Les immigrants changent la face de la vieille Europe (Los Angeles Times)

Ce texte publié dans Los Angeles Times a été distribué, cette année 2012, dans le cours de World Geography,  aux classes de seconde, au lycée Cy-Woods dans le Texas.

Cy-Woods High School

 

Les  immigrants changent la face de la vieille Europe.

Une révolution démographique est entrain de changer la face de l’Europe. Les taux de natalité en déclin, couplés avec une immigration croissante, signifie la fin de l’homogénéité  ethnique pour l’Europe traditionnelle des Etats-Nations. Aussi, l’Europe  de la prédominante population chrétienne  doit s’habituer à l’idée de se mélanger  aux  musulmans ; avec des immigrants venant de la Turquie, d’Afrique  du Nord et du Moyen Orient, les mosquées et les boucheries hallal s’alignent cote à cote avec les cathédrales et les charcuteries.

L’intégration des minorités au sein de l’Europe est sans doute le seul plus important challenge auquel  l’Union Européenne fait face.

La société multiethnique ne se construit  pas facilement en Europe. Jusqu’aux dernières reformes, l’Allemagne a défini la citoyenneté à travers l’ethnicité plutôt que par le lieu de naissance ou la résidence, laissant, disons, les turcs nés en Allemagne sans vrai sens d’appartenance.   La France avait, pour longtemps, embrassé  une notion de citoyenneté plus inclusive, mais beaucoup de français continuent de faire la distinction entre français de souche et les autres.

Cet état d’esprit avait contribué à propager la ségrégation ethnique, avec des minorités  dans les pays européens vivant dans leurs propres enclaves- le plus souvent  appauvris et nourris par  le sentiment d’être des citoyens de  seconde classe.

Les tensions sociales qui en résultent  font le lit politique des partisans d’une  l’Europe qui dénie le droit à l’immigrant.

Dans les dernières élections françaises, Jean Marie Le Pen, longtemps  l’icône de l’extrême droite,  avait recueilli presque 20% du vote, dépassant le premier ministre en exercice, au premier tour, avant de perdre contre Jacques Chirac  au sprint final.

Avant les élections de 2002, en Hollande, Pim Fortuyn était l’un des premiers politiciens  hollandais  à discuter ouvertement le besoin de préserver les valeurs traditionnelles hollandaises et ses normes à la face de l’immigration. La popularité de Fortuyn était montée en flèche, mais sa carrière politique avait subitement pris fin à la suite de son assassinat juste avant les élections.

Les élections autrichiennes de 1999 avaient ramené dans la coalition gouvernementale le Freedom Party  de Jorg Haider, un politicien bien connu  pour ses attitudes racistes. Bien que Haider ait dû démissionner de sa position de leader du parti, en partie à cause de la protestation   internationale contre son succès politique, son parti reste toujours dans la coalition dirigeante.

Quel que soit le degré attractif de l’impulsion à l’exclusion par  l’extrême droite, les européens ne peuvent pas se permettre de fermer leurs  portes aux nouveaux arrivants. Sans l’immigration, la population de la plus part des pays de l’Europe est appelée à vieillir et à décroitre.

Le taux de fertilité de l’Europe est bien en dessous  de  celui dont elle a besoin  pour maintenir la population à son niveau actuel. Aujourd’hui il y’a 35 retraités pour 100 travailleurs dans l’Union Européenne. D’ici  2050, la tendance démographique actuelle va laisser l’Europe avec 75 retraités  pour 100 travailleurs, et dans certains pays comme l’Italie et l’Espagne, le ratio sera 1 pour 1.

Qu’on le veuille ou non, l’Europe devra se tourner vers l’immigration pour sa survie économique.

La proximité de l’Europe à l’Afrique du Nord et à la Turquie, aussi bien que le gonflement  venant d’autres pays musulmans,  assureront  un  afflux régulier  en immigration musulmane.

L’Union Européenne est déjà la résidence de 15 millions de musulmans, et ce nombre doublera théoriquement d’ici 2015. Environ 5 millions de musulmans vivent en France. Bien que la moitié de la population musulmane de France soit française de nationalité, la communauté dans son ensemble se radicalise de plus en plus. Un sens de l’isolement social (beaucoup de musulmans vivent dans des ghettos urbains)  et de privation des droits civiques (il n’y a pas le moindre musulman dans l’Assemblée Nationale) ont énergisé la colère montante de la ferveur islamique.

Dans le but d’atténuer les tensions sociales, l’Assemblée Nationale  française, avait voté une loi interdisant aux musulmanes  le port du voile dans les écoles publiques. Effectivement, tous les  symboles   ostentatoires  religieux tels que les Kippas et les grosses croix étaient interdits. La législation avait pour intention de protéger les filles scolarisées, non désireuses de porter le hidjab , d’être forcées  par les  groupes radicaux à le porter. Cela signifie, aussi,  préserver la sécularisation du domaine public, une priorité pour la France depuis  la loi votée en  1905 séparant l’église de l’état. Il reste à savoir si les musulmans de France- environ 50% se sont opposés à cette interdiction- vont la voir comme un pas vers l’intégration ou alors  comme une transgression dans leurs libertés religieuses.

Que le fait d’interdire les symboles religieux dans les classes aide ou non à promouvoir la tolérance et l’intégration, la France et ses voisins ont besoin de travailler beaucoup plus pour la construction de communautés qui sont multiethniques dans l’esprit aussi bien que dans le fait. Intégrer les communautés minoritaires  dans le courant normal de la société  signifie qu’elles ont déjà un accès réel  aux cours de langues et civiques et à des stages de formation.  Sans éducation et sans mobilité sociale les groupes minoritaires sont destinés à demeurer aliénés et désaffectionnés.

Les gouvernements européens doivent fournir plus d’effort pour combattre les préjugés  et promouvoir la tolérance parmi les populations majoritaires. Ce n’est pas uniquement la viabilité de la communauté multiethnique en Europe qui est en jeu mais aussi l’aptitude de l’Europe à se maintenir comme l’un des centres du globe de la démocratie libérale et de la vitalité économique. (Traduit de l’anglais par RC)

Charles A Kupchan, a professeur of international affairs at Georgetown University, is a senior fellow at the Council on Foreign Relations.

 

March 3, 2004

Los Angeles Times

(Photos choisies par KU.com)

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