Bravo Kamel !

Ben Bella et moi : il y a eu tout ou rien du tout

 Ahmed Ben Bella ? Oui c’est l’un des pères de la nation. Bon et mauvais. Il m’a légué dans ce pays ce que je n’aime pas de ce pays : le fameux déni de soi du «nous sommes arabes» alors que moi je suis algérien et j’ai mis trente ans à me débarrasser de la honte d’être soi…

par Kamel Daoud

«… dans ma tête, c’est clair : soit vous me racontez l’histoire de ce pays en entier, sans mensonges nicensures, sans détournements ni insultes ; soit vous la gardez car je n’en veux pas. Ni d’elle, ni des martyrs, ni des héros, ni des dates. Je referais le tout, moi-même, avec ceux de ma génération. Gardez tout ou donnez tout. Pas de livres aux premières pages déchirées et jetées dans les toilettes. Je veux toute la version, sinon je vais me choisir l’histoire d’un autre pays, ou celle d’un film ou même celle d’un dessin animé. Ben Bella est mort et je suis en colère. Je me sens honteux et humilié. D’abord à cause de l’ENTV que j’ai regardé pendant la demi-journée. Honteux à l’image de ces deux présentateurs affreux et des caméras qui voulaient me fourguer le deuil avec l’obligation de voter le 10 mai. Je trouve, Monsieur, que cet usage de charognards est indécent. Ben Bella, qu’on l’aime ou pas, méritait mieux que de servir d’épices. J’ai trouvé indécent cet usage de la paranoïa (Le monde nous jalouse), de l’hagiographie (c’était le plus grand président du monde), de l’exagération (Il a tout fait). J’aime les hommes à mesure d’hommes et c’est le meilleur honneur qu’on puisse leur rendre.

Ensuite je me suis sentis trahi par l’histoire racontée sur cet homme : elle va de sa naissance en 1916, à l’indépendance et à sa présidence jusqu’en 65. Puis, là, comme si j’étais un imbécile, on me reprend le récit à partir des années 80. Entre 65 et 80, Ben Bella n’a pas pris le plus long thé au monde. Ce n’était pas une sieste, ni une séance de massage. C’était un coup d’Etat, de la prison et de l’exil. C’est avoir peu de respect pour ma personne que de me servir l’histoire de Ben Bella avec des épisodes qui manquent : si vous voulez que je respecte votre histoire, assumez là, ne mentez pas, dites là en entier, du cri au crime. Ne venez pas me dire, après, que je ne respecte pas les martyrs alors que vous ne respectez même pas la vérité. Dites moi et assumez ce qui s’est passé entre 65 et 80. Assumez ce qui est arrivé à Krim Belkacem, Abbane Ramdane et les autres, puis venez me demander de «reprendre le flambeau», de «continuer la mission», de «voter comme pour le 1er novembre» selon votre plate poésie. Et tant que vous confondez les historiques de ce pays avec Tintin, vous n’avez pas le droit de me demander, vous et les vôtres, de vous respecter et de porter l’histoire de ce pays comme une maternité.

Ne me demandez pas la réconciliation, alors que vous, vous n’êtes même pas réconciliés avec vos actes et vos mémoires.

Ne me parlez pas d’histoire glorieuse, alors que vous la traitez comme une poubelle.

Ahmed Ben Bella ? Oui c’est l’un des pères de la nation. Bon et mauvais. Il m’a légué dans ce pays ce que je n’aime pas de ce pays : le fameux déni de soi du «nous sommes arabes» alors que moi je suis algérien et j’ai mis trente ans à me débarrasser de la honte d’être soi. Il m’a légué le «nous sommes tous égaux» qui a transformé les échelles ascendantes de la vie en bancs horizontaux. Il m’a légué cette culture de présidents faiblards avec un rideau derrière le dos. Il m’a légué ce socialisme que je déteste et qui m’a appris, laborieusement, à ne rien faire.

Il m’a légué la vanité d’être le centre du monde alors que je n’en suis que la marge oubliée et l’ancienne gloire sénile.

Il m’a légué, comme ceux de sa génération, des mensonges sur soi et sur les autres, le panarabisme qui me colonise encore, la perte de foi dans l’enthousiasme collectif, le soupçon dans la cotisation, le doute avant tout acte, le populisme qui regarde avec envie et méchanceté, la réussite.

Je lui en veux, à lui et aux siens qui m’ont interdit l’histoire de ce pays sous prétexte qu’il s’agit de leurs affaires, de leurs autobiographies.

Savez-vous pourquoi Monsieur, hier sur votre ENTV il n’y avait que des vieux à lui rendre hommage et quelques jeunes lobotomisés par la propagande ? Parce que personne ne se souvient clairement de votre génération, tant que votre génération ment sur l’histoire.

Donc tant que vous n’assumez pas ce qui s’est passé entre 65 et 80 pour cet homme et entre 54 et aujourd’hui pour les autres, gardez votre histoire, vos morts, vos martyrs et vos souvenirs. Dites moi ce qui s’est passé entre vous, parce qu’il ne s’agit pas de vous, mais de nous tous. Sans cela, enterrez-vous les uns, les autres. Pour moi, cela ne change rien.»

 http://www.lequotidien-oran.com/?news=5166993

3 comments for “Bravo Kamel !

  1. Antar
    April 15, 2012 at 07:25

    Ils sont amnésiques ces responsables bons parleurs, ils ont oublier la milice de Hamadache créée par Benbella, ils ont oubliés qu’il avait refusé la grâce du jeune colonel héros de la Révolution Mohamed Chaâbani, Ils ont oublié le discours de Benbella donné à Mostaganem en 1964, quand il a répondu à la population qui vivait dans la misère qu’il ne disposait pas de ” Khatem Sidna Souleimane”pour leur procurer du pain. L’amnésie frappe de plein fouet nos responsables.Ils veulent raconter que du bien, pour qu’un jour quand leur tour arrivera les autres raconteront aussi que du bien. A cette époque feu Boumediene, nous a raconté une stricte petite partie du feuilleton Benbella et il avait tout à fait raison. On se rappel comment le portail de la caserne de la milice de Hamadache a été défoncé le 20 juin 1965, à l’aide d’un Bazooka, dont le second tireur a été légèrement brulé. Alors que le commandant Hoofmann, voulait traverser un vieux pont à Hydra avec un char!!!!! pour déloger la milice qui faisait la pluie et le beau temps et appréhender les gens partout et n’importe comment.

  2. HG a écrit
    April 15, 2012 at 13:46

    LES ENVAHISSEURS A ORAN

    Entre agitation, bousculade et coups bas, le rêve est permis

    Décidément la prochaine législative de mai prochain fait cavaler beaucoup de monde. Et pour cause. Le salaire mirobolant, le prestige, l’immunité parlementaire et tout ce qui va avec, ne peut laisser indifférents ceux qui se sont spécialisés dans la rente et la politique. A Oran, en plus «traditionnels» réseaux et autres partis politiques ou des pugilats sont constatés pour figurer dans les premières places, voilà que certains comme le coordinateur de l’UGCAA, Mouaad et Belbachir Zine Eddine, un ancien du FLN, du RND et d’autres partis qui n’a jamais pu décrocher un siège si ce n’est à l’APW en 1997, se mettent de la partie. Il y a trois jours, on a meme vu le fameux si Afif du côté d’Akid Lotfi en train de «» certains agitateurs pour favoriser un parent par alliance, élu à l’APW d’Oran qu’il souhaiterait voir à ses côtés au sein de la première chambre, alors que lui n’a pas encore trouvé ses marques dans l’attente de voir Belkhadem daigner lui dénicher une place quelque part. Nos sources signalent également que Bendaoud, l’ex-ministre de l’agriculture serait peut-être de la partie en tant qu’indépendant poussé par certains de ses amis à participer à ces joutes. Rahou M’Hamed, ex-coordinateur du RND a, quant à lui déjà retiré les imprimés et a commencé à collecter les signatures. Il est soutenu par les réseaux de l’UNPA et la chambre de l’agriculture ainsi que les enfants de Chouhadas qui constituent une force non négligeable et avec laquelle les autres candidats doivent compter. L’Outsider Kacha Said qui risque de faire la surprise et Bounaga, le maire d’Es-Sénia seront la liste du RND dont le coordinateur se trouve bien embarrassé du fait de nombreuses candidatures dont celle de Miloud Chorfi qui dit-on, ne serait plus en odeur de sainteté à Mascara. De meme qu’à Oran les militants n’en veulent pas. Kacha et Bounaga, très populaires pourront participer en indépendants si jamais le RND les occulterait et là nous dit notre source, le parti d’Ouyahia perdra beaucoup dans l’affaire du fait du réservoir de voix qu’ils représentent, sans parler de la crédibilité perdue que le premier ministre a, en vain tenté de redorer samedi dernier.

    HG

  3. MAZIGH
    April 16, 2012 at 06:52

    “Il m’a légué dans ce pays ce que je n’aime pas de ce pays : le fameux déni de soi du «nous sommes arabes»
    alors que moi je suis algérien”.

    MR DAOUD UN PEU DE COURAGE…
    Definissez- moi ce être algérien?

    voilà toute l’ambguité des algériens qui n’arrivent pas à afficher et assumer publiquement l’indentité de l’Algérie qui ne saurait être autre que AMAZIGHE même si nous savons que des apports des conquérants se sont greffés à cette identité.

    A chaque fois de l’on parle de l’algérien pour bien semer le doute et ne pas se dire arabe surtout on vous dilue dans le terme “algérien” fourre tout pour mieux vous dissoudre dans l’arbo-umma.
    Une identité d’un pays: c’est avant tout un territoire une histoire une culture un mode de vie et philosophie des coutumes et des traditions en final un nom pour désigner les hommes et les femmes de ce pays..
    Au regard de l’histoire cette vaste partie de l’afrique du nord a été depuis la nuit des temps le pays des amazigh qui donnet cette identité amazighe chose toute logique et légitime.Les apports des guerres succesives ne sauraient travestir ni changer cette identité sinon vouloir poser les greffons génocidaires de cette dernière pour les besoins d’effacement et de substitution d’une indentité factice, imposée et importée(arabe).
    ce n’est pas par ce que un poignée d’arabe se sont imposé grace à la religion éradictrice pour aliéné ce peuple autoctone que son identé secsoit envolé entre temps.

    LA SUPERCHERIE A ASSEZ DURE IL SERAIT TEMPS QUE CHAQUE MAZIGH ARABISE OU PAS AFFICHER SON IDENTITE AMAZIGH AVANT TOUT.

    TAMAZGHA A IMAZIGHENS
    Le monde arabe fabriqué par les colonisateurs pour mieux détruire l’autochtone tout en le dépersonalisant le dominant et le poliant.Quand on sait d’après une étude qu’en arabie saoudite il y à peine 15% d’arabes de souche pour comprendre l’imposture de ce mode.

    Dailleurs on voit bien la jonction l’association des malfaiteurs contre les autochtones.

    Il searait temps que les intellectuels aient du courage de s’assumer et de défendre leur identité sans ambiguité tout en menant un combat contre l’idéologie arabomuzane aliénante et négationiste.

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