Réponse à un email posté par une étudiante de l’université d’Oxford, qui prépare sa thèse sur les Kabyles de la diaspora

 

Gabrielle Mass

Graduate Student, Politics and International Relations

About

I work on Berber cultural politics among migrants to France from the Algerian region of Kabylia. Finishing off 18 months of ethnographic fieldwork in Paris. I’m interested in how people assert Berber minority identity through everyday practices (exchanging money and objects, getting married, practising Islam or not, sending home remittances/medication…)
I play violin with Berber activist singers, and also talk about the role of traditional music in the Berber struggle against Arabization in Algeria.

http://oxford.academia.edu/GabiMaas.

 

 

Gabi nous a écrit,via admin@kabyleuniversel.com, ceci:

 

Bonjour Rachid,

j’ai trouvé votre site par hasard et tenais à vous dire bravo pour le travail intelligent. La preuve qu’il existe des sites consacrés aux questions (entre autres) berbères sans pour autant être envahis par les insultes et les propos agressifs sur le nnif etc !

Je suis en thèse sur l’identité kabyle en diaspora (j’ai fait mon terrain à Paris et région d’Azazga et là suis de retour ‘chez moi’ à l’Université d’Oxford).

bonne soirée

Gabi

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Gabrielle Maas
University of Oxford / Cevipof (Sciences-Po)
98 rue de l’Université
75007 Paris, France

gabi.maas@politics.ox.ac.uk

 

Ma réponse à Gabi (adaptée en article)

Chère Gabi,

Une européenne  (?) de l’université d’Oxford qui s’intéresse aux Kabyles de la Kabylie et de la Diaspora, au point d’en consacrer son sujet de thèse…n’est-ce pas là un sujet passionnant à l’ extrême? Et si on vous invitait, chère Gabi, à vous exprimer plus longuement sur notre site et  étaler davantage  vos trouvailles sur notre  culture et cette force, à vrai dire, très  insolite, qui vous a attirée vers elle.

A vrai dire, ma chère Gabi, nous sommes un site, à bien des considerations,    différent de beaucoup d’autres par le fait parmi d’autres que nos opinions ne sont  assujetties ni au nombre de lecteurs ni à une affiliation politique quelconque. Nous l’avons fait exprès pour éviter l’influence de nos idées par un « materialistic outcome » qui nous guiderait de façon regrettable vers des fins qui justifieraient les moyens. Notre succès et notre stabilité dépendent inéxorablement de notre capacité à maintenir cette ligne de conduite.

Nous sommes une équipe de quelques éléments qui se partagent essentiellement les mêmes convictions, nous avons construit techniquement notre propre webzine, et nous écrivons gratuitement, rien que pour nous exprimer  en toute liberté en dehors de toute contrainte matérielle et morale. Notre  salaire qui est notre -passion- d’écrire se trouve dans le fait que nous n’avons de compte à rendre ni un chef, ni à une institution quelconque en dehors de notre âme et conscience. Nous n’avons ni de programme à exécuter, ni de volume horaire à remplir. Mais nous avons simplement des idées à exprimer et nous aimons les partager avec ceux qui éprouvent du plaisir à les partager avec  nous.

Piece de monnaie de Juba II, trouvée en Algérie

Notre Kabylité, nous la défendons et nous y tenons. Nos éloges et remerciements vont vers ceux qui la défendent le mieux, non pas par des insultes et des dénigrements qui dépassent  mais, par des arguments qui mettent en évidence l’aptitude de notre culture à convaincre et à séduire. Tout en considérant , à bien des égards, que l’insulte est une substitution à un argument qui manque, nous  comprenons et ne portons aucun jugement moralisateur à l’égard des autres sites  berbéristes qui utilisent dans leur extrême révolte une autre forme de langage contre un gouvernement  « ostraciste » et vulgaire qui refuse de reconnaitre notre identité depuis un demi-siècle d’indépendance. Ces sites là, nous comprenons leur colère, ils ont leur façon de s’exprimer et nous avons la nôtre. Nos différences  sont plus une question de forme qu’une question de fond. Sur ce point nous tenons à cultiver beaucoup plus ce qui nous unit que ce qui nous divise. Nous sommes déjà assez divisés comme ça et, nous tentons  du moins que l’on puisse le faire à cultiver l’intelligence et la précaution de ne pas  se retrouver entrain de travailler  à notre insu pour les objectifs du pouvoir. A cet effet, pour bien mâcher nos mots, il va de notre efficacité de bien viser nos cibles et de  mordre à la portée de nos mâchoires.

Nous autres berbères de l’Afrique du nord, y compris les populations arabophones et tous ceux qui osent parler d’une Algérie unie et indivisible , nous avons tous un ennemi commun à combattre,  qui n’arrête pas de nous diviser, c’est le nationalisme arabe et son  fléau idéologique,  le baathisme. Si cette idéologie raciste par essence et condamnable par définition a été bannie sur les terres où elle est née, à savoir, l’Irak et la Syrie, le moment est venu qu’elle soit bannie par les peuples qui l’ont importée.

Nous vivons sur ces terres depuis 3 millénaires, au moins, et nous avons toujours subi l’histoire des autres. Notre ancêtre de 2 millions d’années, l’homo Habilis (homo Kabilis par chauvinisme ou par dérision) avait été disqualifié par l’évolution après avoir été dépassé par l’avènement de  l’industrie de la pierre taillée, mais il  est, néanmoins, connu dans les milieux paléontologiques pour avoir été parmi les premiers à marcher debout, ce qui explique probablement  chez ses contemporains de la réconciliation nationale, d’une part, leur inaptitude à comprendre la loi du marché et, d’autre part, leur attachement aussi fort  à ce slogan si cher à leur cœur,  qui les maintient dans le courant de l’histoire :  « an nerez wala an neknou »  autrement dit,  être brisé mais sans courber.

Si  nous, les vieux enfants de l’Afrique  du nord avons chassé l’européen  pour ses chauvines gauloiseries  en vertu du slogan de 2000 ans de « l’Afrique aux africains », vers ses ancêtres les gaulois, on doit songer pour, les mêmes raisons,  à débarrasser  le peuple de l’Afrique du nord de sa teinte idéologique de l’arabité asiatique. Nous avons une Algérie à vivre ensemble et nous la vivons telle que l’histoire nous la présente et  non pas telle qu’un quelconque politicien, fût- il Ben Bella ou Boumediene, eusse voulu  qu’elle soit.

Juba II de Numidie (50 av JC, 23 apr JC), époux de Cléopatre Selene II, fille de Cléopatre VII, reine d’Egypte (musée du Louvre)

Les problèmes de notre peuple nord africain peuvent venir de ces  mécanismes et falsifications historiques qui font de lui ce qui n’est pas, il a fait fausse route sous une identité qui n’est pas la sienne, il s’est fait arrêté en malfaiteur  par la législation de l’histoire qui le renvoie  à sa réalité  qu’il avait perdue dans une définition qui n’est pas la sienne,  à l’époque où des guides mal éclairés lui ont fait prendre un chemin qui n’a rien à voir  avec la destination   inscrite dans son  firmament identitaire . Pour éviter la sentence carcérale et poursuivre son petit bonhomme de  chemin de l’histoire, son seul salut peut se trouver  dans sa réconciliation avec sa réalité historique. Son premier mythe sociologique  ne se trouve pas dans la légende d’Arabie  de Qais Wa Laila ou de Antar et Abla aussi fascinantes qu’elles pouvaient être, mais bel et bien dans  celle  plutôt vraie et africaine  de Juba II et de Cléopâtre. De même qu’un américain ne se dit jamais européen, on ne peut pas, en vertu du principe, l’Afrique aux africains, naître en Afrique et se revendiquer une appartenance  racialement  arabe,  géographiquement  asiatique.

Nous avons nommé notre site KabyleUniversel, par souci  d’interaction avec le monde qui nous entoure, en essayant de garder contre les aléas du mélange,  intact notre ingrédient culturel dans la  riche sauce planétaire de la  mosaïque des peuples . Nous nous montrons reconnaissants envers toute personne sur cette planète qui fait preuve de sympathie à notre cause, à notre identité, à notre culture, indépendamment de son appartenance  géographique, ethnique, raciale ou religieuse.

Pour ce faire, nous comptons sur notre volonté à  nous maintenir  en dehors des 3 choses connues à travers l’expérience humaine comme étant les plus corruptrices de l’esprit humain, à savoir l’argent, l’amour et l’ambition. Si, de l’amour, nous en avons,  mais celui que nous tenons à exprimer ici, est celui qui concerne notre culture et notre identité,  un amour  que nous essayons de maintenir dans sa définition « kiplinger » à fin de minimiser les risques  d’aimer jusqu’ à perdre la raison.

Rachid C

 

Gabi répond:

Bonjour Rachid,

merci pour la réponse et ok pour mettre mon message et adresse mail sur le blog.  Vous pouvez mettre également mon site académique, http://oxford.academia.edu/GabiMaas.

Je penserai sûrement à vous envoyer de petites communications pour le blog – pour le moment je suis en pleine rédaction de thèse mais dès que j’ai un peu plus de temps ce sera avec plaisir.

Plus qu’européenne je me sens britannique galloise (sans vouloir faire partie des fameux “europhobes” anglais…!)

J’aimerais vous solliciter un entretien pour la thèse si vous êtes d’accord. Où êtes-vous basé ? Je suis assez souvent sur Paris, sinon c’est possible également via mail.

bonne journée

Gabi

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Gabrielle Maas
University of Oxford / Cevipof (Sciences-Po)
98 rue de l’Université
75007 Paris, France

gabi.maas@politics.ox.ac.uk

 

2011/12/2 <admin@kabyleuniversel.com>

2 comments for “Réponse à un email posté par une étudiante de l’université d’Oxford, qui prépare sa thèse sur les Kabyles de la diaspora

  1. December 8, 2011 at 02:42

    Samia, we are sorry to tell you that we can’t puplish any insulting or obscene message towards anybody. Please refer to Contact page.
    Admin

  2. May 4, 2012 at 11:02

    J’avais simplement besoin de quelques informations et était à la recherche sur Google pour cela content de vous avoir trouvé.

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