Hymne aux harragas de la mer et de l’amour (Mise à jour)

Né Abdelaziz Arbaoui, il sera surnommé Stati (setta) à cause du 6eme doigt qu’il porte sur sa main gauche.Ce berbere natif de la région d’ Eldjadida est incontestablement le master des ambiances éléctriques de la musique chaabie marocaine. Il chante droit dans les coeurs le coté lugubre de la vie telles que les amitiés trahies et les amours violés ou asynchrones.
Ici, Abdelaziz Stati rend homage aux harragas tout en les avertissant que le nauffrage à l’autre rive est parfois aussi cruel que celui en Hautes Mers.  Autrement dit, gare à  la loi du retour… les mains vides.

 

Pierre de Marbeuf (1596-1645), poète français.

Pierre de Marbeuf est né en 1596 à Sahurs dans la Seine-Maritime.
Elève du collège de La Flèche où il a été le condisciple de Descartes, le chevalier Pierre de Marbeuf est juriste de formation. Il exercera aussi la fonction de maître des eaux et forêts comme Jean de La Fontaine.
Son Recueil des vers est publié à Rouen en 1628. Auteur de sonnets baroques, il met en œuvre les thèmes de la nature, de la fragilité de la vie et de l’amour. Connu tardivement, il est apprécié non seulement pour ses qualités de poète, mais aussi pour ses talents satiriques.
Recherchant la perfection, il joue avec les mots et les sonorités dans un style baroque.


Et la mer et l’amour

Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

Pierre de Marbeuf

L’Arche de Noyés

Une crique clandestine 
Dans un pays en sursis 
Une barque incertaine 
Qui miroite comme l’espoir 

Dans le silence nocturne 
Des silhouettes sans passé 
Monnayent leur lendemain 
A un passeur balafré 

Une femme serrant son bébé 
Un vieillard serrant son coran 
Un enfant serrant ses dents 
Et même un chien serrant son néant 

Et tangue tangue la barque 
Sur une mer de vomis et de peur 
Et s’approche s’approche le rivage 
Mirages enfin à assouvir 

La femme sauvant son bébé 
Le vieillard mourant en paix 
L’enfant grandissant comme enfant 
Et le chien gouttant à un câlin 

Est-ce le déluge ou la foudre 
Epaves de barque en dérive 
Sihouettes du déséspoir à vie 
Aspirées par les profondes abysses 

La femme ne serre plus son bébé 
Le vieillard ne serre plus son coran 
L’enfant ne serre plus ses dents 
Mais le chien ressombre dans son néant

Au petit jour sur une rive lointaine 
Un pécheur découvre sur le sable un bébé 
Un bébé que ne serrera plus sa maman 
Sa maman qui ne saura jamais
Que son bébé est enfin sauvé 

A tous les Harragas, les déséspérés de leur propre pays qui espèrent atteindre clandestinement l’Etoile Inaccessible.

Barek ABAS – Béjaia, le 26 Novembre 2010.

 

 

 

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