Corruption autour du hajj, ou quand les hommes ne sont pas égaux devant Dieu

MINA, Arabie saoudite (AP) – Le pèlerinage musulman du hajj est un moment  d’égalité devant Dieu,  des  millions de fideles  entassés sur les sites les plus vénérés de l’islam viennent solliciter, auprès de Dieu, le pardon à leurs péchés. Sans doute, certains sont plus égaux que d’autres.

Dans les tentes VIP, les législateurs et les politiciens irakiens, dans leurs robes blanches  de pèlerins,  ont le privilège d’apprécier  le luxe de doux tapis rouges,  la climatisation, les  paniers de fruits mis en place sur de longues tables et deux réfrigérateurs avec de l’eau froide et des boissons gazeuses. Le lieu de campement  VIP, est, par commodité, situé,  juste, à côté du Djamarat, le site des trois murs symbolisant le diable, et que les  pèlerins alignés en queue lapidaient  avec des pierres, ce lundi.

Ce site des VIP est en  contraste frappant avec le  camp de leurs concitoyens, situé  à  plusieurs kilomètres de là, et où les pèlerins irakiens étouffent à plusieurs dans des tentes surpeuplées et suffocantes  à partir desquelles ils  effectuent  des heures de chemin à pied, sous le soleil d’ Arabie, pour se rendre au site rituel de la lapidation de Satan.

«Les fonctionnaires restent à la meilleure place avec les meilleurs services alors que nous  souffrons ici”, a déclaré Abbas Ali Abid, un chiite de 60 ans, originaire de Bagdad. Il s’assit sur un matelas en plastique vert, après le coucher du soleil près de la stèle, où lui et d’autres ont passé la journée après la randonnée dans  leur camp.

“Est-ce que ces fonctionnaires subiront le même traitement au Jour du Jugement Dernier”? A-t-il dit. “Dieu ne fait pas de distinction entre les gens, ni ne reserve de traitements speciaux aux   fonctionnaires et aux  gens riches.”

Cette année, plusieurs millions de musulmans ont convergé en Arabie Saoudite pour l’annuel  événement du  hajj, centré autour de la ville sainte de La Mecque et de ses environs. Pendant cette partie du rite, les pèlerins campent dans une immense cité de tentes qui s’étend autour de Djamarat à Mina, à quelques 18 kms de la Mecque et, pour 3 jours de suite, ils jettent, dans un geste rituel, des cailloux contre les murs pour signifier leur rejet symbolique  des tentations sataniques.

Ici, comme partout, l’argent peut acheter de meilleures conditions  de confort pour affronter les conditions difficiles du hajj, telles que le transport pour éviter de marcher au milieu des foules épaisses et, bien sûr, le confort dans les tentes. Mais certains se plaignent que le statut politique puisse gagner une considération spéciale en pleine  Maison de Dieu.

Les politiciens irakiens, par exemple, sont favorisés dans l’octroi des  précieuses et limitées places pour le hajj. Alors que les autres sont obligés de passer par la loterie pour gagner une éventuelle place, parfois, après avoir attendu des années durant, pour voir, enfin, leur rêve se réaliser. Alors que les membres du parlement et du gouvernement peuvent contourner de tels  procédés pour aller où bon leur semble.

Ils sont entrain de voler le droit des autres irakiens qui espèrent impatiemment que leur tour arrive, disait Quassim Nasser Missaid, qui avait finalement obtenu sa chance grâce au programme spécial que les irakiens ont désigné pour les anciens détenus politiques. En effet, Missaid avait passé 10 ans dans les geôles du régime de Saddam Hussein.

Du fait que beaucoup de citoyens de par le monde veulent effectuer le hajj, l’Arabie Saoudite a imposé un quota à chaque pays, proportionnellement à la taille de sa population (un pèlerin pour 1000 habitants). Ce qui fait que pour la plupart des pays, la demande excède largement  l’offre. Les gouvernements arabes et bien d’autres utilisent le système de loterie pour déterminer les heureux partants. Le quota irakien est de l’ordre de 33 000 personnes, mais les politiciens désireux de faire le pèlerinage sont admis d’office.

Cette année, plus de la moitié des 325 membres que compte le parlement irakien est  désignée à aller au pèlerinage avec la Commission Gouvernementale du hajj et de la Oumra destinée à superviser le processus du déroulement du pèlerinage. Un haut fonctionnaire avait fixé le nombre à 192, auquel il avait ajouté 600 fonctionnaires du gouvernement ou des membres de leurs familles.

« Oui, c’est embarrassant pour nous » avoua un officiel à l’Associated Press, dans une entrevue qu’il avait donnée dans son bureau. « Mais que pouvons-nous faire ou dire ?  Nous sommes sous une grande pression de la part de ces parties ». A-t-il affirmé ,sous condition de l’anonymat ,étant donnée la sensibilité du problème.

Le chef de la commission, Mohammed Taqi Al Mawla, avait menacé de démissionner évoquant la raison qu’il était soumis à une grande pression le forçant à céder aux autorités politiques irakiennes le supplément de 6000 places, offert à titre de cadeau par les saoudiens au peuple de l’Irak

Les législateurs devaient s’intéresser à résoudre le problème des lois retardées plutôt que de songer à aller au hajj, disait Tallal  Al zubaie, un parlementaire qui disait ne pas se rendre au hajj tout en critiquant cette ruée vers le pèlerinage.

« Si tout le monde va au hajj, c’est à se demander pourquoi on a un nombre aussi élevé de cas de corruption dans ce pays ? Avec un nombre aussi grand de hauts fonctionnaires se rendant au hajj, nous devrions être le pays le moins corrompu au monde », ajouta-t-il.

Transparency International, une organisation internationale qui contrôle les perceptions de la corruption dans le monde a classé l’Irak à la 175eme position sur 178 pays dans son classement de 2010.

L’Irak n’est pas le seul dans ce problème. Les autres pays arabes ne permettent pas aux officiels de contourner  la règle de la loterie, mais ceux-ci arrivent toujours à  « tromper Dieu  et ses hommes» en trouvant un malin moyen de se débrouiller une place.

En 2006, en Indonésie, un ancien ministre des affaires religieuses a été prouvé coupable d’un détournement d’un fond de  76 millions de dollars, destiné à aider les citoyens  à effectuer le hajj. Son successeur avait mis au rebus une politique  destinée à envoyer au hajj des officiels du gouvernement aux frais de l’état. Mais le peuple a été scandalisé quand l’année passée un groupe de plus de 60 législateurs ainsi que leurs relatifs sont pris en charge par l’état pour une visite à la Mecque durant le mois sacré.

Des allégations similaires gâchent le hajj au Pakistan quand l’ex ministre des affaires religieuses s’est retrouvé en prison suite à une affaire de corruption reliée aux dépenses du hajj.

Un législateur irakien qui avait fait son pèlerinage, a défendu son droit d’y aller. Un parlementaire, disait-il, est soumis à un travail dur le plus souvent  jusqu’à minuit. Il est la cible des terroristes et, qu’en  plus, il était  parti au hajj avec son propre argent. Il a parlé sous condition d’anonymat, vue la controverse autour des parlementaires se rendant au hajj.

Mais pour beaucoup d’irakiens, le fait que des législateurs soient capables de s’octroyer des places avec un tel favoritisme et de partir en dépit de  tous ces temps cruciaux et l’urgence des solutions qui s’imposent au futur de l’Irak, laisse une mauvaise impression.

Abu Abdullah Al Obeidi a mis son nom dans la loterie, en 2008, et a obtenu une place pour l’année prochaine,  avec sa femme, pour la première fois. Il a dit que les membres du gouvernement sont, normalement, destinés à servir le peuple, mais à la place, c’est le peuple qui les sert.

« Ils s’en moquent éperdument des intérêts de la nation parce que leurs intérêts personnels demeurent leur  plus haute priorité », ajouta-t-il.

Source :Associated Press .

Traduit de l’anglais par RC  

Titre modifié par RC 

Texte original :http://news.yahoo.com/hajj-junket-iraqis-stew-officials-hajj-192927768.html

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