La mort réciproque

Je dormais sur la médaille bronze foncé

De son sein ferme et chaud

Que coiffait sa sauvageonne crinière

Le nuage qui mettait dans mon être

En guise de doux frisson

Un poème lyrique de soie

 

Ma tête posée sur son cœur

D’où coulait dru le battement

La pluie de sentiments

Qui tambourinait

Dans le portail de mes feux

Sur les lèvres charnues du lac

Où se saoulait, endormie,

Les yeux grands ouverts

Une pleine lune de juillet

Qui pleurait la lumière

Dans le ruisseau qui gazouillait

Des chants silencieux

D’origine minérale

 

Était-ce le baiser

Qui mit dans mes ailes

La plume sexuée de l’ange

Où la brise en chuchotis

Qui ridait le lac

Où pleurait encore la lune des morceaux de miroir

 

La larme m’atteignit

Pour mettre sur son écume

La mémoire pour que se souvienne ma chaire

Sache que je suis bien dans le réel

 

Je regardais dans ses yeux

Dans l’eau qui liquéfiait son âme

Une chandelle mettait le feu dans ses larmes

Ourdissait à son insu l’incendie

 

L’amour…

Tantôt pompier sauveteur

Tantôt pyromane

Qui éteignait son inextinguible envie

À coups d’incendies

Et de tempêtes qui tisonnent

Les moignons de la soif

 

Les mains douces autour de moi

Sculptaient dans ma tête

Et autour de moi

Une nuée plein d’être

Et d’absence

Flottant dans son apesanteur

 

À peine si j’avais quelque cheveu

Qui ne soit pas noyé dans le nuage

Juste assez pour me rendre compte

Que je renaissais

Ou naissais…

Car, plus tard

Comme avant de naître

Le souvenir ne se souvenait de rien

 

Le paysage absence

Une nappe de silence

Qui s’évanouissait assourdissante

Amnésique

Dans les limbes de ma (re)naissance

 

Je m’en souviens pourtant

Pas de mémoire peut-être

Mais de ce cri du silence

Qui parcourait encore en écho

Les montagnes et les vallons de mon âme

 

J’ai effrangé l’océan de son corps

Des vagues déferlaient d’attente

J’y ai rencontré des îles d’interdits

Un volcan d’espoir

Un continent d’espérance

D’où s’évapore une odeur suave

De fruit mûr

Le fruit mature

Qui pleurait sa soif sidérale

De crocs, de dents et de morsures

 

J’ai pris dans l’océan du feu

Armé juste de mon propre feu

Œil pour œil, dent pour dent

Flamme pour flamme

Je suis contre la peine capitale

Mais je suis pour celle

Qui donne la mort réciproquement

L’espace d’une guillotine de sentiments

 

Je suais comme la lame de la lune

Qui taillait toujours un buisson de lumière

Dans la nuit de ma revenue des cieux

Au su et au vu du clair de la lune

Je la devinais qui montait et serpentait

Marchait sur les œufs de son âme

Pour ne pas surprendre le cri

Qui ravirait la forêt à son étourderie

 

Elle criait intérieurement

Dans les rivières qui traversaient

Les champs de sa pudeur

Chaque fois qu’elle y fiait son cri

Elle en revenait lessivée, le souffle coupé

Comme après un exténuant labeur

Car, effectivement

Nous arrachions à l’honneur

Un peu de ce sang

Qui a bâti la tribu

Avec des murailles de tradition

Des guérites de piété

Et des soupentes d’interdits

 

Au départ elle était une femme

Au final un site, un paysage

Une ville, une île, un pays

Un continent au bord duquel

A échoué un clandestin

En quête du droit à l’amour

 

Elle s’est rhabillée comme un soleil

Qui a eu honte d’ainsi divulguer son trésor

Et qui fit appel aux nuages

En attendant que se dissipe son été

 

Car, de nudité habillée

Du moins à la fin de la féerie

Ton corps était incomparablement costumé

Il hurlait de féminité

 

Pourtant…

Rien ne vaut la lisière

Le moment ultime

Une ère charnière

Ta sortie du tissu

Dextre architecte

De ta nudité

 

Je m’en souviens

Pas de mémoire

De l’écho peut-être

Dans les montagnes de mon âme

Qui répercutent encore ton souvenir

Quand tu t’es rhabillée

La lune dormait maintenant

Dans tes yeux

Et n’avait jamais écouté autant le ruisseau

Qui gazouillait de son baiser

À la marge de la tribu

 

Partie, souriante

J’ai dégainé une cigarette

Pour allumer l’insomnie

De mon orgueil

Et irriguer l’oasis

Qui poussait désormais dans mon désert

 

Tu as souri davantage

Trop con la cigarette de l’homme

Qui se prend pour une reine

Qui revit dans le baiser

La guillotine de sentiment d’il y a à peine…

 

Le pas hésitant

Le cœur battant

Tu as défait le lit du paysage

Et tu as tracé vers cet horizon

Où coulait admiratif

Un lac rose et sang

Il se lavait déjà avec un rai de soleil

Qui se faufilait à travers ses blessures

 

Je suis resté sur la lèvre charnue du lac

Sur l’étang la lune cessait de ronfler

Chassée de son lit par le jour qui montait

Les rais giboyaient dans l’aurore

Même le lac paraissait vieillir

Son ventre était flasque

La poitrine en rides

Il ne se rappelait plus ses formes fermes

Sa peau qu’il cultivait de silence

Parfume de solitude et d’absence

Le ruisseau, le gazouillis

Avec la lune comme couverture

Était-ce vraiment de lui le chant

La musique qui puisait dans une fontaine céleste de notes?

 

H. Lounes

 

 

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