Allaoua Zerrouki: la chanson qui atteint la source originelle

Poète, chanteur, compositeur,  immense, actuel, universel, Allaoua Zerrouki est cet homme qui a hissé la chanson

Allaoua Zerrouki: l'humble grandeur

Kabyle dans les cimes, qui a propulsé, lui et d’autres, la place de l’artiste dans la cité, dans la société.  Il chantait l’amour, l’exil, l’identité, bref, tout ce qui touche l’homme, tout ce qui fait de lui un être complexe, un être à grandeurs et à petitesses. Surtout à petitesses. Malika Domrane nous a envoyé un texte où elle se désole pour le reniement de l’homme, son amnésie pathologique, son incapacité à se corriger. Allaoua Zerrouki enterré dans un cimetière anonyme… Mais, n’est-ce pas, la modestie sied aux maitres, ceux qui nous ont permis un arpent de mémoire dans l’histoire universelle, ceux qui ce sont, pour nous, comme la chandelle des voraces ténèbres, brûlés, et comme la chandelle, ne s’en rendaient même pas compte. Parce que c’est comme cela la grandeur, elle n’a cure des feux de la rampe, elle n’a, encore moins, pas le temps de déchiffrer nos laideurs, tant elle préfère plutôt illuminer, irradier, éclairer pour épandre le beau, pour saupoudrer les collines sombres de nos âmes de beauté et de hauteur  … Merci, immense homme, merci!

5 juillet 1915 à onze heures du matin : Naissance de Allaoua Zerrouki au village Akourma (ancienne dénomination d’Amalou) dans la tribu des Aїt Aidel au sud de la ville d’Akbou de Seghir Ben Rezki, son père et de Azzoug Ouardia, sa mère.

Vers 1920-1922 : Ecole coranique du village et à la zaouїa de Sidi Hand U Yahia. Il y apprend les rudiments de la langue arabe qui l’aideront plus tard à transcrire ses textes.

1927 : Allaoua a 12 ans. Il confectionne lui-même des flûtes avec des tiges de roseaux et s’imprègne des mélodies religieuses tout en aidant sa famille dans l’exploitation des terres.

1930-1935 : Il quitte le village, rejoint Akbou et gagne la ville de Béjaia où il fait le métier de coiffeur tout vouant une passion pour la musique.
C’est la période faste pour le dandy qui débarque au village affublé d’un costume Charleston Prince de Galles.

Rencontre avec le maître de chanson andalouse Sadek Abdjaoui à Béjaia.
1936 : Début de la Seconde guerre mondiale

1942 : Décès de son père et de sa mère quelques mois plus tard. Allaoua a 27 ans.

Eté 1942 : Postulant à l’émigration en France, il est enrôlé dans le travail des mines dans le département du Gard. Ne pouvant supporter les dures conditions, il s’enfuit à Paris où il fit de menus travaux avant le retour au village.
1945 : Fin de la seconde guerre mondiale.

8 mai 1946 : Il est de nouveau engagé avec ses amis d’enfance du village dans une aciérie à Péchiney, une entreprise d’aluminium. Il quitte l’usine au bout de trois jours pour Paris où il fait le métier de coiffeur.

12 mai 1947 : Ouverture de la station Radio Soummam dans la ville de Béjaia.

1948 : Il se produit dans des cafés maghrébins et rencontre des artistes célèbres comme Lili Labassi, Mohamed El Kamel qui l’encouragent dans la chanson.

Eté 1948 : Il enregistre son premier disque chez Pathé Marconi. Une chanson en arabe Lahbab Lyoum, kif naâmel aâla lwaqt elli ihhabbel et une autre Kabyle inspirée de sa dure expérience dans les mines Tilifun ssunni ssunni.
Il habite au 10, rue St Sabin, Paris 11ème.

1949 : Il est barman puis coiffeur à la gare de Lyon. Il rencontre une poissonnière des Halles qui devient sa concubine.
Il donne plusieurs spectacles en France, en Belgique et en Allemagne.

1950 : Il rentre au pays et demande la main de Azzoug Nouara, de la famille de sa mère, qui avait fait de études et obtenu son certificat d’études primaires.

Fin 1953 : Retour en France, à Paris avec son épouse et leur fils, Mohand Seghir.

1954 : Déclenchement de la guerre de libération nationale.
Nouara ayant découvert l’existence d’une française dans la vie de son époux rentre à Akbou et demande le divorce qu’elle obtient.

Enregistrement chez Pathé Marconi de plusieurs chansons : llah llah a tin hemlagh, a lbabur bu lahwaci, Sidi Aїch, yaâcaq di l-bal.

1955 : Allaoua rejoint Nouara à Akbou et redemande sa main.

26 décembre 1955 : Il reprend la vie conjugale avec Nouara.

1956 : Naissance de leur fille et retour de nouveau en France. Orage dans la vie du couple. Nouara rentre définitivement au pays et prend le maquis comme infirmière combattante. Elle tombe les armes à la main.

Fin 1956 : A l’antenne Kabyle et Arabe (AKA) ouverte au sein de l’ORTF de Paris, dénommé Radio – Paris, il enregistre A rrebbi lfedhl-ik muqqwar et ay afrux a mm is n lhar.

1959 : Enregistrement de lewjab n was a, un émouvant hommage rendu à la figure historique le colonel Amirouche tombé au champ d’honneur le 19 mars 1959.

Enregistrement d’autres chansons d’inspiration nationaliste : ya rrebb lehnin, ay agelid, a sselah igawawen.

1963 : Chanson de l’indépendance : laâlam ledzayer yetsrefrrif et l’une de ses plus belle chansons dédiée à Nouara en particulier et à la femme kabyle en général (actuelle Ibn Khaldoun) à alger. Parmi ses musiciens, Kamel Hammadi.

17 novembre 1968 : Allaoua Zerrouki s’éteint des suites de maladie à l’hôpital St André des Arts, Paris 1er, à l’âge de 53 ans.
Il est enterré au cimetière Père La Chaise.

 

 

 

 

 

 

 

 

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H. Lounes

 

 

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