Dualité entre un brave chroniqueur et un chasseur de “menus larbins”

Si vous êtes journaliste et que vous êtes invité par monsieur Yasmina Khadra à un quelconque dîner  en votre honneur, soyez averti  de lire entre les cuillères qu’il obtient de vous, conformément à la tradition bédouine, l’immunité à  la critique par les liens, désormais, scellés par le sel (el melh).
 Au commencement, il y avait un prix décerné par le souverain du Bahreïn à notre talentueux écrivain. Quelques mois plus tard c’est la révolte au Bahreïn. Notre écrivain est désigné à aller y faire l’état des lieux. Comme il est  trimballé d’un palais à un autre, d’un “5 étoiles” à un autre, il nous revient avec un rapport aveugle sur la rue, en phase avec le discours royal, niant toute forme de persécution des autorités sur les masses qui manifestent ; ce qui a déçu beaucoup de monde au sein duquel se compte  son ami, le chroniqueur Kamel Daoud, qui lui consacra une chronique le mettant amicalement en garde contre le risque de ternir un tel talent à force de le disposer aux talonnades royales. Mais comme le chroniqueur  s’était fait inviter, une fois, à diner chez l’écrivain, il s’est  retrouvé, aux yeux de celui-ci, en violation avec le contrat de sel, et, donc, à faire face à une réplique en artillerie verbale d’une violence surprenante de la part de son ami- ex militaire- chasseur- de- terroristes, magistralement reconverti, via son talent d’écrivain, à la chasse aux menus larbins. Visiblement surpris  par la violence de la réponse de son ami Y Khadra , K  Daoud lui réplique magistralement bien et dans le sur-mesure . Façon de lui dire, toi que les souverains envoient aller voir si la révolte est  ailleurs, si tu me cherches, tu me trouves. Le sel est un élément culturellement trop humble pour servir d’élément de base à  la cuisine de la corruption intellectuelle qui te nourrit fort bien le long de ton chemin de roses où sont entrain de t’ abandonner ta notoriété et  ta gloire.

C’est Indigne, monsieur Khadra !

Par Kamel Daoud

La jeune Ayat EL Ghermazi est (était) âgée de 20 ans. Elle écrivait de la poésie et elle est morte après avoir été violée par une dizaine de soldats. Où ? Au Bahreïn. Dans ce pays, la répression des manifestations a été sanguinaire, féroce, inhumaine. Les manifestants y sont condamnés à mort, poursuivis jusque dans les hôpitaux, surveillés et stigmatisés. Les médecins qui soignent les blessés ont été arrêtés, « disparus », radiés. Pour sauver sa monarchie, le roi de l’île a usé du pire : d’abord coller aux Bahreïnis en colère l’étiquette de mouvement chiite manipulé par l’Iran, les confessionaliser, puis les frapper avec une armée importée, « le bouclier de la péninsule », mercenaires saoudiens venus au secours pour stopper l’effet domino dans la région. Les monarchies se devaient, en effet, d’être solidaires contre leurs peuples de crainte de subir les révolutions qui secouaient les « républiques » arabes. Personne n’a été dupe, mais le monde se tait, par complicité de crime…utile.

Sauf que la stratégie de la famille régnante au Bahreïn ne se limite pas à frapper, torturer, importer des soldats pour sous-traiter la violence et jouer sur les images et les « dialogues ». Elle s’étend aujourd’hui au marketing international. Matchs en Palestine, promesse de festival et largesses. Dans ce cadre, Yasmina Khadra, l’écrivain algérien, vient de révéler qu’il va être destinataire du prix littéraire du ministère de la Culture Bahreïni. Dans un entretien accordé à notre confrère « Liberté », il parle de la récente distinction par l’Académie française qui honore les lettres algériennes et qu’il qualifie par une phrase étrange et d’une abyssale psychologie : « L’Académie française me rétablit dans mon intégrité d’homme et de romancier ». On aura compris pour l’œuvre, mais « l’intégrité d’homme » restera un mystère.

Le sujet de la chronique n’est pas celui-là cependant. Le chroniqueur est de ce qui ont connu cet homme et qui en admire l’autodidacte infatigable, le don féroce et tenace, la capacité à tenir face à l’adversité médiocre et le talent immense pour donner vie à des mondes entiers et des âmes imaginaires. Il en a croisé l’œuvre et le chemin et « le sel ». Il en garde du plaisir pour les livres et un peu d’un malaise montant pour l’homme. Dans les couloirs du pays, le caractère de Yasmina Khadra passe mal en effet. On s’amuse un peu de sa mégalomanie mal contenue et de son personnage un peu étonnant : procès permanent de la France mais choix d’y vivre, critique épisodique du « système algérien » mais choix de le représenter et d’en être salariéetc. Les détracteurs de l’homme qui ne lui pardonnent pas, certains son talent, d’autres sa défection au modèle de l’écrivain algérien engagé et du côté du peuple, sont nombreux mais restent polis. Yasmina Khadra a fait de son sport de réponse « aux ennemis », une constante dans ses sorties publiques et a fini par un peu agacer sans qu’on ose le lui dire en face. Beaucoup préférant ainsi parler de son œuvre et se souvenir de ses écrits, pas de ses paroles. C’est un tout et il faut pardonner à l’homme les caprices de son talent.

Pour cette fois cependant, et malgré le risque de provoquer une susceptibilité devenue légendaire, il s’agit de dire une déception et une colère. Lire ce grand romancier défendre le Bahreïn d’un Roi comme un dépliant de touriste est scandaleux. Le chroniqueur fera donc fi d’une sorte de politesse, pour dénoncer un scandale : ce prix offert à Khadra par les Al Khalifa, n’en déplaise à celui qui tente de voir dans la révolution des Bahreïnis « un effet collatéral », sera donné par une main qui a tué, qui a torturé et qui emprisonne. Se faire l’avocat du roi en qualifiant les opposants d’intégristes est une méconnaissance, sinon une simplification calculée de ce qui se passe dans ce pays. Il ne s’agit pas d’un prix mais d’un argent sale, destiné à payer une nouvelle image de la monarchie et s’assurer des fréquentations qui feront oublier le sang et les crimes et la terreur qui y règne encore. Car malgré ses analyses tièdement favorables, on sent encore chez Yasmina Khadra ce malaise face au « populaire » des révolutions arabes. Chez nous, en Algérie, et le chroniqueur le sait de famille, la distinction entre militaire « Gens de l’Etat » et le civil est « historique ». D’ailleurs, on ne dit pas « civil »/madani, mais « châabi », c’est-à-dire populeux, populaire, plébéien presque. Cette géographie mentale, Khadra en est encore victime apparemment dans son malaise face à ce qui se passe dans le monde arabe, son excès de prudence et sa façon de tenir le bâton par le milieu. Sauf que dans le cas du Prix bahreïni, la limite est dépassée et le chroniqueur ne peut qu’en parler, par déception, par « amitié » et par colère. Voir un talent immense se gâcher par des complicités de crime ne peut que provoquer la colère.

Comment cet homme qui a le don d’une formidable intuition du réel peut-il être aussi naïf ? Qui espère-t-il convaincre à propos de ce prix, sauf lui-même ? La défense de la Monarchie que Khadra a longuement développée dans le journal « Liberté », est scandaleuse, immorale et d’un simplissime qui étonne. La quête d’un nouveau marché ne justifie pas que l’on marche sur des cadavres, même pour les quelques heures d’un repas avec les Al Khalifa. Pourquoi cet écrivain immense qui a le monde, se vend-il pour sauver la monarchie d’une île ? On ne sait pas. Restera seulement une évidence : les personnages de Khadra ont ce formidable souci de la vérité et de la responsabilité des actes que lui n’a pas souvent. Et qu’on n’aille pas voir dans ce cri une preuve des jalousies horizontales des Algériens et des Oranais. C’est un cri du coeur et une colère. C’est une indignation.

Ayat a été violée et tuée au Bahreïn pour un Poème, Khadra y va pour un prix.

Source : Le quotidien D’oran

Réponse De Yasmina Khadra

Il est des gens qui, si on venait à étaler sous leurs yeux toutes les splendeurs de la terre, n’y verraient que leur propre laideur. La nuit est en eux. Telle la Vallée des ténèbres, le cauchemar officie jusque dans le cadet de leurs soucis. Un peu comme les vautours attendant la curée, ils fourbissent leur bec nauséabond pareils aux bourreaux leur hache et guettent le moindre remous pour sévir…..
Ils sont le tort claironnant, la mauvaise foi en marche, et ils charrient dans leur sillage la misère mentale de toute une nation. Et lorsqu’ils s’attaquent aux baobabs, ils se veulent bûcherons tandis qu’ils ne sont que des termites. Ainsi court le monde à sa perte. Votre indignation tonitruante me déçoit, monsieur Daoud. J’ai du chagrin pour vous. Le seul journaliste que je recevais chez moi, le SEUL, c’était vous. Je croyais avoir trouvé dans votre pugnacité de la probité. Je me rends compte que je me suis trompé. Ainsi, c’est tout ce que vous avez retenu de mon entretien dans Liberté : le prix bahreïni, le prix maculé de sang, et un probable marché à conquérir ? Je ne suis pas un homme d’affaires, je suis romancier. Si je voulais l’argent, jamais je n’aurais accepté de diriger le Centre culturel algérien à Paris pour vous défendre, VOUS, et tous ceux en qui je crois. Je suppose qu’être Algérien, c’est être parfois daltonien. Vous vous octroyez le droit de donner des leçons à vos maîtres et vous ne les retenez pas. Parce que vous disposez d’une tribune, vous vous élevez au rang du despote et vous déversez votre fiel sur ceux que vous n’égalerez jamais. Ni en intégrité ni en labeur……
La manipulation, la désinformation qui a réduit notre pays à un dépotoir interlope, à un coupe-gorge et un vivier de la barbarie ? Je vous croyais aguerri, alerte, et vous réagissez au quart de tour comme une bombe artisanale…….

Aucun pays n’est parfait. Surtout lorsqu’il a le malheur d’être riche. Et d’être convoité par des prédateurs de tout poil. Et puis, laissez-moi le temps de rentrer de Manama. J’ai dit dans Liberté que j’allais m’y rendre pour comprendre ce qui s’est réellement passé. Ne soyez pas impatient de me clouer au pilori. Généralement, ce genre d’inimitiés est un plat qui se mange froid. Mais je parie que vous n’auriez pas tenu une minute de plus pour sortir votre tronçonneuse et me tailler un costume en sapin à la manière des croque-morts. Quelle pitié ! Voyez-vous, cher ami, contrairement à vous, je ne prends pas pour argent comptant ce que racontent les médias. Je réfléchis là où vous réagissez de façon épidermique, voire haineuse. Pour votre gouverne, j’ai reçu le prix bahreïni, il y a des mois déjà. Ce sont les événements dramatiques récents qui ont reporté la date de son attribution. Je connais la région, et je sais au moins de quoi je parle. Contrairement à vous.

En réalité, ce n’est pas le prix bahreïni qui vous chagrine, mais vos propres frustrations. La preuve, ce trop-plein de reproches contenu dans votre chronique digne d’un parano. Sincèrement, je m’attendais à un SMS de félicitations de votre part, comme j’en ai reçus de partout. Mais vous avez choisi de gâcher l’un de mes rares moments de satisfaction. Il s’agit pourtant de la plus haute distinction littéraire, le seul à être conjointement attribué et par l’Académie française et l’Institut de France; je suppose que vos œillères ne sont pas assez larges pour l’entrevoir. C’est bien beau de s’attribuer le beau rôle. Surtout lorsqu’on dispose d’un bout de papier dans un journal. Sauf que ça se passe sur le terrain, cher Daoud. Et je suis un homme de terrain. C’est précisément cette connaissance, cette lucidité, cette quête de vérité qui a fait de moi le romancier que je suis. Vous faites des vagues dans un verre d’eau, monsieur Daoud. Un proverbe algérien dit : « Si je ne te connaissais, mon rot, je te prendrais pour un coup de canon ». Par ailleurs, j’ai écrit : « En tout peuple, il y a ceux qui relèvent de la race et ceux qui appartiennentà l’espèce. Les races font d’une lueur une torche, et d’une torche un soleil. Les espèces crient au feu dès qu’elles voient un semblant de lumière au bout de leur tunnel. Mais il existe une troisième catégorie d’énergumènes plus ancrée dans la gangue originelle, une gent aussi vénéneuse que les champignons et aussi farouche que les fauves. Cette gent ne relève ni de la race ni de l’espèce, à peine trouverait-elle une case dans« la flore et la faune ». Je vous laisse le soin de vous caser, monsieur Daoud. Et dites-vous que l’abus n’est que le privilège des insignifiants. Je regrette seulement que cette diatribe hautement tendancieuse vienne de quelqu’un que je comptais parmi mes amis et parmi les écrivains que j’ai le plus défendus…..

Je tiens à apporter un démenti catégorique, quant à vos allégations qui ont donné pour morte la jeune poétesse Ayat El Ghermazi. Cette personne n’a été ni violée ni assassinée. Elle est VIVANTE. Condamnée à 1 an de prison, elle a présenté récemment ses excuses à la télé bahreïnie. Raison pour laquelle j’ai accepté de me rendre à Bahreïn. J’ai déjà plaidé sa cause auprès des plus hautes instances du royaume. Je vais à Manama pour demander sa libération et, dans la mesure du possible, surseoir à l’exécution de 2 condamnés à mort, auteurs de l’assassinat de policiers. Eh oui, cher Daoud, je ne vais pas à Bahreïn pour établir un cahier de charges, mais pour des causes beaucoup plus nobles. Vous auriez pu m’appeler avant de me fustiger. Ca vous aurait évité d’écrire n’importe quoi.

Yasmina Khadra

Réponse de Kamel Daoud

Ambassade du Bahreïn à Paris pour bien souligner le caractère de tirs groupés, mise au point tonitruante, débarquement d’alliés. Il ne manquait plus, hier, en réponse à l’indignation du chroniqueur, qu’un bataillon du «bouclier de la péninsule» envoyé par les Saoudiens. L’ambassade y confirme qu’une poétesse Bahreïni a été arrêtée parce qu’elle a dit un poème contre la monarchie et Yasmina Khadra ajoute qu’elle a présenté ses excuses à la télé du Roi (sachant ce que valent les excuses télévisées sous les dictatures). Pour les autres morts de la place de la Perle, et bien ils sont morts. On aurait pu s’arrêter au comique de la situation d’un écrivain de talent qui explique qu’il va au Royaume des Al Khalifa pour faire ce qu’il ne fait pas dans son pays : libérer des prisonniers, enquêter sur des atteintes aux droits de l’homme, rétablir la vérité et demander des grâces. Sauf que la lecture de la réponse de Khadra est intéressante du point de vue de la psychologie : s’y confirme cet étrange paradoxe entre un écrivain doué et un personnage qui bascule sans effort dans la paranoïa devenue naturelle.

Tout ce que vous pouvez dire de Khadra à Khadra, il le prendra pour une attaque personnelle, une traîtrise et une jalousie. Le vocable de ses réponses aux «détracteurs» ressemble d’ailleurs aux pires paroliers des chanteurs Raï : on y retrouve le mauvais œil, la dénonciation des «jaloux», la plainte et la solitude de l’incompris. Khadra croit que l’amitié est une forme d’allégeance et croit que toute critique de son œuvre est la preuve qu’on le jalouse.

En Algérie, comme ailleurs, le personnage reste admiré pour son talent mais fait rire à propos de ses croisades de ventilateurs. On aime le lire mais sa course à la reconnaissance est devenue agaçante. Il est devenu impossible de parler de cet homme et de son œuvre sans qu’il vous charge et vous pend haut et court. Dans les milieux de presse ou du monde de l’édition, rares sont ceux qui n’ont pas eu droit à «sa réponse» systématique, dénonçant la jalousie et l’œil des envieux. Khadra entend des coups de feu partout, voit bouger les buissons comme à l’époque de la guerre et soupçonne de traîtrise tout ceux qui disent non à son délire.

Pour la réponse d’hier, le chroniqueur est encore étonné par sa violence, sa grossièreté et sa méchanceté disproportionnée. On y est presque forcé de croire que Khadra répond à un cauchemar personnel, un ennemi intime et pas à une critique. Les mots y sont grossiers, les explications oiseuses et le procès du chroniqueur d’une rare violence. L’exercice de liberté est donc impensable dans l’univers de cet écrivain : on y a droit à deux postures : le garde-à-vous ou le procès. Dire ce que l’on pense dans sa proximité est le signe d’une trahison. Ecrire que cet homme a tort est la preuve d’une embuscade. L’attitude de cet homme fait rire en Algérie mais peu osent le lui dire en face. C’est ce qu’a fait le chroniqueur au nom d’une ancienne amitié qui ne doit pas être confondue avec basse allégeance.

Le chroniqueur ne croit pas à l’immunité qu’impose le copinage. Il s’est donné cette liberté de parler du pays et des siens sans recourir à l’insulte, à la haine ou au compromis. Une liberté que Khadra n’arrive pas à concevoir, ni à admettre, ni à imaginer : enfant d’une sévérité mutilante, il continue de confondre guérilla et critique, livres et victoires militaires, médailles et talent.

Le chroniqueur, dans son indignation à propos de cet écrivain, a essayé de garder la mesure et les bonnes manières et d’expliquer qu’il s’agit d’un devoir que d’attirer le regard d’un homme sur le risque du comique de sa posture. Le chroniqueur a usé de la phrase la plus neutre et de la mesure la plus proche de la justesse pour parler de cet homme, sachant qu’il allait se heurter à une susceptibilité légendaire et à une violence habituelle chez cet homme qui ne conçoit ni la liberté des autres, ni leur libre critique, ni leur indépendance en dehors de son univers ou contre son univers. Cela n’a servi à rien. Si vous dites du bien de Khadra, Yasmina en sera jaloux. C’est un univers clos. On ne remerciera peut-être jamais les divinités d’avoir fait en sorte que les personnages de Khadra sont meilleurs que sa personne. Si tous lui ressemblaient, on aurait eu droit à quelques bons «livres verts» à lire sous la menace et pas à de bons romans. Mais passons.

Il faut remercier aussi le destin : avec un président pareil, le chroniqueur aurait pourri dans les prisons du pays pour une seule chronique. Monsieur Khadra, réveillez-vous donc : arrêtez de courir après les prix, arrêtez de croire que personne ne vous aime, arrêtez de promener cette haine de soi par le biais de la méfiance envers vos compatriotes. Acceptez la liberté des autres, leurs efforts et leurs différences. Essayez de ne pas être le centre du monde et votre monde deviendra plus grand. Le chroniqueur dit ce qu’il pense et l’écrit. Sur vous, vos employeurs ou vos «maîtres», pour reprendre votre lexique féodal. Cette liberté, ce n’est pas vous qui la lui enlèverez : il n’y a pas de dictature en littérature, pas de casernes.

Ce bout de papier, comme vous écrivez, est un bout du pays. Et cessez, enfin, de vous plaindre : vous excellez tellement dans les chagrins imaginaires que peut-être vous devriez vous intéresser à écrire des chansons d’amours passables. Vos explications sur votre voyage au Bahreïn ne tiennent pas la route, et vous le savez. Vous vous battez pour la vérité au Bahreïn ? Revenez donc au pays et faites-le ici où il y a des harcelés, des immolés et des battus : on cotisera tous, peuples et pauvres pour vous offrir un prix. Vous les aimez tant ! Pour le reste, le chroniqueur refuse toutes les dictatures militaires ou pas.

Le pays est libre, l’armée ne fait plus de politique officiellement. Elle ne fait donc pas de la littérature. Vous êtes un civil depuis des années Monsieur Khadra, détendez-vous. Pour le reste, prenez un peu de la hauteur : l’histoire des pays arabes est en train d’être faite par des gens qui meurent, des sacrifiés, des jeunes et des hommes de courage. Choisissez votre camp et surtout votre mesure : c’est un Royaume pour les humbles et pas pour les vaniteux. Allez au Bahreïn des Al khalifa, nous, on attendra de le visiter quand il n’y aura plus d’apartheid.

Kamel Daoud

http://www.algerie-focus.com/2011/06/29/cest-indigne-monsieur-khadra/

 

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