L’acétone, ce composé chimique qui donna naissance à l’état d’Israël

   Les termes Diaspora et pogrom sont indissolublement liés au destin juif.  Diaspora est un terme qui

Theodor Herzl (1860-1904)

signifie ensemencement, dispersion. Ecrit avec une majuscule, Il s’applique à la dispersion des juifs par les babyloniens à travers l’empire de Babylone depuis la destruction du temple de Jérusalem par le roi de Babylone, Nebuchadnezzar, en 587 av JC.  Ecrit sans majuscule, Il est  synonyme d’exil ou d’exode, et  a pour antonyme « sionisme » qui signifie retour à la ville de Sion, qui est, selon certaines interprétations, l’autre nom biblique de Jérusalem. Le terme pogrom, quant à lui, est un terme russe qui signifie  extermination, dévastation. Sous la Russie tsariste, il désignait les   attaques contre les minorités juives, tuant tout ce qui est juif et détruisant tout ce qui représente leurs intérêts  et leurs symboles.

     Depuis le temps des croisades, les juifs ont subi des pogroms,  en France, en Allemagne et en Angleterre, qui leur  donnaient le choix entre la conversion au christianisme et la persécution par la mort ou l’exil. Même durant l’âge d’or de la culture juive dans l’Andalousie musulmane, les massacres de juifs avaient eu lieu, à Cordoue,  Grenade et  Fès.

    Dans l’empire de Russie, après l’assassinat  en 1881 du Tsar Alexandre II , connu aussi sous le nom d’ Alexandre Le Libérateur,  les juifs , par presse interposée, ont été désignés  comme les responsables à part entière de la mort de l’empereur sus-cité.  Au total, plus d’une centaine de pogroms  a été  recensée pour la seule année de 1881. Les conditions socioéconomiques défavorables mettaient à l’index la pratique de  l’usure  qui consistait à prêter avec des taux d’intérêts souvent exorbitants, ont favorisé le sentiment antisémite à travers l’empire russe. Cette pratique connue sous le nom de Riba chez les musulmans, très souvent interdite par l’église, est largement  pratiquée par les juifs à l’égard des gentils (non juifs), comme il est recommandé dans la Torah.  Ces persécutions, ainsi que l’affaire Dreyfus en France, avaient conduit à une large émigration des juifs vers  les Etats-Unis  et, aussi, à la prise de conscience de l’intelligentsia juive  sur la nécessité de  réfléchir sur la création d’un Etat juif, ce qui donna naissance au mouvement sioniste qui lança les premiers fondements de la nation juive lors du premier  congrès sioniste tenu à  Bâle, en Suisse, en 1897 sous la houlette du journaliste hongrois,  Theodor Herzl.

     Quand l’idée de créer un Etat juif est venue à la tête de Herzl, il alla solliciter l’aide des grandes puissances. Il se tourna vers l’Angleterre et rencontra Joseph Chamberlain, le secrétaire général aux affaires coloniales, pour l’installation d’une colonie juive en Afrique de l’est. Au 6eme congrès sioniste qui eut lieu de nouveau à Bâle  en 1903, Herzl proposa  à ses coreligionnaires le programme britannique de l’Ouganda connu sous le nom de Uganda Plan, comme un refuge temporaire pour les juifs de Russie en cas de danger immédiat.

   Quand Herzl  annonça que le plan de l’Ouganda n’allait pas affecter l’objectif final d’un état juif en terre

Chaim Weizman (d) avec le président americain Harry Truman (g)

de Palestine, ça a provoqué une telle tempête au sein du congrès juif, qui conduira à la division du mouvement sioniste. Herzl mourût en 1904, le  plan de l’Ouganda sera rejeté au 7eme congrès sioniste de 1905 car jugé impraticable par les anglais. Il n’y’avait, en Ouganda, aucune mémoire historique à laquelle on pouvait rattacher une nouvelle nation juive. Pour exister, une nation a besoin de mythes et, c’est ce point de vue que va défendre le scientifique sioniste Chaim Weizman qui avait trouvé en la Palestine un mythe idéal : celui de la Terre Promise.

    Après cet échec, Israël  Zangwill qui aimait appeler la Palestine une terre sans peuple pour un peuple sans terre, voulut, lui un petit morceau de pays pour les juifs, quelque part sur le globe terrestre là où ils pourront vivre en paix, en rapport avec  eux-mêmes et avec d’autres peuples. En prenant  le commandement du mouvement sioniste à la place de T.Herzl, il tourna son attention vers le Canada et l’Australie mais  sera contraint d’abandonner ces 2 destinations après de fortes protestations locales. Il se tourna, mais de nouveau, sans succès, vers la Mésopotamie (l’Irak), Cyrénaïque (Libye) et l’Angola. Des expéditions préalablement  envoyées sur les lieux n’avaient pas trouvé d’arguments valables pour l’établissement d’un état juif dans ces contrées. Le plan qui eut un succès plus ou moins notable fut  celui de Galveston, au sud du Texas, dans le golfe du Mexique, où 9300 juifs furent arrivés entre 1907 et 1914. Jusque-là, le mouvement sioniste se fut  égaré dans ses regains et pertes d’énergies  jusqu’au en 1917 où il connaitra sa première signification historique avec la fameuse Déclaration Balfour.

Acétone ou la subsatnce chimique qui fabriqua Israël

   Durant la guerre 1914-18, l’Angleterre, en pleine guerre contre l’ Allemagne, avait besoin, pour fabriquer ses munitions, d’une substance  chimique essentielle  appelee acetone qu’elle a, jusque là, importée d’Allemagne. Mais avec la guerre, l’Allemagne cessa de fournir cette substance aux alliés ennemis.Un terrible dilemme pour l’Angleterre qu’il fallait résoudre coûte que coûte. C’est alors que  David Lloyd George, alors ministre britannique des munitions, se tourna vers le chimiste  Chaim Weizman, un juif  sioniste de Russie qui était venu  enseigner  à l’ Université de Manchester, et qui se consacrait au projet de synthétisation de substances à partir de la fermentation bactérienne.

   De formule chimique (CH3)2CO, l’acétone est un liquide volatil, très fluide, très inflammable, clair et incolore à odeur caractéristique, à la fois âcre et aromatique. L’acétone est l’un des solvants organiques les plus utilisés puisqu’il dissout les gommes, les résines, les dérivés de cellulose, les graisses, les huiles et le caoutchouc. Les femmes le connaissent bien car  il est  utilisé dans l’industrie cosmétique pour le dévernissage des ongles. Dans le domaine militaire, il était utilisé pour la manufacture de la cordite, une poudre combustible, explosive utilisée dans la fabrication des munitions et notamment dans l’artillerie. L’acétone se synthétisait à partir des substances riches en amidon telles que la maïzena et la pomme-de-terre. Mais à cause des blocages au niveau des ports, ces 2 produits agricoles étaient devenus rares en Angleterre, y compris pour la consommation alimentaire. C’est alors que Weizman se tourna vers la châtaigne fortement présente en Grande Bretagne. Une forte campagne pour la collecte de ce fruit, désormais vital,  se déclencha au niveau des écoles et partout dans le pays pour ravitailler  de ce produit  les usines d’acétone nouvellement installées.

     C’est ainsi que dés 1916, le chimiste Chaim Weizman devenu le président de l’organisation sioniste,

Arthur Balfour (1848-1930)

réussît à doter la Grande Bretagne et les alliés de la quantité nécessaire d’acétone qui les conduira à la victoire finale contre l’Allemagne, en 1918. Il n’hésita pas à utiliser son nouveau statut de respectable scientifique pour exercer son influence au sein du cercle du pouvoir britannique dans le but de concrétiser ses objectifs politiques. A titre de reconnaissance, et pour services rendus à la Grande Bretagne et ses alliés, David Lloyd George, devenu premier ministre, en 1916, poussa à la réalisation du rêve sioniste de Weizman à savoir  la création d’un état d’Israël en Palestine. L’année suivante, en 1917, la déclaration Balfour eut  lieu.

    Déclaration officielle du 2 novembre 1917, sous forme de lettre, adressée par Lord Arthur Balfour (1848–1930), ministre britannique des Affaires étrangères (Foreign Office), à Lord Lionel Walter Rothschild (1868-1937) vice-président du Board of Jewish Deputies.

    «Cher Lord Rothschild,

   «J’ai le grand plaisir de vous adresser, de la part du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration suivante, en sympathie avec les aspirations juives sionistes; cette déclaration a été soumise au Cabinet et approuvée par lui. Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif, et il emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui porte atteinte aux droits civils et religieux des communautés non juives de Palestine ainsi qu’aux droits et aux statuts politiques dont les Juifs jouissent dans les autres pays. »

    En 1818, Chaim Weizman fut désigné à la tête de la Commission Sioniste envoyée par la Grande Bretagne en  Palestine pour faire connaissance avec le terrain devant accueilir la future Nation Juive et se renseigner consequemment sur les décisions à envisager. Il rencontra l’Emir Faisal, le leader du  Mouvement pour l’éveil de La Nation Arabe ; ils sont parvenus à un agreement  sur les futures relations entre juifs et arabes, mais qui n’a pas tenu très longtemps.

    En 1920 Weizman fut élu président de l’Organisation Sioniste. Des manifestations arabes contre l’occupation sioniste eurent lieu en 1921, 1929, et  1936 pour culminer en 1939.

   La proclamation de l’état d’Israël a été annoncée  à l’ONU  le 14 mai 1948, une journée avant l’expiration du mandat britannique.

    En 1949 la Knesset, la chambre des représentants de l’état d’Israël, élit,  à titre de gratitude, Chaim Weizman comme premier président de l’état d’Israël. Il mourût en 1952 en Israël, dans la ville de Renevot où il fut enterré prés de l’Institut des Sciences, qui porte son nom.

   Weizman insista sur la création d’un état juif en Palestine pour connecter les juifs à leur histoire ; Il fut très critique vis–à-vis de la forme externe de la diplomatie de Herzl qu’il qualifia de naïve et de destinée à l’échec.

Israël, un pays créé par décret avec un mythe comme argument

      La  Déclaration Balfour avait rencontré un très faible enthousiasme au sein des communautés juives d’Europe,  pour beaucoup d’entre elles, on ne pouvait pas créer un pays par décret. Mais pour l’élite sioniste il fallait y travailler à long terme, la fascination d’un peuple commence là où l’histoire et les mythes interférent dans un espace géographique donné. Mais, vis-à-vis du sens commun, comment revendiquer une terre  qu’on avait quittée il y’a 2000 ans sans violer le sens de l’histoire?

     En effet, les juifs avaient été conquis  par le romain Pompey  en l’an 63 av JC et n’ont pas eu le moindre vestige d’indépendance, depuis. L’empereur Romain Hadrien les a violemment  effacés en l’an 135 de l’ère chrétienne. Le peu de juifs qui ont  survécu, était resté en Palestine ou dispersé en Diaspora suite à ce qu’on a appelé la Grande Dispersion. Depuis ce temps, la Palestine a cessé d’être un état juif  jusqu’à ce jour. Pour ceux, pour qui l’argument sioniste de retour en Palestine est justifié, devrait être justifié, aussi, l’argument des indiens américains d’un retour des européens en Europe, le Sud Ouest américain doit  être retourné aux mexicains qui ne cessent de le réclamer à ce jour sous le slogan de la Reconquista, les francs doivent retourner en Allemagne et les arabes d’Afrique doivent rejoindre l’Asie. Sinon, si l’argument sioniste ne s’applique pas aux autres c’est qu’on est dans deux poids deux mesures. L’état juif a toujours été souhaité par des gens qui ont eu de la sympathie pour les juifs, mais aussi par tous les antisémites  d’Europe qui ont, de tout  temps, rêvé de voir leurs pays respectifs débarrassés  de la présence juive.

L’argument de Zangwill: non-religieux,  basé sur l’acceptance et la fraternité

    L’état d’Israël aurait peut-être mieux fait d’exister selon la formule de Zangwill qui supportait  l’argument humaniste ou géographique, « … un bout de pays quelque part, là où l’on veut nous le donner …», plutôt que sur l’argument religieux de la Terre Promise qui met une religion contre 2 autres. L’histoire nous a montré que les conflits géographiques, économiques ou même ethniques ont toujours eu une fin dans l’histoire mais  que les conflits religieux n’ont pas de solutions chez les mortels. Car confier ses  problèmes à un Etre Eternel  Abstrait que tout le monde revendique de la façon la plus abstraite qui soit  c’est les rendre insolubles, éternellement.

Pour les déspotes “arabes”, la guerre de Palestine serait une guerre bénie

      Les intellectuels palestiniens rapportent que plus de 400 villages ont été vidés de leurs populations arabes et des massacres ont été commis par larmée israëlienne. On cite, très souvent,  le massacre  de Kafr Qassem où 56 paléstiniens avaient trouvé la mort. Même si comparaison n’est pas raison, il est bon de rappeler ne serait-ce qu’à titre de mémoire  que lors du printemps noir de 2001,  en Kabylie, l’armée et la gendarmerie nationales algériennes avaient tiré sur la population kabyle qui revendiquait pacifiquement sa culture de la façon la plus légitime qui soit, tuant 126 personnes et blessant un millier d’autres. Mais, officiellement,  point de massacre pour les autorités sans coeur ni conscience pour le reconnaitre comme tel, mettant tout ça sous le tapis de l’histoire et  sur le compte d’une mauvaise humeur de gendarme en attendant de passer à l’agression suivante.

      Les dictatures “arabes” tuent chez elles plus que les sionistes en Palestine et osent dennoncer les crimes sionistes contre les palestiniens. Sans doute pour détourner l’attention de leurs peuples des tyrannies excercées  sur eux, ils s’acharnent à dévier vicieusement les regards vers ce qui se passe en Paléstine. Assuremment, pour eux, la guerre en Palestine est une guerre bénie et… pourvue que ça dure.

  L’état d’Israël est né d’une substance de guerre (acétone), dans une  situation de guerre (première guerre mondiale), il a dû faire la guerre aux arabes pour pouvoir exister sur une terre plutôt aride qu’il réclame après l’avoir perdue et quittée il y’a 2000 ans. De jour en jour, la haine de plus d’un milliard de musulmans s’abat sur lui, et contre lesquels il doit apparemment faire une guerre éternelle et sans répit, qu’il doit en permanence gagner pour pouvoir s’accomoder d’ une existence sans paix, en plein milieu d’un voisinage qui lui est radicalement hostile.

   C’est ça la terre promise? Alors là, drôle de promesse. Jéovah, le propriètaire de l’immobilier cosmique, n’aurait été ni juste ni généreux avec le petit  Peuple Elu. Attendre 5000 ans pour une terre sans eau et sans pétrole, et tant de souffrances, c’est vraissemblablement un bien menu frétin.

      Jéovah pouvait mieux faire.

Rachid C

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