Problèmes de démocratie et le sort des minorités dans le “Monde Arabe”

Mondialisation et problèmes des minorités

George Sorros, fondateur de l'Open Society

De nos jours, le problème des minorités ethniques, linguistiques ou religieuses est le problème le plus important dans notre monde moderne. A un moment donné on était tenté de croire que la mondialisation allait résoudre ou du moins atténuer ce problème mais on se rend compte tous les jours que le problème ne fait que s’amplifier. Le village planétaire préconisé par les sociologues de l’Open Society  du milliardaire hongro-américain Georges Sorros était une sorte de retour vers la république de Nemrod : Une seule famille humaine vivant les équilibres d’échange sous le même toit de la planète Terre, parlant un langage universel qui s’appelle le business, et unis dans le respect mutuel et les intérêts communs. Les éléments du  gouvernement planétaire ne seront pas choisis en fonction de l’ethnicité, de la religion, du sexe  ou de la race, mais en fonction de leurs performances intellectuelles, de leurs valeurs morales et de  leur sens  du leadership. Le but final est d’extraire l’homme de son étroit géographique  et de sa standardisation par des systèmes religieux ou politiques pour l’exploiter dans toutes ses performances en tant qu’homme et seulement en tant qu’homme capable de réflexion, de progrès et d’innovation. Techniquement, par ce que l’on  observe aujourd’hui, on déduit que  la communication et la révolution médiatique avaient abouti aux résultats contraires à ceux escomptés.
Juridiquement, de par leur  cristallisation, les minorités avaient  poussé jusqu’à obtenir  leur protection par le droit international.

Problèmes des minorités dans le monde arabe

Le grand problème que vit de nos jours le monde arabe réside dans l’incapacité des différents états à créer les conditions unificatrices des différentes composantes de la société à travers une compréhension moderne de la notion de convivialité entre les peuples, qui réside dans le respect mutuel entre leurs differentes composantes, leur égalité devant la loi et l’histoire, ainsi que leur représentation réelle au niveau des institutions. La politique d’unification envisagée par  les élites « arabes » a été entreprise dans le cadre du panarabisme par la voie de la propagande, la falsification historique au bout desquelles la répression ultime par  la matraque militaro-industrielle. Cela a cristallisé le sentiment d’appartenance identitaire qui a conduit à la méfiance, la haine, le mépris, le radicalisme et le sentiment d’exclusion des uns par rapport aux autres. L’émergence d’une élite de cette soupe idéologique biaisée dans le choix de ses  ingrédients socioculturels ne  peut pas cerner de façon impartiale la réalité d’un peuple ni répondre intellectuellement aux aspirations légitimes des masses populaires. Un melting pot qui ne contient pas de façon rationnelle et équilibrée tous les ingrédients du jardin local ne peut convenir à tout le monde. L’énergie de l’élite  n’était pas investie dans la recherche de solutions aux problèmes économiques et la lutte contre le sous développement et l’ignorance mais au service  d’une idéologie fabriquée à des fins de  corruption mentale.   A ce stade aucun débat sérieux n’est entrepris dans le monde « arabe » sur la question des minorités  et l’unité nationale. Au lieu de l’unification il y’a eu tentatives acharnées d’uniformisation. Ce qui fait que le clivage entre les différentes composantes  d’un peuple ne fait qu’empirer  et l’Unité nationale en pâtit le plus souvent sous la vision bornée du  dictateur, dans les carnages et les bains de sang.

Les chrétiens dans l’empire ottoman : Survivre par la djizia

Apres 13 siècles de conquête musulmane les arabes n’ont pas réussi à uniformiser les populations conquises. Au contraire, s’ils les ont, certes, réduites , ils  en ont crée d’autres, notamment, avec l’apparition de différentes factions du shiisme. Durant les 5 siècles de l’occupation ottomane, les minorités chrétiennes n’étaient pas forcées à l’islam du fait que le régime mercantiliste ottoman leur faisait payer  la djizia, une sorte d’impôt, imposée par les régimes musulmans aux minorités non musulmanes. Avec le déclin de l’empire ottoman, les puissances occidentales avaient poussé à l’abolition du statut humiliant de dhimmi, en 1856.

Après la chute de l’empire ottoman en 1918, les puissances de l’époque- la Grande Bretagne et la France- se sont mises à créer,  à coups de crayon approximatifs, de nouveaux pays dans le monde arabe désormais livré à lui-même dans ses traditions et son histoire, en fonction de leurs  intérêts personnels, sans tenir compte  des réalités historiques des populations vivant dans ces espaces aléatoirement  dessinés, appelés, désormais , pays.

Panarabisme et califat, et leurs Notions de classe

Face à ces frustrations coloniales, sont nés deux  courants de pensée visant à l’unification du monde arabe. Chakib Arslane qui était druze, et le syrien Michel Aflaq, qui était chrétien, préconisaient un empire arabe séculaire basé sur l’uniformisation par  l’arabité. Le mouvement préconisé par Djamal Eddine el Afghani et l’égyptien Hassan El Banna projetait un monde arabe uni autour de la Sunna musulmane. Chacun des deux courants est basé sur l’ostracisme : Le premier,  basé sur l’arabité, excluait les minorités ethniques, et le second basé sur l’islam sunnite excluait les minorités religieuses. Ainsi, dans le premier cas, un arabe chrétien sera traité au même titre qu’un arabe musulman, tandis qu’un berbère ou un kurde qui se réclame de race non arabe sera traité comme citoyen de seconde classe. Dans le second cas, un musulman sunnite qu’il soit arabe, kurde, berbère  ou autre, sera traité comme citoyen de 1ere classe, tandis qu’un arabe  de souche, non sunnite, sera traité de citoyen de seconde classe.

Les coptes qui demandent à être traités à part, en religion et en race, seront dans les 2 cas de figures, relégués au rang de citoyens de seconde classe. Michel Aflaq avait affirmé que les berbères et les kurdes sont des arabes. Omar El Bachir, le président du Soudan avait affirmé, quant à lui, que “les animistes et les chretiens du Soudan sont nos frères ,  ils ont le choix entre la soumission à nos normes et le massacre par nos soins”.

Création des états-nations arabes

Dans les années 20 et 30, sous la houlette de la grande Bretagne et de la France, sont nés les premiers états-nations arabes, en l’occurrence  l’Egypte, la Syrie et l’Irak, avec des constitutions séculaires  tenant en compte les droits des minorités et leur égalité devant la loi. Cependant il  n’a pas été omis, à la barbe des minorités religieuses et ethniques, de mentionner  le souci de travailler pour un Monde Arabe uni avec, comme religion d’état, l’islam,  et comme source de législation, la sharia.

Ces législateurs ont, tout de même, fait un bon début en permettant de designer des premiers ministres qui n’étaient pas arabes ou  sunnites.  Le copte Boutros Ghali,  le grand père du ministre des affaires étrangères, puis 6eme secrétaire général de l’ONU Boutros Boutros Ghali, a été nommé premier ministre de l’Egypte, il sera assassiné  par un musulman en 1910.  En Syrie, Faris El Khoury, chrétien, lui aussi, a été désigné premier ministre. L’Irak, de son coté, avait des ministres kurdes.

La création de la ligue arabe en 1945, à l’initiative de la Grande Bretagne, ayant pour but de faire naitre une nation arabe unie et coopérative,  verra comme aujourd’hui, tous les états arabes  mentionner l’arabité dans leurs constitutions respectives,  ainsi que la langue arabe comme langue officielle et, l’Islam comme religion d’état.

L’humiliation des arabes fait virer au fondamentalisme

Hassan Al Banna (1906-1949)

L’échec des 2 visions, séculaire et religieuse, à résoudre les problèmes internes  fondamentaux autour de la question identitaire, et externes autour de la politique du voisinage, a abouti à une vision plus libérale dans les années 50 et 60. Mais, l’incapacité des états arabes, à savoir l’Egypte, la Syrie, l’Irak et la Jordanie, à empêcher la création de l’état d’Israël ,a été d’une telle humiliation pour les sociétés arabes qu’elle a fait naitre un sentiment religieux fondamentaliste qui préconise le retour à l’âge d’or conquérant de l’Islam. Le monde arabe gangrené par une corruption rampante avait senti  comme un besoin de retour à ses fondamentalismes pour se ressourcer   de l’islam de jouvence à fin de venir à bout de son égarement moral. La chute du califat ottoman correspond pour certains musulmans au Dark Age de l’occident, survenu après que   l’église catholique romaine  s’était laissé corrompre au moyen de quelques compromis avec la morale païenne.

Les économies qui stagnent, incapables de produire un bien être social, avaient fait se produire le besoin  de faire changer radicalement les choses. Des officiers passent alors à l’action à la façon typiquement arabe de l’époque des assassinats des califes. En effet, en terre d’Arabie, les premiers califes qui ont succédé au prophète ont été tous assassinés  à l’exception d’Abu Bakr, le premier calife. Ainsi, en Egypte, en Irak, en Syrie, au Soudan, en Libye, en Algérie, dans tout le monde arabe, les coups d’état se succèdent et se ressemblent, comme au temps des premiers califes.

Détérioration des états-nations  en dictatures.

Les régimes militaires qui s’étaient, ainsi, emparé du pouvoir  promettent à leurs peuples respectifs monts et merveilles dans les domaines éducationnel, culturel, agraire et industriel. Cela n’avait pas pris longtemps pour s’avérer que ce n’était que du bluff. Les régimes se sont détériorés en dictatures militaires qui ont entrainé les peuples dans des conflits domestiques ou entre voisins. La raison principale de leurs échecs réside dans leur nationalisme chauvin arabe qui tient dans l’étouffement toute une mosaïque de peuples présents ici depuis des millénaires, rendant les sociétés dans lesquelles ils vivent incapables d’enfanter une harmonie sociale ou de participer au développement d’une nation de laquelle ils se sentent exclus. L’agressivité, l’ostracisme et l’exclusion étaient, en plus de la corruption endémique, ce qui caractérisait les nouveaux régimes arabes au plus haut degré.

L’Egypte de Nasser

Jamal Abdenasser (1918-1970)

En Egypte, un coup d’état a été organisé par un groupe d’officiers proche du mouvement des frères musulmans. Cependant Djamel Abdenasser avait trahi le mouvement en rejetant, une fois hissé au pouvoir en 1956, l’idée de l’islamisation de l’Egypte au profit de celle d’un panarabisme radical et extrémiste. En d’autre terme, le panarabisme s’appelle aussi le nassérisme. Il avait réussi un début d’unification avec la Syrie mais ça n’avait pas tenu longtemps. L’Egypte de Nasser se rendra compte avoir mis les pieds dans le plat en s’impliquant dans le bourbier de la guerre civile au Yémen. Sa tentative de fermer le Canal de Suez lui vaudra l’attaque simultanée de la Grande Bretagne, de la France et d’Israël. Mais son succès d’avoir réussi à le nationaliser lui vaudra une grande admiration dans le Monde Arabe.

Action réaction,  Nasser, désormais, dans ses frustrations de nationaliste en panne de stratégie, n’avait pas trouvé mieux que d’expulser les citoyens des minorités non arabes, établis en Egypte depuis des lustres, parmi lesquels, au total ,un  demi million,  des Britanniques, des français, des juifs , des grecs et des italiens, qui étaient les principaux artisans   du business égyptien. Ceci provoquera la chute de l’économie du pays, qui, d’ailleurs, à ce jour n’arrive pas à se remettre au niveau où elle était.

Baathiste et panarabisme en action : l’inévitable catastrophe

Hafed al Asad

En Syrie et en Irak, les partis Baath respectifs,  séculaires et panarabes, établis par le chrétien syrien, Michel Aflaq, en 1947, prennent le pouvoir. En Irak le coup d’état d’Abdelkrim Qasim avait causé la mort du roi Faisal II et du premier ministre Miri Saïd. Saddam Hussein prit le pouvoir et instaura une dictature qui massacra les kurdes et la majorité shiite. Une année après son arrivée au pouvoir, en 1979, il se livra à une féroce guerre des villes contre l’Iran, suite à une dispute autour de la rivière frontalière, Chatt Al Arab, formée par la confluence du Tigre et de l’Euphrate .Une guerre très couteuse qu’il perdra en 1988. Ruiné, humilié et endetté, il envahit le riche Koweït en 1990.  En 1991, une coalition internationale dirigée par les américains le fait sortir du Koweït après une autre humiliante défaite. En Syrie, l’autre régime baathiste, de Hafed el Asad,  n’a pas été moins répressif que celui de Saddam. Il avait massacré  les frères musulmans,  soumettait à un strict contrôle la majorité sunnite, les kurdes n’avaient pas le droit à la nationalité syrienne ni, non plus, aux soins médicaux ou à un compte en banque. Son invasion du Liban a participé à mettre d’avantage le feu aux poudres  dans une guerre civile qui opposa  chrétiens contre  musulmans, sunnites contre shiites et chrétiens contre chrétiens. Ironie de l’histoire, le baathiste  Hafed al Asad  s’est allié contre Saddam, du coté de l’alliance internationale après avoir  auparavant  soutenu l’Iran shiite contre  l’Irak dirigé par la minorité sunnite.

En Algérie, le parti FLN au pouvoir voulant s’imposer en parti unique massacra en 1963 les berbères de Kabylie qui refusèrent  la dictature panarabe qui ignorait leur culture et leur identité. Une guerre entre l’Algérie et son voisin le Maroc éclata en 1975 à propos de l’annexion  par le Maroc du Sahara Occidental  libéré de l’occupation espagnole. A ce jour, le problème algéro-marocain persiste, et les frontières entre les 2 pays restent fermées.

Au Soudan, les tribus africaines chrétiennes et païennes refusent d’accepter la loi de la sharia. Le sud se lança dans un combat qui durera 40 ans, finissant par la division du Soudan et la création d’un état indépendant : Le Sud Soudan

La Libye du colonel Kadhafi, issu lui aussi du putsch  de 1969 contre le roi Idris, envahit le Tchad dont le but d’annexer la bande d’Aozou riche en pétrole. Tôt dans les années 70 il proposa une union avec l’Egypte dans laquelle l’égyptien Anouar Sadat sera président et lui-même ministre de la défense. Sadat refusa. Après les accords de  paix Israélo-égyptiens  signés  en 1979 à Washington entre le président Sadat et Menahem Begin, Kadhafi, très en colère, déploya  une attaque contre l’Egypte très vite neutralisée par l’armée égyptienne. Sadat sera  assassiné le jour du 6 octobre  1981, cette date  sera    déclarée  par Kadhafi comme fête nationale libyenne pour célébrer la mort du « traitre ».

La Somalie entre en guerre contre son voisin éthiopien mais échoue dans sa tentative d’annexer la région orientale de l’Ethiopie.

Dans son article de 1995  le professeur Saad Eddine Ibrahim écrivait que le monde arabe qui comptait pour   8% de la population  mondiale était responsable pour 25% de tous les conflits armés dans le monde depuis 1945. Ces conflits ont causé la mort de 2.5 millions de personnes. Les conflits internes et externes  dans le  « Monde Arabe » continuent toujours dans le sens croissant et le nombre de victimes à tendance à avoir doubler.

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