Le printemps NE peut être qu’amazigh !

 

Contribution de Brahim Ait Ahmed

Nous célébrerons ce 20 avril le 32éme anniversaire de ce qui restera pour toujours le « printemps berbère » en référence à ce mouvement déclenché par l’annulation de la conférence que devait animer le regretté Mouloud MAMMERI . Ce sont les étudiants de l’université de Tizi Ouzou qui ont pris les devants de ce mouvement dont l’ampleur a surpris les observateurs non avertis. Un élan qui a réussi, comme par magie, l’unification de tous nos villages hauts perchés, nos hameaux et nos villes pour ne faire plus qu’un seul peuple en mouvement que rien ne semblait pouvoir arrêter dans sa marche pour l’émancipation.

 Un peuple qui retrouve une dignité mise en berne de longues années durant. Oh combien nous étions fiers de cette déferlante formée par nos hommes et femmes, jeunes et vieux, riches et pauvres … toute notre Kabylie s’est soulevée telle une montagne qui se réveille. Une montagne qui vient rappeler à ses détracteurs que le sommeil qu’elle affiche n’est qu’apparent et qu’elle peut y mettre fin à tout moment pour laisser gronder sa colère. Une ire longtemps alimentée par les actions d’un pouvoir qui s’est fixé comme objectif la disparition de notre langue et de notre culture, un pouvoir qui a institué comme norme l’interdiction de toute référence à notre identité Kabyle et Amazigh.

Le jour « attendu en cachette », comme le chante notre poète AIT MENGUELLET, était enfin arrivé. Nous allions faire exploser cette chape de plomb qui nous a été imposée par un régime qui déclare ouvertement ses intentions de nous reléguer au rand de vestiges de l’histoire. Un régime dont les inspirations idéologiques venues du moyen orient ne laissent aucun doute sur le sort réservé à notre culture et notre langue. Cette idéologie s’appelle le « nationalisme arabe ». Son fondateur est un syrien du nom de Michel AFLAQ. Son promoteur comme modèle politique le Général Egyptien Gamal Abdel Nasser. Nos gouvernants en disciples inconditionnels de ce Chef charismatique Egyptien n’ont pas lésiné sur les moyens pour nous imposer une langue, une culture, un mode de vie étrangers à notre société et synonymes de recul en matière de droits humains et de modernité.

Les attaques contre notre culture et notre langue étaient multiples. Tentative de fermeture de la radio Kabyle (chaine 2), changement de nom de notre club fétiche, celui qui nous offrait une tribune pour affirmer notre identité amazigh. La JS Kabylie est devenue Jamaayate Sariaa el Kawakibe (Association rapide comme les étoiles)… Les mots Amazigh et Berbère étaient tabous. Le seul fait de les prononcer en public vous expose au risque d’être mis en prison sans passer par la case tribunal. Une revue rédigée en français et en TIFINAGH à la main et tirée à la ronéo à la cité universitaire par des étudiants a couté 6 mois de prison à 2 jeunes lycéennes âgées de 15 ans (1973). La peine capitale a été prononcée à l’encontre des militants qui ont osé faire exploser une bombonne de gaz la nuit au siège de l’organe de propagande du régime (1976). Ces militants ont mené cette action pour « faire parler de la question amazigh ». Toute référence à notre identité est taxée de séparatisme et de manipulation venue de l’étranger. Un Wali (Préfet) de Tizi Ouzou devenu plus tard Ministre de l’éducation a poussé son zèle jusqu’à interdire de parler Kabyle dans les administrations de Tizi Ouzou.

La coupe était pleine et le soulèvement de notre montagne un événement annonciateur d’une embellie pour notre culture, l’apparition d’une lumière dans notre horizon, le bout du tunnel, le signe de la fin des temps durs et l’arrivée de beaux jours. La comparaison avec cette belle saison qui succède aux rigueurs de l’hiver est tout à fait adaptée. Cette saison égaille notre environnement avec des décors fleuris, d’agréables chants d’oiseaux qui gazouillent dans les champs, de chauds rayons de soleils qui nous incitent à nous délester de nos épais habits d’hiver pour exposer quelques parties de notre corps à cette énergie naturelle qui régénère nos sens et ravive notre bonne humeur. Une saison qui comme par magie rend les filles encore plus belles, les enfants plus adorables, nos collègues de travail, nos voisins et nos amis plus sympathiques à nos yeux.

Il nous paraît donc tout naturel d’assimiler le réveil de notre montagne le 20 Avril 1980 à cette belle saison et nous lui donnons volontiers le nom de « Printemps berbère ». Il nous a annoncé la régénérescence de notre identité désormais affichée haut et fort. Les bourgeons de notre culture désormais protégés peuvent éclore. L’histoire confirmera la justesse du choix de cette appellation. Nous avons, en effet, parcouru du chemin depuis cette date. Et même si nous sommes encore loin du compte, plus personne aujourd’hui ne remet en cause notre identité amazigh. Notre langue est enseignée au sein de l’éducation nationale. Nous avons accès aux médias (radios, télévision, presse écrite, Internet). Nous avons la possibilité d’organiser la promotion et le développement de nos valeurs culturelles, de nos traditions, de notre artisanat. Le festival du film amazigh qui vient de se dérouler à Tizi Ouzou, l’organisation de défilés de mode typiquement kabyles, de rencontres artisanales et culturelles autour de nos pratiques et traditions ancestrales en sont des manifestations les plus éclatantes, signe d’une renaissance qui nous réconcilie avec nous-mêmes tout en nous faisant entrer dans l’ère du 21éme siècle.

Mais, honnêtement, peut ont qualifier de printemps les évènements qui se déroulent en ce moment en Afrique du Nord et dans d’autres pays du moyen orient ? Cette vague qui déferle sur cette région et qui ne semble pas devoir épargner notre pays ne nous annonce rien de bien réjouissant.

Rappelons que le printemps berbère est synonyme d’ouverture et de progrès, de meilleur bien être individuel et collectif non seulement pour la Kabylie mais pour toute l’Algérie. La culture berbère est connue pour ses principes démocratiques, ses valeurs de tolérances et de coexistence apaisée entre les différentes composantes de la société. A une époque où le régime politique en vigueur était basé sur un Etat fort qui ne laissait place à aucune expression démocratique et qui imposait une politique culturelle monolithique basée sur une langue et des valeurs culturelles importées du moyen orient, la promotion de la langue et de la culture berbère qui sont celles de la population locale, constitue un véritable progrès qui apporte un souffle démocratique et des couleurs à nos vies jusque là encadrées par un système rigide pour ne pas dire oppresseur.

Mais que peut-on attendre des régimes générés par ces « révolutions arabes » ? Encore un système monolithique importé du moyen orient et qui remet en cause tous les acquis démocratiques et humanistes des Algériens et des Nord-Africains. L’Algérie a déjà donnée au cours de la période noire des années 1990. Nous avons vu à quoi ressemble le mode de gouvernance de cette idéologie d’importation.

Un printemps est synonyme d’arrivée de jours meilleurs, de beautés, de couleurs, de chaleurs. Or ces régimes qui s’installent ne nous annoncent que grisaille, interdits, rigueur sociale et religieuse. C’est l’instauration d’un mode de vie austère, étranger à nos coutumes et traditions et qui exprime la soumission aux féodalités orientales… En somme ces « révolutions arabes » sont tout sauf annonciatrices d’un « printemps ».

C’est pourquoi j’affirme haut et fort que le printemps sera Amazigh ou ne sera pas !

AIT AHMED Brahim

3 comments for “Le printemps NE peut être qu’amazigh !

  1. April 21, 2012 at 09:55

    Bon Anniverssaire !!

  2. sympa8315
    April 12, 2013 at 08:35

    Cessons d’exiger que la langue berbère soit reconnue comme seconde langue nationale dans l’ensemble de l’Algérie. Le pouvoir ne le veut pas, les arabophones la refusent.

    Unissons nos offerts pour l’autonomie de la Kabylie, dès lors que vouloir lutter pour la démocratie en Algérie est un leurre. Et pour ne plus avoir à revivre de 20 avril et de printemps noirs sanglants.

  3. AZA
    April 23, 2013 at 05:44

    kabyles ne vous trompez pas d’ennemis.. Cessez de servir et de subir les cultures qui vous ruinent et vous maintiennent en sujets.

    ET si les kabyles “intellectuels” donnez l’exemple en dépassant leurs querelles et égos pour sauver la Kabylie qui chaque jour sombre un peu plus.
    Les slogans c’est bien les actes sont mieux..
    Que chaque fasse son autocritique et se pose des questions:

    Pourquoi les kabyles sont divisés et ne font rien pour dépasser leur différent si mineur à côté ce qui les uni plus glorieux ?
    pourquoi les kabyles développent les cultures et langues de leurs bourreaux et pas les leurs?
    pourquoi les kabyles tournent en rond depuis 50 ans ?
    pourquoi les chefs de files sont les premiers égarés sous prétexte d’unité factice algérienne qui ne peut être qu’arabo islamique et ravageuse pour la Kabylie ?
    pourtant l’ennemi communs de tous ,c’est bien le pouvoir arabo islamique qu’ils servent au lieu de le combattre..
    La Kabylie se meurt le pouvoir fait une politique de peuplement pour la dissoudre dans l’arabo islamisme.
    la faute à qui au pouvoir ou aux kabyles?

    Messieurs les intellectuels unissez-vous pour nous unir pour un combat libérateur avant qu’il ne soit trop tard car le pouvoir lui n’attends pas il met tous les moyens.
    Le citoyen que je suis vous demande de ne pas vous renier mais surtout de tout faire pour sauver la Kabylie en vous rapprochant de vos paires pour trouver un consensus dans la diversité d’opinion et de projet même; car l’essentiel étant ce qui fait un kabyle et ses valeurs ancestrales dans sa Kabylie .
    Dès à présent vous devez commencez à réfléchir et trouver des moyens pour assoir un débat avec tous les kabyles du monde pour
    consacrer une proclamation du second printemps ,cette fois-ci kabyle au même endroit à Yakouren pour qu’avril 2013 .
    Ainsi débutera la renaissance kabyle..
    C’est mon vœux le plus cher que je fais pour ma Kabylie pour qu’elle demeure éternelle malgré tous les coups bas qu’elle subit .

    FAITES QQS CHOSE POUR L’UNION S’ACREE DANS LA DIVERSITE POUR SAUVER NOTRE KABYLIE..

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