L’islam américain examiné au Congrès

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Au pays de la tolérance religieuse, les musulmans s’estiment victimes d’une montée de l’islamophobie depuis les attentats du 11 septembre 2001.

L'islam américain examiné au CongrèsLe Congrès américain a écouté les musulmans et les défenseurs des droits de l’homme à propos de la montée de l’islamophobie © Saul Loeb / ImageForumIl n’y en a plus que pour l’islam au Congrès américain ces jours-ci. Mardi se tenait au Sénat une audition sur la protection des droits civiques des musulmans américains. L’intolérance religieuse et les actes haineux à l’égard de la communauté musulmane augmentent, a déclaré le sénateur démocrate Dick Durbin. “C’est la responsabilité de notre gouvernement d’empêcher et de punir cette sorte de discrimination illégale.”

Farhana Khera, avocate musulmane, a expliqué : “Sur les derniers mois, la rhétorique anti-islam avait atteint un niveau inquiétant.” Toute sorte de personnalités religieuses et politiques ont alimenté “la peur et l’hystérie, certaines allant jusqu’à dire que l’islam est une secte, pas une religion”. Newt Gingricht, par exemple, un ténor conservateur et candidat potentiel aux présidentielles, a déclaré que le pays était en train d'”expérimenter une offensive politico-culturelle islamique pour saper et détruire notre civilisation”.

Plaintes en hausse

Le sentiment anti-musulman a été exacerbé par le projet de construction d’une mosquée à New York près de Ground Zero, la tentative d’attentat à Times Square et la fusillade perpétrée par un médecin militaire d’origine palestinienne qui a tué 13 personnes sur une base militaire. Cela a donné lieu à des réactions violentes. L’an dernier, une petite église en Floride a menacé d’un autodafé de corans pour marquer l’anniversaire du 11-Septembre, une bombe a explosé dans au moins deux mosquées, en Floride et dans le Tennessee, et une douzaine d’États essaient de faire voter des lois qui interdiraient aux tribunaux de considérer la sharia lors de jugements.

Selon les avocats des droits de l’homme, les actes de discrimination augmentent aussi à l’école et dans l’entreprise. Depuis le 11 septembre 2001, le ministère de la Justice a enquêté sur plus de 800 actes de haine potentiels. La Commission sur la discrimination sur les lieux de travail note une hausse de 20 % des plaintes de musulmans entre 2008 et 2009. Mais les statistiques du FBI, qui sont fragmentaires et compilées sur une base volontaire, ne sont pas aussi claires. Elles ne montrent pas d’augmentation des actes criminels contre la communauté. Les plus visés, et de loin, restent les juifs.

Chasse aux sorcières

Si les républicains ont condamné l’intolérance, ils ont surtout ramené le débat sur la radicalisation des musulmans et le terrorisme. “Je vous défendrai, a dit le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham, mais impliquez-vous dans la bataille et protégez vos jeunes et votre pays de la radicalisation. Il y a deux facettes à cette histoire, et je veux parler des deux.” Il a critiqué aussi l’administration qui a intenté un procès à l’académie scolaire de Chicago pour avoir interdit à une prof de maths de partir trois semaines en pèlerinage à La Mecque alors qu’en plus elle avait été embauchée peu de temps auparavant. “Mettez-vous à la place du recteur. Si vous êtes chrétien et que vous disiez je veux aller à Rome trois semaines ou à Jérusalem au milieu de l’année scolaire, je dirais non. Je pense qu’on va trop loin, honnêtement. Et le fait que le ministère de la Justice ait intenté un procès va faire plus de mal que de bien.”

Les démocrates espéraient, grâce à cette audition, redorer le blason de la communauté musulmane. Il y a trois semaines, en effet, Peter King, un représentant conservateur, a convoqué une autre audition sur “la radicalisation de la communauté musulmane américaine” qui a déclenché une violente polémique. Les conservateurs ont salué son courage politique, alors que les démocrates le taxaient de maccarthysme, l’accusant de déclencher une chasse aux sorcières contre les sept millions de musulmans et de s’attaquer à la liberté religieuse, fondement de la Constitution et sujet très sensible aux États-Unis.

Expérience personnelle

Si l’audition a suscité autant de passion, c’est en partie parce que Peter King, président de la puissante commission à la Sécurité intérieure de la Chambre des représentants, est un personnage sulfureux qui a soutenu l’Ira dans les années 1980. Il est connu, par ailleurs, pour ses déclarations fracassantes. Il a dit dans le passé que 85 % des mosquées aux États-Unis étaient “contrôlées par des islamistes” et qu’il y avait “trop de mosquées”. “Nous devons être pleinement conscients que la radicalisation made in USAfait partie de la stratégie d’al-Qaida pour continuer d’attaquer les États-Unis”, a-t-il dit lors de l’audition très théâtrale. Les républicains ont accusé les musulmans de ne pas coopérer assez avec la police. Plusieurs témoins ont évoqué leur expérience personnelle. Melvin Bledsoe a raconté comment son fils s’était converti à l’islam à 19 ans avant de sombrer dans l’extrémisme et de descendre un soldat américain. “Il me semble que les Américains restent assis sans rien faire au sujet de l’extrémiste, a-t-il dit. C’est l’éléphant dans la pièce.” Le Shérif Leroy Baca de Los Angeles a affirmé, lui, que les musulmans aidaient à déjouer des complots terroristes.

Peter King prévoit d’autres auditions sur la radicalisation dans les prisons et les sources de financement des mosquées, notamment des fonds provenant de l’étranger

De NOTRE CORRESPONDANTE À WASHINGTON, 

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