Réponse de Brahim Ait Ahmed à Salima Ait Mohamed

Cette affaire de piratage et d’harcèlement, Salima dit en avoir souffert depuis, à peu près,  2 ans. Mais c’est seulement depuis l’été dernier qu’ elle avait décidé de la rendre publique. D’ abord en petites doses, elle en avait parlé brièvement sur son mur  face book qui, selon elle, était en permanence piraté , surveillé et perturbé; puis, tout d’un coup, comme par débordement de vase, elle annonce  sa contrainte de quitter  momentanément  ses amis cybernétiques leur  promettant de revenir,le moment opportun, avec plus de poésie. Le 27 Novembre 2011, elle réapparait dans le journal Siwel dans un article intitulé des menaces pèsent sur  l’écrivaine kabyle Salima Ait Mohamed. Cet article a été repris sans commentaire par KabyleUniversel  par solidarité pour la poétesse. Le 25 février  2012, Salima s’exprimant longuement sur KabyleUniversel, dénonce sans le nommer son hacker qui, selon elle, travaillerait pour le compte des services secrets  algériens.  Se sentant visé et injustement accusé, Brahim Ait Ahmed, puisque c’est de lui qu’il s’agit, décide de briser  le silence et de répondre aux accusations, selon lui, gratuites et  infondées de Salima, à travers un email qu’il nous avait directement destiné et que nous publions ici-bas à titre de droit de réponse.(admin)


Le sens de la mesure

Nous observons avec bonheur en France, en Allemagne, aux Pays Bas, au Canada, aux USA …. Partout dans le monde ce foisonnement de structures qui nous rassemblent et donnent un sens à notre existence en tant que kabyles et amazighs et comme nous le rajoutons souvent « fier de l’être » ! Nous sommes de plus en plus nombreux à participer à cet élan de vigueur qui est en train de porter notre culture vers un avenir meilleur. Certains y vont avec leur habileté manuelle, d’autres  mettent à son service leurs talents dans la création artistique, littéraire, cinématographique ou autres. D ‘autres enfin participent à cet impulsion pour la renaissance de tamazight par un militantisme simple classique mais combien indispensable et nécessaire. Tous participent à cet entrain dont le but ultime est de redonner à notre peuple une digne place parmi les autres peuples du monde.

Si donc il y a un réel engouement pour notre culture force est de constater que nous sommes encore loin, très loin du compte à tous les niveaux et sur tous les plans, productions culturelles en tous genres, statut de notre langue, reconnaissance politique de notre identité kabyle et amazigh de notre implantation géographique… Si nous en sommes encore à ce stade ce n’est pas seulement de notre fait et j’aurais même tendance à dire que c’est surtout à cause de l’adversité à laquelle nous avons toujours eu à faire face. Cette adversité porte aujourd’hui un nom : l’arabisation au sens large du terme c’est à dire pas seulement par l’usage de la langue arabe au détriment de la nôtre mais aussi par l’adoption d’un mode de vie et de valeurs culturelles portées par cette langue et qui sont issus des sociétés de la péninsule arabique.

Les racines de ce processus d’arabisation sont bien lointaines dans notre histoire. Elles remontent à l’arrivée de l’islam en Afrique du Nord. Mais si des siècles durant notre peuple a su s’adapter à l’implantation de cette religion parvenant ainsi à préserver l’essentiel de sa culture et de son mode de vie au prix parfois de quelques compromis avec les porteurs de la parole d’Allah notamment le repli dans certaines zones géographiques ou encore la gouvernance partagée sur les territoires conquis par l’islam par constitution de dynasties musulmanes proprement berbères, la traduction du coran en berbère, etc. La version moderne de ce processus est bien plus dévastatrice sur notre culture et la menace qui pèse sur son sort bien plus sévère et son sort bien plus dramatique.

En effet la menace que fait peser sur notre identité et notre culture notre arabisation forcée orchestrée par des pouvoirs qui se sont imposés en Afrique du Nord à l’issue de la guerre d’indépendance se mesure en termes de milliards de dinars consacrés à l’arabisation du système éducatif et de la société d’une manière plus générale. Elle se mesure en termes de recul des zones d’implantation des populations berbérophones qui se réduisent comme peau de chagrin et les prévisions que font les organismes internationaux spécialisés (UNESCO) sont des plus pessimistes à ce sujet. Elle se mesure en termes de millions de pétrodollars consacrés par les féodalités du golfe pour maintenir et développer leur influence en Afrique du Nord considérée comme terre conquise par l’arabité et rebaptisée « Maghreb el Arabi ».

C’est précisément ce rattachement à la zone d’influence arabe qui a pour conséquence directe de structurer le mécanisme d’intégration des kabyles et amazighs dans ce qu’on désigne sous l’appellation Monde Arabe ou plus sournoisement Monde Arabo-musulman. Ce processus porté à l’origine par un mouvement politique qui se désigne lui-même par « nationalisme arabe » s’est complètement dévié de ses valeurs progressistes et laïcs originels pour n’être plus qu’une zone sous control direct ou indirect des féodalités du golfe dans le cadre du schéma dit de la Nation Arabe qui va du « Machrek » au « Maghreb ». Une zone où l’influence de l’Arabie Saoudite entend être prépondérante. Une Arabie Saoudite forte de ses milliards de pétrodollars et des soutiens occidentaux dont elle bénéfice allant même jusqu’à l’admettre dans le groupe des G20 et à passer sous silence ses pratiques et sa législation dignes du moyen âge. Une zone sur laquelle déferle une vague islamiste qui vise à accélérer l’implantation de l’identité arabe de l’Algérie et de l’Afrique du Nord, une vague qui sous couvert de la religion impose un mode de vie oriental réduisant ainsi le nôtre à un vestige du passé faisant de nous des indiens d’Afrique du Nord.

Les militants kabyles et amazighs ont à un moment ou un autre eu à faire face à ce mouvement dont les origines remontent au moins aux années 1940. Nos aînés ont connu l’amère expérience d’avoir été écarté de la Direction du Mouvement National lors de ce qui est appelé la crise berbériste de 1949 qui donnera l’occasion aux partisans de la Nation Arabe d’afficher clairement leur volonté de renier nos droits en fixant le début de notre histoire au 7éme siècle date d’arrivée d’une tribu arabe en Afrique du Nord. Les partisans de la Nation Arabe feront en sorte que toute évocation de notre existence ou de nos droits est assimilée à du séparatisme menée par des individus manipulés par des puissances étrangères agissant contre les intérêts du pays.

Mais il en faut beaucoup plus pour décourager nos militants qui se sont adaptés aux nouvelles données de contexte. Beaucoup d’entre eux n’ont pas hésité à s’exposer aux menaces que fait peser sur eux directement ou indirectement le régime militaire toujours en place en Algérie. Je pense en particulier à des gens Mohand Arave BESSAOUD à l’origine de la création de l’Académie berbère à Paris. Je pense à Mohamed HAROUN qui a crée une revue écrite en tamazight à la main et tirée à la ronéo en cité universitaire. Une revue qui a par ailleurs valu 6 mois de prison à 2 jeunes lycéennes âgées de 15 ans à peine (El Harrach 1973). Je pense à ce groupe qui a s’en est pris à l’organise de propagande de Boumediene en réaction au projet de fermeture de la radio kabyle , la chaine II. (Alger 1976).  Je pense à tous ceux qui ont animé le mouvement culturel berbère en Algérie ou à l’étranger. Je pense à ces étudiants qui ont affronté les balles des sbires du pouvoir à TIZI OUZOU à l’occasion de ce qui restera dans nos mémoires comme le printemps berbère (avril 1980). Je pense à ces personnages qui resteront dans nos mémoires comme MATOUB Lounés et d’autres qui se sont positionnés en opposition frontale au régime militaire en place et/ou aux islamistes dont il a favorisé l’implantation et le développement. Ces fous de dieu qui continuent de terroriser la population après avoir provoqué une guerre civile très meurtrière. Je pense à ces jeunes qui se sont révoltés dans le cadre du printemps noir contre la politique de marginalisation de la Kabylie par le pouvoir sous la Présidence d’un Bouteflika qui voulait soumettre à référendum l’institutionnalisation de notre langue.

Cela étant soyons sérieux les seules personnes qui s’exposent réellement sont celles qui dérangent le pouvoir en place ou ceux qui pensent pouvoir lui succéder le cas échéant. En ce moment c’est le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) qui gêne ce qu’on désigne par un nom aussi flou que fourre-tout c’est à dire « le système ». Une fraction de ce mouvement n’est plus gênée par l’évocation de la constitution d’un Etat kabyle à part entière. Le tabou tant redouté par les tenants du pouvoir en Algérie et même en Afrique du Nord de la possible création d’un Etat non arabe remet en cause tout le schéma sur lequel sont fondés les pouvoirs en place. Ferhat MEHENNI en tant que Président de l’ANAVAD fait parti de ces gens qui dérangent les régimes en place.

Mais je ne demande qu’à être convaincu en quoi une personne, une arabisante qui a abandonné son mari Kabyle, un honorable journaliste militant du RCD, pour épouser un égyptien dont elle se séparera 2 ans plus tard pour jeter son dévolu sur français qui vivaient encore chez ses parents et dont elle veut se séparer à présent en se mettant à la recherche d’une nouvelle conquête sur le net, une personne qui n’arrête pas de tenir publiquement des propos désobligeants voire dégradants à propos des Kabyles et des berbères en général, une personne qui se vante de son héritage arabo musulman,  une personne qui diffame l’association fondatrice de la coordination des Berbères de France et qui a mené tant et tant d’actions concrètes en faveur des jeunes berbères issus de l’immigration et pour faire connaître notre culture berbère en France, dérangerait le pouvoir algérien qui ne demande qu’à promouvoir des gens ayant son profil.

Il est évident cependant que toute femme qui exhibe ses charmes sur un espace public qui de plus est de dimension mondiale comme facebook s’expose à l’assaut d’individus plus ou moins indésirables, malveillants voire détestables. C’est le contraire qui serait surprenant. Quant à ses allégations d’ordre privé, il est étonnant que dans un pays qui fait de l’Etat de droit et du respect des femmes et des droits humains sa marque de fabrique et sa devise, n’ai pas donné suite à ses démarches. Sans doute que les autorités ont estimé que ses allégations relèvent plus du délire que de faits établis ou avérés. Je comprends que celles-ci aient préféré lui éviter des désagréments liés au retour de manivelle liés à l’engagement de procédures non fondées.

Revenons aux choses sérieuses. Nous avons besoin de tout le monde. En tant que kabyles et amazighs le défi que nous devons relever est immense. Nous pouvons être fiers de nos contributions à toutes les civilisations méditerranéennes depuis l’époque égyptienne à qui nous avons donné quelques pharaons. Aux chrétiens nous avons donné leur principal penseur Saint AUGUSTIN. La coexistence pacifique entre juifs, chrétiens et musulmans en Espagne dont se vantent les Arabes a été réalisée sous une gouvernance amazigh. Le principal monument musulman d’Espagne (L’ALHAMBRA de Grenade) a été érigé sous l’ère d’une dynastie amazigh: les Nasrides. Nous avons contribué au rayonnement de la France avec participation à son expansion avec le bataillon des Zouaves et à sa construction ou reconstruction avec notre immigration … Et pourtant à ce jour nous ne sommes pas identifiés comme berbère ou amazighs. Partout nous sommes considérés comme « arabes » « musulmans » « maghrébins » …Les principaux projets menés ca et la en Algérie ont tous une dénomination qui contient le mot arabe.

Au moment où un changement de régime est possible en remplacement des Etats arabes constitués à la fin de la période coloniale sous l’influence du « nationalisme arabe » orchestré par l’egyptien GAMAL ABDEL NASSER, nous devons nous rassembler pour proposer notre alternative à la solution islamiste qui semble se dessiner comme avenir pour cette région. Face à ce défi et tout en insistant sur le fait que l’être humain n’a pas de prix le sort personnel de tel ou tel journaliste, écrivain, chercheur ou qui que ce soit d’autre n’est qu’une simple anecdote.

AIT AHMED Brahim

Ancien journaliste / Enseignant Chercheur en Economie des ressources humaines

2 comments for “Réponse de Brahim Ait Ahmed à Salima Ait Mohamed

  1. April 14, 2012 at 20:23

    Etonnant, la manière utilisée pour défendre votre honneur. Vous vous sentez visé mais vous parlez de l’harceleur comme si c’était un inconnu. Vous semblez bien informé sur la vie de Salima Aït Mohamed. Serait ce le simple fruit du hasard ?

    Vous avez cherché à laver l’affront mais relisez vous juste un instant. Vous êtes tombé bien bas. S’attaquer à une femme en la critiquant sur sa vie privée mais qui êtes vous pour oser ce genre de jugement. Vous vous prenez pour qui. Vous ne faites honneur ni à l’Algérie ni au peuple algérien riche de sa diversité arabo-berbère en langues et en cultures. J’imagine d’avance ce que penseront les femmes à la lecture de votre prose. Vous avez bien fait de mettre en ligne votre droit de réponse. Au moins, elles seront qui vous êtes. Un être abjecte sans foi, ni loi, sans honneur et sans dignité. Espérons que l’Humanité sera vite vous oublier. Vous accorder un peu de mon temps, c’est déjà énorme. vous ne méritez que le dédain.

  2. Rg
    May 18, 2012 at 09:30

    Quelques soient les motifs politiques ou personnels de cette querelle, je ne comprends pas que l’on balance des éléments de la vie privée d’une personne sur internet. Ce n’est pas correct Monsieur!

Leave a Reply

Your email address will not be published.