De Sophocle à la Génération n’Ait Kaci

Par Rachid C

497 – 406 Av JC

Soumis  en permanence à  la dictature du clavier et son ordonnancement des touches qu’on doit suivre  ponctuellement, à la lettre et au chiffre; à  la souris qui dance sans prédateur dans son monde virtuel  des clicks sans claques; à l’écran où défilent à coups de pixels des politiciens pourris  les uns aussi bien que les autres, qui violent la constitution , bourrent les urnes et fond des promesses qu’ils ne peuvent aucunement tenir…,ne serait-t-il pas plus relax de sortir, de temps à autre, des sentiers battus  de la révolution technique pour plonger dans celui épique  qui raconte magnifiquement bien le début du destin des hommes, une époque  de l’évolution où leur instinct frappait fort.  L’invention des arts, disaient,  entre autre, les  fables, étant un droit d’ainesse, nous devons l’apologue à l’ancienne Grèce, mais ce champ ne se peut tellement moissonner que les derniers venus n’y trouvent à glaner,….. Quand la feinte est un point dont je ne me pique point, je tâche d’y tourner le vice en ridicule ne pouvant l’attaquer avec les bras d’Hercule, c’est là tout juste mon talent je ne sais s’il suffit… Tantôt je peins en un récit la sotte vanité jointe avec l’envie : deux pivots sur qui roule, aujourd’hui, notre vie.

Bref, Passons de fable au fabuleux pour remonter au bout  d’un voyage  de 2500 ans,  de  la poésie tragique  grecque à la tragedie Kabyle à travers le confort romanesque de  la fascinante histoire  d’ Œdipe et le Sphinx.

Dans la Mythologie grecque, Œdipe  était le fils de Jocaste et de Laïos, roi de Thèbes. Jeté dans les montagnes aux bêtes sauvages par son père Laïos à qui un oracle avait prédit qu’il sera tué par son propre fils, l’enfant Œdipe sera sauvé et élevé par un berger. Devenu homme, Œdipe prit la décision de partir à Thèbes dont il ne savait pas qu’elle était sa terre natale, ni  le royaume de son père.  Sur son chemin vers Thèbes, il tua un homme à la suite d’une dispute autour  de la priorité de passage de chariots dans une intersection.

Quelques temps plus tard, il entendit la nouvelle que les  autorités  de Thèbes  promettaient le trône et la main de la reine veuve , Jocaste,  à toute personne qui parviendrait à délivrer le royaume de la tyrannie du Sphinx  (monstre ailé avec un corps de lion et une tête de femme) qui semait la terreur parmi les passants,  dévorant tout passant qui faillira de résoudre son énigme. Sur son chemin vers Thèbes, Œdipe, excité par la nouvelle, eut le courage, au risque de sa vie, d’aller affronter le sphinx et tenter de la lui résoudre. C’est alors que le sphinx lui posa l’enigme suivante :  Quel est l’être qui marche sur quatre pattes au matin, sur deux à midi et sur trois le soir ? La réponse d’Œdipe était : l’homme. Il se déplace à quatre pattes à l’aube de sa vie,  se tient debout au zénith de sa vie et utilise une canne au crépuscule de sa vie.

Œdipe résout  ainsi l’énigme, et le Sphinx, de dépit, se jette dans le précipice, délivrant, ainsi, toute un royaume, de sa tyranie.

Oedipe et le Sphinx

 Accueilli triomphalement à Thèbes, Œdipe comme promis s’est vu offrir le trône et la main de la reine Jocaste avec qui il aura quatre enfants dans le bonheur le plus total. Plus tard, le fameux oracle de Delphes  lui révéla que l’homme qu’il avait tué sur sa route vers Thèbes était son  propre père et que la femme qu’il  épousa était sa propre mère. Face à ce destin tragique, Jocaste se suicida par pendaison et  Œdipe se creva les yeux avec la broche de son épouse et mère. Aveugle  (comme l’amour), il  quitta Thèbes  dans l’errance  accompagné de sa fille Antigone, laissant derrière lui ses 3 autres  enfants qui seront maudits à jamais  par l’inceste de leurs parents.

Dans la théorie de Freud (psychanalyse), le complexe d’Œdipe désigne le complexe émotionnel constaté chez l’enfant aux environs de l’âge de 4 ans, provoqué par un inconscient désir sexuel pour le parent de sexe opposé et sa tendance à l’ exclusion du parent du même sexe.

Au tout début de la psychanalyse, le terme complexe d’Œdipe s’appliquait uniquement pour les garçons. L’équivalent pour les filles s’appelait le complexe d’Electre. Selon la mythologie grecque, Electre était la fille d’Agamemnon (roi de Mycènes) et de Clytemnestre. Par amour qu’elle avait pour son père, elle chargea son frère Oreste de tuer sa mère Clytemnestre et son amant Aegisthus qu’elle avait soupçonnés de meurtre de son père Agamemnon.

Cette tragédie  d’Œdipe avait inspiré un grand nombre de poètes, d’écrivains et philosophes parmi lesquels  Sophocle, ce poète tragique grec du 5eme siècle (av JC),  dont les pièces ne sont jamais descendues  au dessous du second rang malgré une compétition féroce de la part de ses contemporains comme Eschyle, Euripide et Aristophane.  Ses pièces exaltaient dans un style  vigoureux et concis le héros qui se révolte ou préfère la mort à la soumission. C’est à croire à s’y méprendre que ce type de héros mis en vedette  par Sophocle au 5eme siècle avant JC a survécu à travers les âges aux altérations du temps jusqu’à venir inspirer comme  via la télépathie des mondes parallèles qui fait se communiquer les morts et les vivants, notre ultime poète Si Mohand Ou M’Hand dans son expression si chère aux peuples amazigh :«  Nous préférons  être brisés mais sans courber  plutôt que de  subir l’arnaque de ces  casse-couilles de chefs ». Ce principe  qui  servit de bouclier à  notre peuple dans son cheminement historique , contre les agressions de l’histoire,  fascina au plus haut degré,  le  chanteur rebelle Matoub Lounès  au point de questionner les sages sur la mythique   Génération n’Ait Kaci  à qui personne,  disait-il, n’a pu faire subir sa loi.

Après la guerre du Rwanda, j’ai pu lire dans le monde diplomatique que  politologues et  sociologues avaient introduit le terme ECI (Entité Chaotique Ingouvernable) pour designer des populations ou des groupes d’individus frappés de l’incapacité de suffisamment s’organiser pour former une nation, un royaume, ou une république. Le terme Amazigh, d’homme libre, que nous adoptons le plus souvent avec fierté doit nous  situer quelque part entre l’insoumission affichée à travers notre résistance aux tentatives de l’agresseur à nous conquérir « identitairement », d’une part, et d’ autre part,  notre « ingouvernabilité» affichée à travers  notre incapacité de 2000 ans à nous entendre sur un minimum fédérateur. Aujourd’hui, les 3 partis qui nous représentent semblent obéir à la loi de la dispersion imposée par nos constantes biologiques. Dans mes laps de temps de réflexion, il m’arrive, aussi, de vouloir penser les choses autrement, mais, au fin fond de moi-même, le syndrome de la Génération N’Ait Kaci me fascine.

Petite consolation : peut-être, dans le  lointain futur, le peuple Kabyle, l’un des rares peuples sur la planète à sacraliser  la liberté au point de refuser de détenir des esclaves, trouvera  son épanouissement dans sa Cité de Dieu préconisée par son ancêtre Saint Augustin, quand le citoyen ou l’élément  élémentaire de la société, ne vole pas   parce qu’il a peur, mais parce que sa conscience ne le lui permet pas.

Ceci n’est pas un compte à plaisir inventé, mais dans les moments de doute ou la tendance est au reniement de soi, un minimum de bravoure est exigé pour aller puiser au fin fond de soi-même, ses bonnes raisons d’être fier. Si la race noire, la race la plus infériorisée dans l’histoire de l’humanité  avait donné à  cette même humanité, au bout de 50 ans de lutte pour les droits civiques, l’homme le plus puissant de la planète, c’est que le concept de « race inferieure » ou  de « race supérieure » n’est pas un argument mais un stéréotype. Chaque peuple contient au sein de lui-même un potentiel énergétique certain qui lui permet, dans les conditions d’exploitation optimales, de transcender, il suffit avant tout d’y croire et d’avoir foi en ses propres capacités en attendant que les conditions générationnelles soient réalisées pour faire germer ses graines. Comme dit ce slogan de la NASA, « échouer, n’est pas une option ». Alors là, disparaitre.

Chanson de Matoub  évoquant Al Jil n’Ath Kaci (la Génération des Ait Kaci)

1 comment for “De Sophocle à la Génération n’Ait Kaci

  1. kaci sonia
    September 26, 2015 at 05:23

    fiere d’etre une kaci

Leave a Reply

Your email address will not be published.