2012 : L’Algérie sera au rendez-vous avec l’Histoire ou ne le sera jamais !

Prendre le train de l’histoire ou ne pas le prendre, that’s the question.

Par Kamel Amari

A –t-on installé un système éducatif performant basé sur l’intelligence et l’esprit critique pour prémunir nos enfants des différentes manipulations ? Certainement pas. Alors pourquoi s’étonner d’éventuels dérapages de la société si on l’a programmée ainsi ?

2011 a été pour les pays du Sud, une année de renaissance et d’espoir, suite aux différents mouvements de révoltes enclenchés, suite à l’acte d’immolation par le feu du Tunisien Mohamed Bouazizi fin de l’année 2010, nommée personnalité de l’année 2011 par le quotidien britannique Times. Cette révolte ‘’provoquée’’ a permis de mettre hors état de nuire plusieurs dictateurs. De Ben Ali à Kadhafi, en passant par Moubarak, et la liste est toujours ouverte. Qu’en est –il de l’Algérie ?

L’objectif de notre article n’est aucunement de s’intéresser aux moindres détails du mouvement de révolte déclenché depuis janvier en Algérie, mais d’analyser la situation politique et de voir quelles perspectives, pour un pays qui a choisi de tourner le dos au mouvement de l’Histoire. Il y a lieu de signaler que la première manifestation politique assumée publiquement était celle organisée par le RCD en janvier 2011. Ensuite la CNCD a pris la relève en organisant plusieurs marches à Alger. Cependant le pouvoir a réprimé toutes ces initiatives pacifiques. On comprendrait aisément qu’un régime autocratique ne peut tolérer ce genre de révoltes pacifiques car elles pourraient représenter une alternative sérieuse à leur dictature. En déployant des milliers de policiers dans la capitale, et en fermant la capitale à ses propres citoyens, en immobilisant tous les moyens de transport publics, le régime algérien a montré sa vraie nature, qui consiste systématiquement à répondre par la répression à toute question politique.

Par ailleurs, on enregistre des dizaines de milliers d’émeutes durant ces deux dernières années. Ce qui traduit le malaise profond des citoyens algériens. A chaque fois que la population sorte pour revendiquer ses droits, elle avait droit qu’à faire face aux forces anti-émeutes.

Sur le plan politique, on assiste à des manœuvres habituelles, en niant la réalité explosive et optant pour la stratégie de la fuite en avant. Croire que le fait d’occulter les vraies questions politiques en cherchant des subterfuges ou en se lançant dans des manipulations ou mensonges d’État, règlerait le problème, n’est que partie remise. En réalité, le pouvoir ne fait que retarder l’échéance de sa déchéance au détriment des intérêts du peuple algérien. Sinon l’Algérie ne pourrait échapper au mouvement de l’Histoire enclenché. L’Algérie de 2012 sera au rendez-vous de son propre destin en procédant et en démontant le pouvoir imposteur installé depuis 1962. La fin du règne des putschistes depuis l’indépendance est proche mais quelle alternative nous a-t-on préparée ?

Il faut bien préciser, qu’il s’agit bel et bien, d’une alternative concoctée dans leurs labos pour établir une nouvelle carte politique. Avec la vague des islamistes, sortis ‘’des urnes’’, on prépare déjà cette éventualité en faisant appel aux défenseurs du contrat de Rome. Par conséquent la politique des quotas demeurerait intacte tant que l’objectif du régime ne pourrait être la véritable alternative démocratique, mais de continuer à manipuler les uns contre les autres, en leur promettant leur place dans le nouvel paysage politique nouvellement dessiné dans les arcanes du régime.

Nul ne pourrait ignorer le rôle que joue, jusqu’à présent, la police politique dans tout ce qui se passe dans le pays, du simple détail aux véritables enjeux de la vie politique. Leur omniprésence a ‘’empoisonné’’ toute activité relative à la vie citoyenne en surveillant le moindre geste qui pourrait ‘’nuire’’ au pouvoir. En  réalité, ils ne font que défendre leurs intérêts personnels et non la sauvegarde de l’État.

Lorsqu’on ‘’institutionnalise l’ignorance’’, pour reprendre l’expression du penseur Mohamed Arkoun, on ne pourrait qu’engendrer le mal. A –t-on installé un système éducatif performant basé sur l’intelligence et l’esprit critique pour prémunir nos enfants des différentes manipulations ? Certainement pas. Alors pourquoi s’étonner d’éventuels dérapages de la société si on l’a programmée ainsi ?

C’est pour cela, sans une véritable transition démocratique assurée par des compétences, on y va sans aucun doute vers ‘’un échec recommencé’’. Je pense qu’il y a une évidence irréfutable : on ne peut aspirer construire un État démocratique sans les démocrates. Même ceux qui considèrent que ‘’la démocratie comme impie ‘’ font l’éloge de ses vertus en réduisant le principe juste à l’acte de vote. Leur politique est la ruse. L’éthique est totalement absente dans leur conception. Pour eux (le régime-les islamistes), la politique est synonyme de manipulation de la population, en utilisant tous les moyens pour arriver ou se maintenir au pouvoir. Pour les uns, c’est la légitimité historique, pour d’autres, c’est le recours à la manipulation de la religion.

On comprend, aujourd’hui, pourquoi les démocrates sont combattus par le régime en place. En fait, le danger de cette oligarchie n’est sans doute pas les islamistes mais les démocrates. Pour l’establishment, c’est plus facile de domestiquer de trouver la stratégie pour contrecarrer les soi-disant ‘’ les islamistes radicaux’’ en les manipulant et les présenter comme étant des monstres pour faire peur aux occidentaux et au peuple. Par conséquent, il se présenterait comme ‘’ le sauveur’’. C’est ce que pourrait appeler la manipulation par la peur.

Cette peur qu’on a voulu utiliser comme mode de gouvernance commence à s’user. Par conséquent, le pouvoir est condamné  à abandonner ces stratagèmes anachroniques et inefficaces pour sa survie.

Pourrait –on continuer à manipuler, mentir au peuple, frauder les élections, gérer par la corruption, réprimer son peuple, ‘’ institutionnaliser l’ignorance’’, voire ‘’ sacraliser l’ignorance’’, demeurer indifférent devant la détresse d’une jeunesse qui préfère s’immoler par le feu, pour dénoncer les formes d’injustice et exprimer le malaise profond d’une catégorie sociale délaissée par l’État, ………Une infinité d’interrogations.

Un pouvoir qui séquestre ses martyrs dans des casernes parce qu’ils représentent un danger pour leur règne, traduit la nature mortifère du régime. Combien d’assassinats politiques non élucidés ? Ou plutôt non reconnus officiellement.

Le peuple algérien a été dupé depuis l’indépendance en lui inculquant que des vraies ‘’ fausses vérités’’. A aucun moment l’Algérien n’a été reconnu dans son statut de citoyen à part entière, mais toujours réduit à son titre de sujet.

Pris en otage, d’une part par le régime militaire et d’autre part par les fanatiques religieux, le peuple algérien a cessé d’exister en tant qu’entité libre de ses mouvements. Aujourd’hui, à travers sa jeunesse rebelle, l’Algérie marquera sa page d’Histoire en continuant le combat pour libérer son peuple de la tyrannie qui règne depuis le recouvrement de l’indépendance.

A la veille des élections législatives de 2012. On assiste à différents mouvements de transformations. L’octroi d’agréments à certains politiques qui répondent à des desseins inavoués. C’est plus une ruse du pouvoir qu’une véritable intention d’ouvrir le champ politique. On continue encore de fermer le champ médiatique audio-visuel à la vraie opposition. Une acceptation timide pour faire venir les observateurs étrangers. Celle-ci aussi est une autre ruse pour discréditer l’opposition qui continue encore à exiger cette revendication comme préalable à toute éventuelle participation. Moins que 5 mois du scrutin, rien n’est encore clair pour les moyens à mettre en œuvre à fin d’assurer des élections libres et transparentes.

Comment peut-on dire, que le pouvoir en place, est vraiment engagé pour organiser des élections sérieuses et crédibles qui  nécessitent au  minimum 06 mois pour faire un arbitrage neutre. Par exemple, interdire l’accès aux moyens de l’État pour les candidats de l’alliance présidentielle. Pour l’instant, j’en suis convaincu que le pouvoir est en train de jouer à préparer un autre stratagème pour encore nous faire croire que les élections prochaines, seraient cette fois les bonnes. Et de faire croire aussi que cette fois-ci vous auriez des islamistes au pouvoir. Une manière aussi de sanctionner les démocrates qui osent demander son départ. De toute façon, le peuple algérien a eu toujours le droit à l’islamo- conservatisme dans les institutions de l’État avec la bénédiction de l’armée. Alors, de quoi a-t- on peur ?

Qui a conseillé l’islamiste à quitter la coalition présidentielle ? Quel message peut-on déduire lorsqu’il déclare que le peuple algérien est prêt à être gouverné par des islamistes ? Ou plutôt l’armée algérienne serait prête à accepter la gouvernance islamiste. N’est –elle pas une autre manipulation des services pour faire croire que les prochaines élections seraient transparentes ? Est-ce une stratégie semblable à celle de 2004 lorsqu’on a laissé Benflis, un candidat du sérail se présenter face à Boutef ?

Il y a un certain nombre d’interrogations qui resteraient sans réponses tant que les intentions du régime sont de se maintenir au pouvoir afin de protéger ses  intérêts. On ne pourrait imaginer un quelconque bouleversement au sein de l’establishment avec la composante actuelle de nos gouvernants. Lorsqu’on désigne 13 ministres d’une même tribu, cela veut dire tout. Un message très clair et significatif pour le peuple algérien. Ce n’est pas le critère de compétence qui prévalait mais plutôt l’appartenance tribale.

La lutte clanique a empoisonné la vie politique en Algérie et a pris en otage le peuple en l’utilisant pour un éventuel rééquilibrage. Ces clans du régime ont une seule devise : faire tout pour partager la rente. Un seul ennemi, le peuple.

Les dernières révélations du journaliste écrivain Mohammed Sifaoui, montrent le vrai visage du régime autocratique et militaire algérien. En imputant l’assassinat des personnalités politiques telles que krim BELKACEM, Khider …et enfin la ‘’liquidation’’ de Mohamed BOUDIAF, à des services secrets. Tout en refusant de disculper les assassinats perpétrés par les terroristes islamistes.

Vouloir expliquer et élucider l’ambivalence et ambages du pouvoir, signifie tenter de décoder une gestion irrationnelle voire irresponsable. Sinon comment interpréter l’état de déliquescence dans lequel se trouve notre pays actuellement ? Si ce n’est l’absence de sens de responsabilité chez nos gouvernants, comment ‘’ réussir’’ ‘’les échecs recommencés’’ dans un pays riche.

En approfondissant notre réflexion sur la nature de ce régime, on est tenté de dire que les choses pourraient être aussi simples que l’on pense. N’a-t-on pas trop mythifié et mystifié ce régime qui, en fait, n’est que coquille vide, mais qui essaye de brouiller les pistes afin que nous  nous éloignions de son état réel. Je pense que le régime algérien est dans une phase de désintégration – réintégration. Autrement dit, il est à la quête d’alliés pour l’aider à se recomposer de nouveau afin d’échapper à une mort certaine. Le deal système avec les islamistes et le FFS, c’est le contrat de Rome qui serait ressuscité en 2012 avec l’état d’esprit d’aujourd’hui.

Cependant, le risque d’explosion ne serait pas écarté si on ne prend pas en considération un certain nombre de facteurs. La prise en compte des spécificités régionales et culturelles, en donnant plus de prérogatives aux pouvoirs locaux, la crise s’installera. A cet effet, la décentralisation est une exigence historique et pragmatique.

Demeure –t-il encore un espoir dans notre pays pour  sortir de la crise endémique à laquelle on est confronté ?

Difficile de répondre par l’affirmative à l’état actuel. Mais l’espoir demeure si on décide d’assurer une transition démocratique en associant des gens intègres, convaincus par leur mission, qui consiste à installer des mécanismes en vue de mettre les jalons d’État démocratique. Renforcer les institutions de l’État en les dissociant du pouvoir exécutif.

Comment pourrait –on organiser des élections transparentes, honnêtes et crédibles avec un personnel administratif qui se soumet aux directives du pouvoir. L’administration n’est pas au service du citoyen mais au service d’un clan. Par conséquent, une observation internationale par des ONG qualifiées s’impose. Et bien sûr avec un nombre significatif pour faire un travail professionnel. Pour garantir aussi l’alternance au pouvoir et les principes démocratiques, une charte éthique et engagement de la part des participants sont inéluctables.

Personnellement, je ne pourrais concevoir la gestion des affaires de la cité sans la dissocier de la religion, tout en garantissant la liberté de culte. Lever tous les obstacles pour que la liberté de pensée ou d’expression soit une réalité et non un slogan évidé.

Par ailleurs, tant que c’est la police politique qui dicte et décide à la place des décideurs apparents, la vie politique en Algérie ne sera qu’une pièce théâtrale. Chacun jouera son rôle. Et chacun trouvera son compte. Y aurait-il des acteurs rebelles ? On l’espère. Sinon c’est le cauchemar qui va supplanter le rêve.

Enfin, les contextes national, régional et international sont favorables pour assurer des transformations profondes du pays. Cependant le pouvoir algérien a entrepris des démarches pour, d’un côté, donner des assurances à ‘’ses partenaires étrangers’’ et de l’autre côté, il tente de présenter un simulacre changement. Faut-il croire plus aux facteurs exogènes pour faire pression sur les décideurs afin d’apporter de vrais changements ? Ou suffit-il se limiter aux forces internes pour imposer une autre république plus ouverte sur le monde ? Ou tout simplement faut –il les exercer les deux ? Sans doute oui.

Kamal Amari

2 comments for “2012 : L’Algérie sera au rendez-vous avec l’Histoire ou ne le sera jamais !

  1. Kouider el mesquine
    January 2, 2012 at 06:01

    Oualah ya Kamal cela nous fait rappeler le film Patrouille à l’Est. Le pauvre citoyen qui a traversé l’Est de l’Algérie avec les combattants et qui en fin de compte, s’est retrouvé tout seul avec le prisonnier de guerre,parce que tout les combattants sont tombés au champs d’honneur, il savait bien que seul son mot de passe quand on lui a demandé El Kalima il répondu: ” CHAABI” il était fier, beaucoup fier ce peuple de son indépendance en 1962, depuis il est redevenu l’Indigène indigent Il n’est plus Chaâbi, ni harki, Comment voulez-vous qu’il se réveille pour qu’il rejette cette indignité? Une fois un ministre connu quand il a eu le porte feuille de l’Hydraulique, il a bien dit à l’ENTV : hada machi chaâb, hada Ghachi yakoul oua ytechi!

  2. Farid Mnebhi
    January 2, 2012 at 07:03

    Dilemme politique en Algérie, gros cafouillage et maux de tête des autorités algériennes
    Une lecture neutre de la presse algérienne ces derniers jours, nous amène à nous poser certaines questions sur la volonté des autorités algériennes, civiles et, surtout militaires, à ouvrir le champ politique dans leur pays et offrir au peuple algérien, pour la première fois depuis son indépendance, le droit de s’exprimer librement sur leur devenir.
    En effet, il de notoriété publique que l’indépendance algérienne, acquise dans le sang et grâce aux kabyles, a été tout simplement confisquée par des anciens enfants de la troupe et des soit disant officiers des armées des frontières (installés à l’époque au Maroc et en Tunisie), et aujourd’hui aux commandes de l’Etat algérien.
    Toutes les tentatives d’expression de liberté, de démocratie, de justice, des droits de l’homme et de remise en cause du système politique ont été annihilées sauvagement par le système socialo-stalinien instauré par Boumediene et perpétué sans vergogne par ses remplaçants.
    Après l’élimination physique de tous les chefs historiques, les coups d’Etat, les révoltes kabyles et sociales, des élections législatives annulées et les bains sang, les tortures et les internements dans le sud algérien qui s’ensuivirent, les pseudos dirigeants algériens tentent aujourd’hui d’offrir à leur peuple une démocratie à la mesure de leur propre costume.
    C’est oublier que les algériens ne sont pas dupes. Avec. Internet, la télévision satellitaire, facebook, twiter ils sont au courant de tous les maux qui secouent leur pays, des détournements financiers de leurs dirigeants et leur l’incompétence, tant au plan interne qu’externe.
    A quelque mois des présidentielles et des législatives, l’Algérie se cherche encore une nouvelle constitution, une nouvelle loi électorale, un futur président et tente de multiplier le nombre partis politiques afin de diviser la société politique et éviter un remake d’une victoire inéluctable des islamistes avec pour résultat l’annulation des prochaines législatives.
    D’ailleurs, il semblerait, que les partis islamistes soient en position de force pour les prochaines législatives, notamment après le retrait du Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), un des trois partis de l’alliance présidentielle au pouvoir.
    Ce retrait est motivé par le fait que les lois votées dans le cadre des réformes ont été vidées de leur contenu, notamment sur les libertés, la transparence et l’ouverture politique et de la presse. Tout est dit, il me semble.
    Par ailleurs, le Front des forces socialistes (FFS), et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) accusent la présidence algérienne et le DRS (service de renseignement) de se livrer à une  guerre pour s’assurer le contrôle de l’islamisme pour sauver le système des passe-droits et de la négation des droits humains.
    En conclusion, il y a lieu de souligner que l’Algérie vit aujourd’hui un regain politique, sur fond de double verrouillage médiatico-politique avec l’adoption d’une loi sur l’information contraignante pour la liberté de la presse et d’une loi sur les associations interdisant les rassemblements publics, avec pour grande inconnue les salafistes, dont la montée en puissance inquiète une partie de la société algérienne, mais également ses voisins et l’occident.
    En vous demandant de bien vouloir publier et diffuser ce papier. Une réponse par courriel serait appréciée. Cordialement. Farid Mnebhi.

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