Vendredi 13/vendredi 14: le sourire de la Joconde de Washington

par Kamel Daoud

C’est un vendredi 13 qu’il faut faire le bilan du vendredi 14. Celui de 2011. Ce jour où Benali a pris un avion. Tout le monde s’en souvient. Question de fond : fallait-il faire des révolutions pour élire des islamistes, subir le chaos ou les puissances ? Fausse question. D’ailleurs, c’est l’un des arguments des régimes encore survivants comme le nôtre : ne faites pas la révolution car cela mène au désordre. Fausse logique. Les révolutions, il fallait les faire. Tôt ou tard. La réponse n’est pas «il ne faut pas». La bonne réponse est «il faut continuer». Jusqu’à ce que cela soit déraciné. Jusqu’à ce qu’on ait de vraies élections, une justice indépendante, pas de pouvoir en héritage pour les fils, pas d’armées qui colonisent le peuple, pas de Moukhabarates qui le parasitent. Dégager le dictateur n’est que le premier pas de l’homme sur la lune. Le second, il faut en finir avec les illusions utopistes religieuses, les populismes et les régressions. Ensuite, il faut construire, œuvrer, achever, transmettre et corriger. Les dictatures arabes ont une durée de vie de vingt à trente ans en moyenne. Ce n’est pas en une année qu’on va en guérir.

La Révolution est un passage à la maturité que l’on ne peut éviter par les infantilismes et les dénis. On peut être refroidi par la peur, le désir de ne pas subir de tutelles, la propagande de sa propre dictature locale, mais il faut y aller un jour ou l’autre. On n’évite pas la croissance du corps en lui imposant des pantalons plus courts. Même après 132 ans de dictature, on finit par décoloniser, des autres ou des siens. C’est un moment d’irruption au monde. Sinon, c’est le monde qui vient à vous et vous marche dessus. Depuis l’invention de l’astrolabe, les «Arabes» n’ont rien apporté au monde et se contentent de lui vendre du pétrole et d’en importer la nourriture. Cela devait changer. Violemment ou en douceur. Avec le temps ou dans la précipitation. Cela devait arriver car notre situation est contre-nature depuis près d’un siècle.

 Un poids mort se réveille à sa gravité !

On peut aller chercher à Washington le sourire de Mme Clinton et sa bénédiction pour ses réformes. On peut mettre un rappeur en prison au Maroc. On peut remplacer un Moubarak par des colonels ou une coiffeuse par sa propre barbe en Tunisie, cela ne retardera pas l’Histoire. Cela ne freinera pas ce qui s’est déclenché. Mme Clinton peut bénir, mais pas stopper l’histoire.

Ce vendredi 13, il faut se dire que les vendredis qui restent sont plus nombreux que les régimes qui résistent. Ils tomberont. Mme Clinton peut sourire comme une Joconde dans le cadre du contrat «pétrole contre bénédiction», cela ne change rien. C’est seulement le constat que nous sommes seuls et qu’il ne faut compter sur personne. Que d’un côté, nous avons les populistes au nom de Dieu, les dictatures au nom de la stabilité et les puissances étrangères au nom du pétrole. Et nous, au nom de nos enfants à venir.

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