ALGERIE DE DEMAIN, IL EST TEMPS DE DISSOUDRE LE PARLEMENT !

Contribution de Abdelkader BEN BRIK

Dans la Republique à main levée, c'est comme dans un puppet show : on nous tient la main par le fil.

La politique en Algérie est malade atteinte d’un syndrome qui n’a pas encore trouvé de remède. Certes, M. Bouteflika a toujours rassuré les Algériens, mais son intervention n’a pas tellement apporté d’éléments nouveaux. La volonté de nettoyer toutes les sphères de la République remonte à ses discours dans les 48 wilayas, combien ils étaient plus accessibles à une large frange de la société, tout comme l’affirmation de la constante appartenance de la majorité de la population algérienne à la classe ouvrière.

10 années après, comment nier le fait que l’Algérie soit aujourd’hui divisée en deux camps qui n’ont plus grand-chose à se dire, sinon par le truchement des mécontentements populaires ? Mais rien ne montre mieux la prépondérance de ceux qui vivent beaucoup mieux en super condition. Cette démarcation est pour l’heure plus déterminante que celle qui prévalait entre le pouvoir et l’opposition, entre redresseurs et réformistes du FLN, dont ce Parti de tous les Algériens est innocent et au dessus de cette combine fratricide. Ainsi les alliés, mais surtout les ralliés des deux Partis au pouvoir se rencontrent par légion, aussi bien dans les rouages de l’Etat que dans la société civile. Il  est de même de ses détracteurs.                 Ce qui ce  passe dans le « cirque » politique, cette dualité est, bien évidemment, significative d’une situation révolutionnaire. Manifestement, nous vivons une période de tous les dangers où un Etat n’en finit pas de s’émietter tandis que s’affirment les prémices d’un ‘’ordre nouveau’’ qui gagne du terrain en se trouvant des alliés dans les institutions les plus sensibles. Mais toute réussite politique ne se traduit pas nécessairement par une prise de pouvoir. L’histoire abonde d’exemples de révolution qui ont échoué, alors qu’elles semblaient si près de leur but. L’explication, en fin de compte, en est simple. L’histoire ne connait que des lois tendancielles, c’est-à-dire des lignes de forces qui suscitent par leur seule apparition des contre-tendances susceptibles de les contrecarrer.

Cela fait qu’une crise, aussi aiguë soit-elle, n’entraine pas fatalement la ruine. Elle peut au contraire être l’occasion, certes contraignante, qui permet que soient enfin corrigées les tares mortelles d’un système politique. On sait que cela fait déjà longtemps que les deux Partis qui partagent le pouvoir prédisent la « perpétuité du gouvernance », mais certainement pas dans les termes que les théories successives lui ont fixé à l’avance. Penser le contraire, c’est simplement céder à l’allusion scientiste qui assimile inconsciemment le champ social à un champ physique.

Attention, il faut comprendre qu’un Etat est quelque chose de divers et d’unitaire à la fois.  Divers, dans le sens où il tient sa réalité d’un consensus laborieux survenu historiquement entre plusieurs classes et couches de la société. Unitaire, dans la mesure où au sein de ce consensus (le fameux bloc au pouvoir d’inspiration gramscienne)  ressort l’hégémonie  d’une fraction sur toutes les autres composantes. Aussi une crise politique mortelle se ramène-t-elle toujours à une carence dans la fonction hégémonique. En d’autres termes. La fraction qui assurait cette dernière est affectée d’une déficience dont qu’aucune autre ne réussit à la remplacer à la tête de l’Etat, et donc de la société. Dans ces conditions, l’Etat impuissant à se ressouder, (c’est-à-dire, en somme à se réorganiser sous une nouvelle direction) transmet à la société les convulsions que le parcourent, et c’est, de proche en proche, le désordre qui gagne la rue.  Il y a aussi les Etats dépourvus du pouvoir de gérer une monnaie pour défendre leur économie et le pouvoir d’achat, de déterminer les taux de change, de fixer librement leur budget en recette et dépenses, d’aider leur industrie, leur production régionale deviennent des communautés privées de toute autorité. Ce sont des régions soumises à un pouvoir central. Enfin, beaucoup de connaisseurs, d’observateurs politique, indiquaient formellement que les algériens vivent dans un marasme politique fait par un genre de diktat parlementaire, et ceci sécurité du pays oblige, un redémarrage sous de bonne condition démocratique, et pour démarrer il faut la dissolution du Parlement et procéder aux nouvelles élections anticipées.

 Ce n’est pas la corruption qui mine la démocratie.  C’est l’impunité.

Nul n’ignorait que la démocratie prend l’homme tel qu’il est, faillible et imparfait, et cette imperfection acceptée lui donne sa force. Point de rêve d’homme nouveau comme dans les totalitarismes, ni de pessimisme foncier comme dans les dictatures conservatrices : un système d’incitations et de sanctions qui garantit non la moralité sans faille des dirigeants mais la répression légale des fautes qu’ils peuvent commettre et la récompense corrélative des comportements vertueux. Ainsi ce système de pouvoir limité donne au citoyen le sentiment d’être gouverné par des hommes comme lui, faillibles mais perfectibles, dont il accepte la légitimité parce qu’ils sont encadrés comme lui par une loi égale pour tous. Là réside sans doute la gravité des affaires qui émaillent depuis le début de l’année la vie publique. On découvre une nouvelle fois que les partis politiques, principalement, ceux qui sont au pouvoir ne réagissent point aux douleurs de la majorité, les suicides continus, les immolations par le feu touchent même les lyciens, les départs clandestins, dans une aventure suicidaire, continuent. Rien de vraiment nouveau.

 Mais là où le scandale redouble, c’est que le vice essentiel de notre système judiciaire – sa dépendance excessive envers le pouvoir exécutif – permet aux coupables, ou aux prévenus, d’échapper au sort qui attendrait dans les mêmes circonstances le commun des mortels. Le lecteur algérien ne sait pas encore les aboutissements des anciennes investigations des années quatre-vingt et quatre vingt dix, à l’exemple du scandale dit D.15, l’importation des ciments et des sacs à ciment, la vérité sur le bradage du complexe El Hadjar,et d’autres affaires survenues dans les différentes wilayas.

Dans l’affaire Sonatrach on mobilise le DRS pour empêcher les fuites embarrassantes et un juge d’instruction se comporte de toute évidence en magistrat proche du pouvoir pour empêcher la justice d’aller au bout de sa mission. Dans l’affaire Khalifa un ancien ministre prévient un suspect sur la base d’informations qui viennent directement du dossier d’instruction. Dans l’affaire de l’auto route es- ouest, un  procureur inverse les rôles et se change en avocat fiévreux des accusés. Dans l’affaire Ali Tounsi, divers artifices de procédure font que le procès n’est toujours pas jugé après presque deux années de procédure. Bref, dans ces affaires qui touchent le pouvoir ou certains élus, la justice est faussée par des interventions ou des manœuvres inaccessibles au citoyen normal. On réintroduit ainsi, subrepticement, le privilège de procédure qui protégeait, sous le Régime, les membres de la noblesse et qui les plaçaient officiellement au-dessus des lois qu’on appliquait au Tiers-Etat.

Il n’est qu’une solution à cette carence qui insulte en permanence le principe de l’égalité devant la loi : retirer à l’exécutif toute influence directe dans les affaires individuelles qui le concernent de près ou de loin. Diverses réformes techniques permettent de parvenir à cet objectif. Le juriste propose de proscrire les instructions  dans les affaires individuelles et de réformer le Conseil supérieur de la magistrature. L’association Transparence Internationale,  avance l’idée d’un “super-procureur” indépendant du gouvernement, qui se saisirait de ce type d’affaires. Dans cette ambiance de corruption qui nuit tant aux élus, ce sont là, les changements essentiels, qui devraient figurer au centre de tous les débats.  Nous aimons et nous défendrons notre patrie, mais à exercer sous un code de l’information qualifié de ‘’frein à main’’, nul journaliste ne peut avancer, puisque chaque éditeur se transformera en censeur, pour qu’en se retrouve encore une fois à la case départ, pour une nouvelle lutte.

A. Ben Brik

Leave a Reply

Your email address will not be published.