Kamel Hamadi et Mike Oldfield. Des goûts et des couleurs dans de larges limites

 KU vous souhaite un excellent week end en compagnie de ces variétés musicales sans frontières. La Terre tourne pour se mélanger tout en créant des differences. Protégeons-là et aimons ses artistes qui nous la révélent dans l’amour, l’art et la beauté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kamel Hamadi. Auteur-compositeur, musicien, chanteur, homme de théâtre

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Écrit par Hamid Tahri

Jeudi, 01 Juillet 2010 01:02

Le couturier qui taille des mélodies

« Tout art est une révolte contre le destin de l’homme. Il n’est pas une puissance, il n’est qu’une consolation ». Thomas Mann

Il a eu une enfance protégée, presque tribale. Ils étaient nombreux les gars de son village de Ath Daoud versés dans le textile et qui exerçaient le même métier de tailleur. Beaucoup ont émigré sous d’autres cieux plus cléments. « Même mon père Mohand Saïd, homme imposant et d’une grande rigueur maniait les ciseaux. C’était un couturier qui nous a transmis le goût du métier pour perpétuer la tradition. » Kamel, comme tous les jeunes, est passé par l’école coranique bien qu’il souligne avec malice qu’il a plutôt fait l’école buissonnière. A 14 ans, Kamel fait le grand saut en allant vivre chez son oncle à La Casbah d’Alger. Inutile de dire que son oncle, naturellement tailleur, l’initiera à la coupe et à la découpe, chose qu’il affinera à Saint Denis du Sig auprès des gens de son patelin installés dans ce village colonial, puis à El Hamri et à Bouguerat près de Mostaganem, avant de se fixer à Alger en 1953. Il était tailleur à Souk El Djemaâ aux côtés de Benkouar Mohamed, un gars de Médéa à qui il doit beaucoup.

« C’est là que j’ai connu Alilou, Boualem Rabia, Fethi Abdelkader. J’allais exprès dans les cafés pour voir les maîtres du chaâbi de l’époque, comme Hadj M’rizek et aussi Khelifa Belkacem, un chanteur immense, originaire de Bou Saâda. Tout en étant tailleur, j’écrivais des sketches pour la radio et je chantais tant et si bien que je ne pouvais plus me consacrer à la couture. Je n’avais plus le temps. »

Le tailleur devenu ciseleur de mots

Hamadi avait pris du galon au point d’être invité à Paris par la maison de disques Tepaz aux côtés de Guerouabi, Oujdi, Nora. « Radio Paris m’a retenu et j’y suis resté. » Il s’y distinguera par les célèbres chansons Yid-em Yid-em et Iheq n rekba. En 1960, Kamel convole en justes noces avec Nora à Alger. Lorsqu’il regarde dans le rétroviseur de sa vie, Hamadi en sort quelques séquences marquantes car, à l’évidence, de fil en aiguille, il s’est tissé un autre destin. A l’état civil, il s’appelle Larbi Zeggane. Son nom d’artiste, Larbi l’a concocté il y a plus de cinquante ans.

« J’étais un grand fan de cinéma. Je voyais les films égyptiens en vogue à l’époque. Je vouais une grande admiration à Kamel Chenaoui et Imad Hamdi. Je me suis résolu à prendre leurs prénoms. C’est devenu Kamel Hamadi. C’est aussi simple que ça. A l’époque, il n’était pas de bon ton de se dévoiler, surtout lorsqu’on fréquente le milieu artistique. C’était mal vu par la famille et d’une manière générale par les gens du village. Etre artiste c’était presque péché et mes parents ne devaient en aucun cas le savoir. » Kamel avait fait connaissance avec Slimane Azem, son idole, en 1953. Ce dernier logeait dans un hôtel à la rue de La Liberté à Alger, appartenant à l’oncle de Kamel. « On a sympathisé, il est devenu mon ami alors qu’il était presque inapprochable pour moi par sa stature et son immense talent. Pour vous dire, j’avais pour lui une estime respectueuse. Après, j’ai accompagné des vedettes de la chanson comme El Djamoussi, Slimane Azem, Amraoui, Doukali, Kaddour Cherchali, Abderrahmane Aziz, Khelifi Ahmed, Ahmed Wahbi, Blaoui et j’en passe ».

« Kamel est un touche-à-tout, c’ est un artiste éclectique, il a su faire chanter les arabophones en kabyle et les berbérophones en arabe », note le musicographe et ami de longue date de Hamadi, Abdelkader Bendameche et c’est là une performance à saluer. « J’ai réussi la prouesse de faire chanter Nora, mon épouse, en kabyle qu’elle ne parle pas, mais aussi Fadela Dziria, Hsissen, Driassa. Dans un autre registre, il y avait un monument du théâtre, Mahboub Stambouli, qui connaissait tout des œuvres kabyles sans parler cette langue. C’est vous dire qu’à l’époque il y avait une effervescence culturelle sans pareille et l’art était un. » modestement, Kamel dira qu’il est partout chez lui en Algérie, qu’il en est fier et que s’il y a une chose qu’il déteste par dessus tout, c’est le régionalisme. Sa sublime chanson Ana djazaïri, interprétée par Driassa, restera un morceau d’anthologie.

Caché sous un pseudo

« Quand j’étais jeune et décidé à faire carrière dans ce domaine, personne ne s’en doutait, surtout les gens de mon village. Même lorsque je suis devenu célèbre, ils ne le savaient pas. Mais un jour, la vérité a fini par éclater et mon père s’est fâché avec moi. On ne s’est pas parlé de longs mois durant, jusqu’à mon retour de Paris au début des années soixante. » Lorsque Larbi Zeggane a renoué avec son « identité », les sceptiques, les envieux et tous ceux qui considéraient son métier dégradant, notamment dans son village du côté de Yatafène, se sont ravisés, le considérant comme la fierté de la tribu en lui rendant des hommages appuyés qui le marqueront à vie. Il est vrai que Hamadi occupe une place incontournable dans le giron culturel algérien. Et son œuvre échappe à l’oubli car elle respire l’authenticité, la sincérité et reflète la marche inexorable des hommes à travers le temps et ses épreuves.

Kamel continue d’écrire et de composer avec acharnement, livrant une architecture poétique, jonglant avec les mots avec lesquels il sait tout faire et mettant en vers, avec beaucoup de talent, les idées qui trottinent dans sa tête. Et des idées, il en a une foultitude qui l’ont révélé à lui-même et qui magnifient l’amour des belles choses qu’il a su transmettre avec beaucoup d’élégance. Il a pu, grâce à sa persévérance, se frayer une voie originale, personnelle en se dégageant de toutes les voix qui parasitent comme les grésillements des anciens postes de radio. Son travail n’est pas facile bien qu’il ait appris à écrire, à phraser en s’imprégnant des œuvres des autres.

Des textes immortels

Il a écrit des textes éternels pour les plus grands, les plus doués de sa corporation. El Anka, Fadéla Dziria, Slimane Azem, Aït Menguelet, El Ankis, Noura et plus récemment il accompagnera les stars du raï, Cheb Khaled et Cheb Mami. Kamel est un rêveur. Il fredonnait des airs en vogue alors qu’il s’affairait à coudre. Les fables de la Fontaine qu’il a apprises par cœur à l’école, il les traduira en kabyle et les textes, ô combien émouvants de Slimane Azem éveilleront en lui des réflexes qui l’amèneront à les transformer en opérettes pour la radio. Celle-ci qui lui faisait déjà les yeux doux en était ravie…« Un jour, le grand maître de la chanson chaâbi, El Anka, m’a apostrophé à la radio où je venais de terminer une émission intitulée ‘‘Poèmes et mélodies’’, je tremblais, j’étais ému, c’était le temps de Cheikh Nouredine. El Anka dirigeait l’orchestre. Je sortais du studio. Il avait pris connaissance de mes écrits et m’a demandé si j’en étais vraiment l’auteur. Je lui ai répondu par l’affirmative. Gagné par le doute, il est revenu à la rescousse à deux reprises pour me proposer de lui écrire une réponse à la chanson Ya Abi, ya abi de son fils Mustapha. Quatre jours après, je lui ramène Ami azizen, qu’il lut attentivement. Visiblement, il était subjugué. Vous ne pouvez imaginer le bonheur qui m’a envahi lorsque je l’ai entendu la chanter. Il avait les larmes aux yeux, car c’était une chanson intime, un message profond d’un père à son fils. J’étais heureux et fier à la fois d’avoir suscité autant d’émotion chez quelqu’un que le milieu artistique tout entier portait aux nues. J’avais à peine 18 ans ! »

La longue marche de Kamel lui vaudra moult distinctions. La plus significative sans doute est sa consécration en qualité de chevalier de la Légion d’honneur décernée en 2008 par le président français Sarkozy. honoré par sarkozy « Je ne m’y attendais pas du tout, mais j’étais flatté. Notez bien qu’ils ont eu du mal à me dénicher du fait de mon nom d’emprunt, Kamel Hamadi, ne se trouve nulle part dans les fichiers de l’état civil. Finalement, c’est Aït Menguellet qui les a orientés vers moi. » Hamadi a été honoré le 5 juillet 1987 au Palais de la culture par le président Chadli, en 2002 par le ministère de la Culture et lors de la Journée de l’artiste à Tizi Ouzou. Très récemment, l’association des amis de la Rampe Louni Arezki lui a fait l’honneur de le recevoir au Palais El Minzah à La Casbah, près du quartier où il a vécu durant les années cinquante. La chanson actuelle ? Les jeunes s’escriment à chanter n’importe quoi pour ne rien dire. C’est devenu commercial alors qu’il y avait véritablement un milieu artistique vivant. Il y avait un filtre, et pour se frayer une place au soleil il fallait passer par des monstres sacrés comme Boudali Safir, Bouguettaya, Rezzoug…

Kamel révélera qu’il a aussi travaillé avec Amar Ezzahi, de son véritable nom Aït Zaï Amar, qui voulait se faire appeler Amar El Ankis. « Je l’en ai dissuadé. Il y avait déjà El Ankis. C’est moi qui lui ai choisi ce pseudo. » Il y a eu aussi la chanson de l’exil qui a joué le rôle de détonateur après avoir réussi à concilier les émigrés avec eux-mêmes. « La chanson algérienne, note Kamel, a joué un rôle extraordinaire au sein de notre communauté à l’étranger. Qu’est-ce qui faisait revivre les travailleurs après des heures harassantes de labeur éprouvant, si ce n’est la musique et la chanson qui les faisaient revivre avec leur langue, leur identité et leurs origines. Il y avait Salah Saâdaoui, Hasnaoui, Azem et un autre grand monsieur, Abderrahmane Laâla, hélas oublié qui a écrit un gros bouquet de chants patriotiques. La plupart des émigrés à l’époque travaillaient dans les mines. En plus de la solitude, ils étaient exposés aux maladies. Ils ne rentraient souvent au bled que pour mourir ».

Son complice et ami, le poète Benmohamed, reconnaît que Kamel a été un inventeur, un battant, un résistant, un révolutionnaire de la musique et de la composition. « Vous savez, à l’époque, être artiste était mal vu. C’était honteux d’avoir un chanteur dans la famille. Il fallait avoir une forte fibre artistique pour accepter de se dresser contre les siens. C’était un acte de révolte. Pourtant, avant, on donnait plus de force au texte sans tomber dans la vulgarité. Ce qui, hélas, est le cas aujourd’hui. Ce n’est plus le même état d’esprit. » Autres temps, autres mœurs…

Parcours :

Kamel Hamadi, de son vrai nom Larbi Zeggane, est né le 22 décembre 1936 à Ath Daoud, commune de Yatafen (Tizi Ouzou). Artiste prolifique du patrimoine kabyle et algérien, il a joué un rôle prépondérant dans l’émergence de plusieurs artistes qui deviendront des vedettes. Compositeur et interprète de chaâbi, Kamel joue aussi du luth. De Idir à Lounis Aït Menguelet, en passant par Djamel Allam, H’nifa, Nouara, Akli Yahiaten et la génération raï, Mami et Khaled notamment, tous ont croisé la route du maître bénéficiant de son influence et de son prestige pour les uns, de son génie créatif pour les autres. Slimane Azem pour la chanson, et Sacha Guitry pour le théâtre l’ont beaucoup marqué, dit-il. Kamel puise son inspiration dans les préoccupations sociales quotidiennes du peuple en appelant à la sauvegarde de l’héritage séculaire des ancêtres. Kamel vit entre Alger et Paris. Sa fille Majda est une styliste de grande renommée.

EL WATAN

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