ainsi que le monde avance. Il y’a tantôt de la haine, tantôt de l’humour, ainsi va le monde avec sa part de préjugés et de stéréotypes. Il s’avère que pour tirer son épingle du jeu dans n’importe quelle société sur  cette planète, l’enjeu est de savoir exposer ce qu’il y’a de meilleur en soi. Pour s’imposer,  « You must Know how to sell yourself » (vous devez savoir comment vendre votre image), disent les américains.

Dans nos villages, en Kabylie Maritime, comme, presque, partout ailleurs, on a tendance à penser que les gens d’en-bas, tout prés du poisson sont plus ouverts et plus civilisés que les gens d’en haut, ceux qui empruntent les chemins qui montent vers les collines oubliées. Ces campagnards qui campent trop sur leurs positions et qui semblent descendre au gré de la pesanteur un peu trop vite qu’ils ne remontent. Contrairement à la vie en ville qui exige un certain éveil pour se débrouiller, la vie dans la campagne s’accompagne d’une lenteur dans les reflexes et d’une naïveté intellectuelle rythmées par le compte-goutte événementiel. Montesquieu donnerait raison à ces gens du rivage, en disant que le degré d’intelligence varie avec le degré de latitude: Plus on est au nord, plus on est intelligent, ecrivit-il, dans son fameux livre intitulé De l’Esprit des Lois.  Des lois qui se sont averées sans ésprit, car trop simplistes pour cerner un domaine aussi complexe que l’intelligence humaine, top-produit de la structure la plus complexe de l’univers, en l’occurrence le cerceau humain.

Les Kabyles des hauteurs de la Haute Kabylie, tout prés d’Arabsat, répliquent que les bas sont bas et qu’avec l’altitude on gagne en attitude. Les campagnards représentent la profondeur d’un pays, ils portent en eux le cachet de l’authenticité de ce pays. Ils permettent de régénérer l’image profonde du pays quand celle-ci se perd dans les grandes villes au contact des autres par le fait que les apprentis citadins algériens ont tendance à gagner plus rapidement en vice qu’en vertu. Le campagnard se représente dans le regard perçant de l’aigle qui veille sur sa famille et repère sa proie par-dessus monts et collines, tandis que  le gars du littoral est représenté par ce poisson qui mord à tous les appâts. Remarque, c’est dans les grandes villes que le FIS de la régression avait, le plus, triomphé. Le statut précipité de citadin a fait des occupants de nos villes des égarés qui ne savent même pas où se trouve leur point de départ. Leur consommation sans contribution de la modernité s’est accompagnée le plus souvent d’une sorte de rejet de greffe. Le manque de débouchés et la misère profonde dans les profondeurs du pays ont conduit inexorablement à une bédouinisation et campagnardisation rapides de nos villes au point de faire de celles-ci ce qu’avait fait de Rome l’invasion des barbares Visigoths. Des familles de 12 personnes entassées dans un F1 se trouvent contraintes de dormir à même le sol ou de transformer le balcon en chambre à coucher ou plutôt en chambre couchez-vous. Comme, dans certains cas, l’espace succombe à la loi du nombre et les algérois étaient amenés à inventer une formule qui s’appelait Regda b ed-ddala (se coucher à tour de rôle). Faute de pots de fleurs sur leurs balcons, ils ont les nerfs à fleur de peau.

Ceci est aussi vrai aux Etats-Unis où l’on dit que les dieux habitent les montagnes. Ou les aigles volent très haut. Le downtown (centre ville) aux Etats-Unis, contrairement à l’Europe, est habité généralement par des pauvres à cause de la richesse de ses transports de masse. C’est très commode pour les gens qui n’ont pas de voiture. Les gens pas chiches et riches qui ont les moyens, préfèrent habiter les hauteurs de Beverly Hills, de Hollywood Hills, loin de tout dérangement humain. Les trop riches construisent tellement sur le très haut qu’ils se rendent chez eux par hélicoptère. Habiter la campagne avec les moyens qu’offre la ville (eau, électricité, accès au web…) attire de plus en plus les américains.

Lors d’une confrontation très amicalement disputée entre un Kabyle des montagnes du Djurdjura et un constantinois de 3eme génération, le kabyle soutenait qu’à tous les niveaux, tous les domaines, révolutionnaire, culturel, politique, artistique…tout est fait par les campagnards.
Abane Ramdane, Zirout Youcef, Didouche, Krim, Amirouche… Boumedienne, Ait Anmed, Chadli, El Anka,Ait Menguellet, Idir,Matoub,..Issiakhem, M.Mameri, M.Feraoun, kateb Yacine,pour ne citer que ceux-là, tous ou presque sont les produits de la campagne. Le constantinois a répliqué que c’est, effectivement, grâce aux campagnards que l’Algérie a eu son indépendance et que c’est vrai que le calme de la campagne inspire mieux les artistes et les ecrivains.Mais sur le plan politique il faut admettre que c’est à cause d’eux, aussi, que l’Algérie n’arrive pas à se retrouver après l’indépendance. Les campagnards se sont toujours avérés de très bons guerriers mais nuls dans la gestion de la cité. Et l’Algérie indépendante a fait les frais de la thèse Khaldounienne de la campagnardisation qui conduit au désordre (Idha 3urebat khuribat). Si j’ai à distribuer les pouvoirs, ajouta-t-il, je donnerais, principalement, la présidence aux gens de l’ouest, le militaire aux gens de l’est, la presse aux Kabyles et le business aux soufis et aux mozabites .Et laisse le métier choisir les siens.

Je n’ai plus revu mon ami constantinois depuis le début des années 90 mais il doit, je doute fort bien, avoir changé d’avis sur la capacité de nos compatriotes de l’ouest à présenter des hommes  plus aptes  à gouverner. L’exemple de Boutef et son viol de la constitution qui a fait de notre peuple et de notre nation la risée du monde,  son indécence à vouloir à-tout-pris  éviter un face-à-face avec la société en lui jetant de  l’argent de l’état par la fenêtre pour  l’occuper à se courber à ramasser, rien que pour se maintenir au pouvoir, est un contre exemple frappant qui montre à quel point ces types de gouvernants, de l’est ou de l’ouest, qui nous ont dirigés jusqu’à nos jours, n’ont d’intérêt que pour leur propre personne.

Rachid C.

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