Y a-t-il un homme plus généreux que Pasteur?

Étrange est souvent l’uniformité de la pensée chez d’aucuns. J’ai presque envie de dire surtout au Maghreb, chez les arabophones particulièrement. Non pas parce qu’ils sont ce qu’ils sont, non, loin s’en faut, si tous les arabophones étaient aussi universalistes que ces hommes et femmes qui avaient magnifié l’expression humaine chacun dans son domaine, des Abu Al Alla Al Maari, Al Mutanabbi, Avicenne, Averroès, Ibn Hedouga, Taha Hussein, etc., personne n’aurait trouvé à dire, mais, parce que, faut-il s’en leurrer, la langue arabe est, hélas, monopolisée par les zélés zélateurs inaptes à enchainer deux neurones capables de conceptualiser une pensée saine.

Cette matinée, un dimanche maussade comme est le dimanche coutumièrement, le salon de coiffure était archi plein. Nous étions tous des maghrébins. La discussion, à bâtons rompus, allait son train, jusqu’à ce que la question soit posée. C’était sur le reportage du samedi soir. Les salafistes en Angleterre. Les anglo-saxons venaient d’être arrachés violement à leur torpeur. Naguère, les Abou Hamza et tous ces encagoulés et pirates du fascisme vert pouvaient se pavaner dans les rues les plus grouillantes de Londres sans coup férir. Un islamiste alors influent s’était permis jusqu’au luxe de narguer les anglais via leur télé. Il avait dit que oui qu’il pouvait leur déclarer la guerre, que c’était comme cela dans le coran, que, mieux, c’était un devoir religieux, une dette envers celui dans les cieux. Ce qu’avait surtout retenu le bonhomme qui suscita les passions, c’était cette dame en tchador qui avait refusé de se découvrir n’était-ce que le visage pour les besoins du vote.

–          Il était naïf le bonhomme, comment pouvait-il lui demander cela? rétorqua le coiffeur ventripotent.

–          Quoi, renchérit un autre, lui obéir pour désobéir à Dieu!

–          C’est une femme mieux qu’un homme! dit un troisième.

Le feu avait déjà pris. Le débat était déjà tranché. Ou étions-nous musulmans et donc en faveur de la dame, ou étions-nous mécréants et subséquemment indignes d’être les descendants de l’ultime race élue! C’était une évidence pour tous les présents : nous le pensions tous. Pire, nous n’avions aucune raison, mais alors là aucune raison d’oser une neurone dans une opinion qui aurait pu être divergente.

Quoi! Qu’aurais-je pu dire? Ç’aurait été prêché dans un désert. J’étais chez eux. La seule rue départementale de la métropole occidentale ou, comble de la chasteté, l’on peut engrosser une femme d’un regard. Des yeux libidineux qui giclent le feu, décochent de ces yeux en rut aptes a violer sans remuer le doigt. Ici, de nos jours, même les occidentaux qui n’aient pas les cheveux assez soyeux pour qu’ils soient reconnus comme tels, feraient mieux de ne pas dé-jeûner en plein ramadhan. La ville est conquise, la ville quoique fautive, mais qui fait se pourlécher les babines de 99,99% des rêveurs pourtant intrépides des mains coupées et des soubresauts voltaïques dans des espaces publics où giclerait le sang dru et ruineux des adultérines et des libertines. Je n’exagère guère, un sondage disait que 90% des arabes rêvaient de la charia comme système de gouvernance pendant que 90%, les mêmes quoi!, rêvaient de partir en occident. Serait-ce vraiment pour y quintupler ses génuflexions? Ou alors, qui sait, pour lorgner la jambe appétissante et plonger dans l’azur des yeux…

J’osai, dépité, mais gentiment, que le tchador n’était pas de notre culture. Et surprise, un autre soutint qu’il était d’Asie et qu’il était à l’origine une invention climatique. C’était eu égard aux humeurs du temps de la région! Et puis, vlan, sans décence aucune, on nous en plombe du jour au lendemain.

Dehors, un événement sans doute, un jeune homme gaillard hélait son ami de faire vite. L’ami s’exécuta sitôt pendant que nous le suivions du regard. Tous, avions compris : c’était une nana. Chouf, chouf Ezzine! (regarde, regarde la beauté!) disait le pieux de tout à l’heure de sa voix langoureuse. Mieux, les ciseaux en main, il était déjà dehors, il toisait la jeune femme qui devait se dire que c’était la dernière fois cette rue bizarre.

Une demi-heure plus tard, c’était mon tour. Le documentaire scientifique commençait à la télé du salon. Il parlait sur la découverte de l’ADN et sa révolution. J’étais on ne pouvait mieux servi : la remarque fleurissait sur mes lèvres : et dire qu’il y a des gens qui osent encore les traiter de chiens! dis-je à voix murmurante. Oui, me dit-il, c’est des chiens! Mais des chiens qui sont arrivés à destination, rétorqua-t-il à voix hurlante. Je m’étais dis que c’était bien fait pour moi. Je n’avais rien à faire dans un salon  de coiffure comme celui-là.

Souvent, lorsqu’on voyage sur l’oiseau mécanique, que l’on enfourche presque le vent via une voiture qui défie les lois du temps, ou quand on effrange les eaux en partance vers des iles lointaines, elles, plus clémentes, ou encore, lorsqu’un un proche est sauvé in extremis d’une mort certaine grâce a la science… que des gens comme ceux-là se disent qu’ils doivent tout de même une fière chandelle à ces mécréants, ont-ils jamais pensé que toutes ces inventions ne pouvaient avoir comme terreau que des vertus?

 Oh! Bien entendu, ils avaient trouvé cela dans le coran! Tourne juste la page et tu trouves!  La voiture, l’avion, la pénicilline, la chimiothérapie, le vaccin, l’électricité,  le scanner, la mammographie, le cinéma, les matchs en direct, le téléphone, internet, les satellites, la climatologie, la météorologie, l’astronomie, la physique nucléaire, etc., tout cela et bien d’autres choses n’auraient jamais existé sans des valeurs, sans le respect, sans le partage, sans la mutualité, sans la réciprocité, sans la générosité … Connaissez-vous un homme plus généreux que celui qui remplaça la bougie par l’ampoule? Plus bon que Pasteur? Connaissez-vous quelqu’un qui mériterait mieux que celui qui découvrit la pénicilline une place au Paradis?

H. Lounes

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