COMME LE TEMPS PASSE VITE EN ALGERIE. 50 années après, je rencontre en France mon compagnon le Fidai


Contribution de Abdelkader BEN BRIK

50 années déjà ! En 1962 c’était une jeune indépendance, comme nous l’avons joué dans le film ‘’Une si jeune paix’’. A cette époque j’avais 12 ans et je résonnais comme un adulte, car on a bavé avec l’occupant, on connaissait les Fidas et les Moudjahidine, qui n’étaient d’ailleurs pas nombreux. Personnellement j’étais structuré dans le FLN, plusieurs fois je trimbalais dans mon cartable d’écolier les P.A des fidais et, un jour, en 1961, j’ai été donné par un algérien plus âgé que moi, je ne me rappelle plus s’il était un fils de traitre. Les militaires m’ont ramené au commissariat du  2ème arrondissement, il  y’avait plusieurs policiers, parmi eux,  un policier Algérien qui ma tabassé et insulté, alors j’entendais les flics français lui dire : assez ! Assez ! c’est un petit ! Le soir c’est mon père qui me rejoint au commissariat, il est arrivé menotté et accompagné de plusieurs policiers.

Le lendemain, moi et mon père ont nous a engouffrés dans le fourgon policier, direction le tribunal où le juge m’a mis en examen et relâché. Quant à mon père ,il a été transféré au 2ème bureau, Il a passé un mois de détention dans une petite pièce réservée au chien. A sa libération et depuis, il ne s’est jamais guéri de la maladie du froid qu’il avait attrapé dans la geôle du 2ème bureau. Il décéda quelques années après. Les seules justifications de sa participation à la Révoltions, sont les reçus des cotisations annuelles qu’il versait au FLN et sa participation aux activités patriotiques. Il n’a jamais obtenu la fameuse fiche communale, une médaille ou un diplôme qu’on remettait aux participants à la Révolution, il n’a jamais cherché à obtenir une licence d’un débit de boisson comme les autres « Moudjahidine » ni un numéro de taxi , ni une licence d’importation de véhicule, il savait qu’il ne l’obtiendrait pas, puisqu’il n’a pas obtenu le strict minimum garanti par la constitution qui est un logement décent. Encore il se retrouvait à l’indépendance et pendant 7 années avant sa mort au chômage. Si on pouvait, on mangeait une seule fois par jour c’était grâce à la solidarité d’un voisin.

A la nouvelle année de 1962, une convocation à comparaitre devant la cour, nous est parvenue le début du mois de février 1962. Devant le juge qui m’inculpait de destruction de biens de l’autorité Française en Algérie, j’ai uniquement entendu qu’on me condamnait à l’école réservée aux  délinquants et que mon père doit m’accompagner et revenir au tribunal avec un billet de réception. Mon père avait déclaré au juge qu’il a été « hébergé » pendant un mois dans les locaux du 2ème Bureau et depuis il est toujours malade en présentant un certificat médical.

Le lendemain ,mon père s’est résigné à me mettre dans la dite école, alors que l’OAS tuait dans les rues tous les Algériens sans aucune exception. Pendant ce temps les autorités d’occupation évitaient de pénétrer dans les quartiers populaires à densité Algérienne. J’ai eu la chance que le 19 mars fût la déclaration du cessez le feu. Alors je suis resté dans mon école primaire, un de mes instituteurs M. Zenadi était un fidai aussi, c’est lui qui, après l’indépendance a commis l’assassinat du premier ministre des Affaires étrangères Mohamed Khemisti. Il y avait aussi comme instituteur, l’actuel ministre de l’information M. Mehal , c’était tout à fait le début de l’indépendance, avant qu’il rejoigne le bureau de l’APS à Oran. J’ai connu aussi Mohamed Ouraghi, un fidai qui a tenté d’abattre le ministre Français Jacques Soustelle, et aussi  Francis Jeanson l’ami du FLN et patron des porteurs de valises. En 1987, j’étais le premier journaliste à publier en Algérie le récit complet des Porteurs de valises, dans le journal du Soir’’ El Massa’’  à l’occasion des festivités du 1er Novembre. Cependant dans son discours à cette occasion, le Président de la République, ne semblait pas accepter cette publication en disant : « La Révolution Algérienne a été réalisée par des Algériens, pas d’étranger, ceux qui écrivent que des étrangers ont participé à cette Révolution, se trompent »

Par contre, je me rappelle, que le policier algérien qui m’a tabassé,  habitait dans le même quartier que moi, il a été abattu par un fidai en quittant le commissariat vers 17 heures.  Quarante années plus tard, en 1999, alors que je me trouvais à la ville de Lyon en France, je fais la rencontre du fils de ce policier qui est devenu un père de famille. Il me raconta le motif de sa présence à Lyon, c’était pour inscrire ses enfants à l’université de Lyon 3, alors qu’il vivait toujours en Algérie et il avait bénéficié d’un truc commercial que même les fils de Chouhada n’en avaient pas bénéficié ! Il portait sur lui une carte d’identité française et une autre algérienne.

Encore, je fis la rencontre d’un ancien Fidai, rangé par la vieillesse, il ne m’ a pas reconnu de visage mais quand je lui ai rafraichi la mémoire en lui rappelant les cibles des traitres qu’il avait abattus et où passait l’arme PA utilisée à chaque opération, il m’a fixé droit sur les yeux en me disant ; « Ah l Moul  el cartable » ! Et moi j’ai oublié son nom, et nous, tous les deux, comme tant d’autres patriotes de ce pays, sommes relégués aux oubliettes. Mais mon ancien ami, malgré sa viellesse avancée, m’a donné un bon conseil : «  Fais attention, mon frère, les enfants des traitres qu’ont a abattus, sont aujourd’hui très forts et très puissants  et bien placés. Ne parle plus de cette P… de Révolution. Mais il y a une chose qui n’a pas changé en lui : c’est son appétit de lecteur de journaux. Rien n’échappe à sa voracité vigilante de lecteur aux aguets. Il lit tous les journaux et suit tous les sites internet et blogs. Ça lui prend des heures ? Et après ? Qu’a-t-on de spécial à faire dans un pays où le ridicule s’impose ? Il lit, il lit. Mais il ne comprend rien. Il avoue. Que se passe-t-il ? Il n’arrive pas à suivre, les choses vont trop vite. Leur rythme, chaotique, casse les schémas. Il  est tout content de me revoir.

D’abord, par amitié. Comme dirait Camus, je lis mon âge sur son visage. Je sais que nous avons été jeunes ensemble et que nous ne le sommes plus. La seule chose qui est restée en nous c’est l’amour de la patrie. Le lecteur qu’il est, a vu mon nom dans un journal. Il a été surpris de me voir après tant d’année journaliste  et que mes analyses éventuelles de la situation du pays ne peuvent être que justes. Je ne trouve pas de mots pour décrire ma gêne, voire ma solitude : allais-je lui avouer la vérité que je m’informe comme lui en lisant les infos  des journaux, lesquels journaux s’informent comme moi, en lisant d’autres journaux ? Allais-je lui dire, que le monopole de l’information n’est plus détenu par l’Etat mais par les éditeurs commerçants,  qui ne cherchaient que les sous de la pub ? Mais il doit savoir qu’on sait maintenant qui en a été faite et les dégâts occasionnés à la presse par les intrus. Cette mafia de la presse qui veut arriver à ses fins sur le dos des millions d’Algériens.  Tout de suite il me répond : Le monde à changé. Nous avons changé. L’Algérie doit changer. C’est dans un terrain vague, où tous les jalons ont été arrachés, qu’il faut se mouvoir, en inventant au fil de la marche une nouvelle façon de voir, de percevoir. Les vieux schémas ont amené la ruine.   Je sais qu’il lira différemment les journaux, à dater de cette discussion. Mais un peu plus d’amertume est toujours un peu plus de lucidité. Jamais une discussion ne m’a autant épuisé : Il n’y avait rien à dire après cinquante années ! Après cette rencontre, j’ai eu la confirmation que ni moi ni mon père n’étant les seuls oubliés de l’histoire. Quant à nous,  nous demeurerons toujours et à jamais amoureux de notre patrie qui est l’ALGERIE, sans pension, sans indemnité, sans certificat de reconnaissance, sans médaille et sans avoir deux témoins pour confirmer notre participation à la lutte Révolutionnaire. Nous dormons la conscience tranquille !

 

1 comment for “COMME LE TEMPS PASSE VITE EN ALGERIE. 50 années après, je rencontre en France mon compagnon le Fidai

  1. May 25, 2012 at 21:54

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