Hawaii (II): Les autochtones face au “baathisme” anglosaxon.

La diversité culturelle humaine doit être considérée comme richesse et non comme disparité. Elle doit être vue comme un héritage à conserver et à promouvoir et non comme des traces à effacer.

La ville de Honolulu a été construite en moins d’un siècle par les Américains. L’économie hawaiienne se porte aujourd’hui bien et les Hawaiiens sont considérés le peuple le plus heureux des États-Unis. Cela n’a pas corrompu les Hawaiiens au point d’oublier leur culture et les gratte-ciels de Honolulu n’ont pas réussi à faire de l’ombre à leur identité. L’autoroute de Hawaii dans l’Ile d’Oahu, plus large que celle qu’a proposée Boutef, a été construite avec le budget fédéral à travers la dense forêt tropicale le long d’un relief très montagneux et très accidenté qui a propulsé, par endroit, déjà dans les années 40, le prix de revient de l’autoroute à 100 millions de dollars le mile ! Les Hawaiiens n’ont pas de pétrole, un litre d’essence coute environ 2 fois plus qu’au Texas. Ce n’est pas pour de telles réalisations que les Hawaiiens iront cracher sur les tombes de leurs ancêtres pour faire plaisir, à quelques milliers de kilomètres plus loin, à une certaine catégorie de bâthistes aux yeux bleus parmi les sénateurs du Capitole à Washington, DC.

Les rues les plus importantes sont nommées après leurs héros et leurs légendes ; il est partout érigé dans les places publiques des statues de leurs héros comme Kamehameha ou Kalakaua mais jamais  ou presque celles de George Washington ou d’Abraham Lincoln. Aujourd’hui, les Hawaiiens demandent le retour de leur royaume qu’un groupe de militaires américain avait défait injustement en 1893. Malgré une “apology” signée officiellement par Bill Clinton en 1993 (un siècle plus tard) reconnaissant le caractère injustifiable du coup d’état américain contre le royaume de Hawaii, les Hawaiiens après s’être parvenus à décrocher le statut d’état en 1959, sont actuellement entrain de militer pour plus d’autonomie dans la gestion de leurs affaires, voire même l’indépendance à travers “The Independance Movement of Hawaii”.

Petroglyphes de Hawaii

À vrai dire, à voir comment Hawaii est construite en si peu de temps et le respect dont jouissent les populations autochtones, l’hommage rendu à leur culture et leurs symboles historiques, on a le sentiment que le peuple hawaiien exagère dans sa rancœur vis-à-vis des autorités de Washington. Pour un kabyle, renié dans sa terre de 5 000 ans dans toutes ses revendications identitaires les plus légitimes, il y a de quoi s’étonner du refus des autochtones hawaiiens à accepter les excuses officielles américaines. Malgré leur isolement géographique, ils ont connu l’avènement de l’électricité et du téléphone au tout début de leur invention et sont sur le point de devenir les leaders mondiaux de la fibre optique. La Kabylie qui est à une heure de Marseille, beaucoup de ses villages ne connaissent même pas l’avènement de l’électricité à ce jour ni, non plus, le téléphone et l’Internet. On nous interdit de nommer nos enfants et nos rues après nos héros universellement connus pour avoir tenu tête à Rome et défendu jusqu’à leur dernière goutte de sang cette terre contre toutes les invasions. Les Hawaiiens autochtones ne sont que 250 000 et ils sont écoutés et respectés par 300 millions d’Américains. Nous formons le tiers de la population algérienne et on a un président qui prend officiellement nos revendications pour du grabuge.

Le gouvernement américain qui traine dans sa conscience l’extermination injustifiée, voire inhumaine, des cultures indiennes est décidé à prêter une oreille attentive aux revendications identitaires et à prendre très au sérieux le sentiment des peuples autochtones qu’il considère, désormais, comme des plus légitimes. Même concernant l’anglais, cette langue au nom de laquelle des crimes linguistiques et culturels ont été commis, son exclusivité se trouve de plus en plus contestée du moment qu’on n’en décèle aucune trace d’elle dans la constitution qui dit que c’est la langue de tous les Américains. L’espagnol gagne du terrain et d’autres langues sont entrain de frapper à la porte pour une place honorable dans le répertoire linguistique américain. D’où la nécessite technique d’un traducteur universel. La solution est donc attendue beaucoup plus de la Silicon Valley que du Capitole et de la Maison Blanche. En plus, cette attitude du colon à imposer sa langue au sujet conquis est regardée, d’un point de vue civilisé, comme une vraie atteinte à la dignité de l’Homme. Après tout, l’anglais, aussi, a été, sous William le Conquérant, la langue de la paysannerie et des couches défavorisées alors que le français était érigé comme langue de l’aristocratie et de l’élite. Ces émigrés juifs qui ont fui l’Europe de l’est et les pogroms de la mer noire au début du 20e siècle et qui ont bâti des empires financiers et des villes comme New York et Los Angeles s’exprimaient dans leur majorité en yiddish. Le sud-ouest américain que l’Amérique avait conquis injustement et par la force était habité par des populations mexicaines qui n’avaient rien à voir avec l’anglais.

Les vrais barbares, ce sont, en réalité, ces peuples qui ont utilisé dans les moments forts de leur histoire, leur force pour massacrer d’autres peuples qui avaient choisi de rester fidèles à leurs cultures ancestrales. Le gouvernement américain sait aujourd’hui qu’il y a beaucoup d’erreurs et d’injustices qui ont été commises par le passé et qu’il faut absolument les corriger pour que l’Union se porte bien. Ainsi des centaines de millions de dollars ont été versées par le gouvernement américain à titre de dommages et intérêts à des tribus indiennes pour des traités qu’ils avaient été forcés de signer au 19e siècle dans le cadre de ce qu’ils avaient appelé ‘The dishonorable dealings’.

Aujourd’hui, les magistrats de Washington comprennent que le sentiment d’un peuple relié à une injustice historique est une affaire extrêmement sensible, à traiter avec une délicatesse de l’ordre de celle que nécessite une opération chirurgicale. Et comme on ne peut utiliser une hache ou une scie pour une telle opération, on ne peut utiliser le char et les avions pour guérir un malaise populaire relié à ce qu’il y a de très sensible et de très noble chez un peuple : sa culture et son identité. Et le fait de les revendiquer n’a rien à voir avec du grabuge. Les revendications d’un peuple nées de son désir à vouloir exister dans la continuité de ses ancêtres sont aussi profondes et vraies que les gémissements d’un malade. Et comme on ne tire pas sur un malade qui gémit de douleur, on ne tire pas sur un peuple qui revendique sa culture ou qui exprime son désir honorable à continuer d’exister et de se développer dans l’héritage de ses ancêtres. La diversité culturelle humaine doit être considérée comme richesse et non comme disparité. Elle doit être vue comme un héritage à conserver et à promouvoir et non comme des traces à effacer. (A suivre)

Rachid C

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