“A Madame de Montespan”, un poème qui a séduit la marquise… et la poètesse d’ un triste soir

Pierre Corneille (Rouen 1606-Paris 1684)
Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu’à mon âge 
Vous ne vaudrez guère mieux.

Marquise (définition Larousse):Femme qui prend des airs d’importance

Madame de Montespan

UNE FAVORITE INFLUENTE (1640-1707)

La Marquise de Montespan

Maîtresse de Louis XIV en 1667, la Marquise de Montespan rencontre le souverain peu de temps avant, à l’automne 1666. Arrivée au Château de Versailles grâce à Anne d’Autriche, cette favorite, redoutée des courtisans, jouit d’une grande influence sur la vie de la Cour. Passionnée par les arts et protégée par le Roi, elle occupe un appartement proche du sien avant d’être évincée par Madame de Maintenon en 1691.

Dans le jeu des favorites du Roi, l’une évince l’autre. Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, Marquise de Montespan, rencontre Louis XIV en 1666 qui tombe sous son charme. En 1674, elle évince définitivement Mademoiselle de la Vallière en devenant à son tour la favorite officielle du Roi. Ce dernier l’installe dans un appartement proche du sien et s’y ménage une entrée personnelle. Ils ont sept enfants, dont l’éducation est confiée à la veuve Scarron, future Madame de Maintenon. Six d’entre eux sont légitimés par le Roi en 1673.

La Marquise de Montespan s’impose dans la vie du Château. Sa cour « devint le centre de la cour, des plaisirs, de la fortune, de l’espérance et de la terreur des ministres et des généraux d’armée » note Saint-Simon dans ses Mémoires. Avec un goût prononcé pour le luxe et les arts, elle couvre ses murs de peintures et fait de son appartement « le centre de l’esprit » de la Cour du Roi. Sous sa protection, sont placés des artistes aussi illustres que Molière, La Fontaine ou le poète Philippe Quinault.

Mais après ces longues années de faveur, la Marquise de Montespan peine à s’opposer à ses rivales. Louis XIV l’éloigne progressivement de son appartement et de la Cour. L’habile Madame de Maintenon profite de cette disgrâce pour s’imposer. La Marquise, compromise dans la vaste affaire judiciaire des poisons et négligée par le Roi, se retire en 1691, dans le couvent de Saint-Joseph à Paris. Elle meurt en 1707.

http://www.chateauversailles.fr/history/court-people

A Madame de Montespan

La Fontaine (1621-1695)

L’apologue est un don qui vient des Immortels ; 
Ou, si c’est un présent des hommes, 
Quiconque nous l’a fait mérite des autels : 
Nous devons, tous tant que nous sommes, 
Eriger en divinité 
Le sage par qui fut ce bel art inventé. 
C’est proprement un charme: il rend l’âme attentive, 
Ou plutôt il la tient captive, 
Nous attachant à des récits 
Qui mènent à son gré les coeurs et les esprits. 
Ô vous qui l’imitez, Olympe, si ma muse 
À quelquefois pris place à la table des dieux, 
Sur ses dons aujourd’hui, daignez porter les yeux ; 
Favorisez les jeux où mon esprit s’amuse. 
Le temps qui détruit tout, respectant votre appui, 
Me laissera franchir les ans dans cet ouvrage : 
Tout auteur qui voudra vivre encore après lui 
Doit s’acquérir de votre suffrage. 
C’est de vous que mes vers attendent tout leur prix : 
Il n’est beauté dans nos écrits 
Dont vous ne connaissiez jusques aux moindres traces. 
Eh ! Qui connait que vous les beautés et les grâces ? 
Paroles et regards, tout est charme dans vous. 
Ma muse, en un sujet si doux, 
Voudrait s’étendre davantage ; 
Mais il faut réserver à d’autres cet emploi ; 
Et d’un plus grand maître que moi 
Votre louange est le partage. 
Olympe, c’est assez qu’à mon dernier ouvrage 
Votre nom serve un jour de rempart et d’abri. 
Protégez désormais le livre favori 
Par qui j’ose espérer une seconde vie ; 
Sous vos seuls auspices ces vers 
Seront jugés, malgré l’envie, 
Dignes des yeux de l’univers. 

Je ne mérite pas une faveur si grande. 
La fable en son nom la demande : 
Vous savez quel crédit ce mensonge a sur nous. 
S’il procure à mes vers le bonheur de vous plaire, 
Je croirai lui devoir un temple pour salaire : 
Mais je ne veux bâtir des temples que pour vous. 

(Jean de La Fontaine)



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