Que vive le printemps !

Par SAM

Voilà quelques années, déjà. Dans le drame et dans la douleur. Et surtout dans le doute. Nous nourrissons le même et fol espoir. Vivre et penser  librement, exprimer sans risque et sans peur les idées et les choix qui nous traversent.

Je vois  des êtres épuisés d’espérer, d’attendre que leur rêve se réalise enfin. Je croise des cœurs essoufflés de courir derrière des desseins que la loi du plus fort anéantit. J’entend de nouveau le désarroi de ces hommes qui se croyaient libres, poursuivis tels d’odieux criminels. Que je sache ! Leur seul crime est d’avoir le courage d’écrire, de témoigner, de dénoncer les abus et de suggérer d’autres possibles.

Et si pour une fois, nous nous mettions à célébrer la lucidité et l’intuition de nos esprits libres au lieu de les étouffer ou de les pourchasser et plus récemment, ( quelle innovation ! ) les épier, les diffamer, les censurer, les persécuter.

 J’espérais  que la liberté d’expression partout serait définitivement un désir partagé, un acquis irréfutable, un droit inaliénable, jamais négociable. Combien de fois avons-nous payé lourdement le prix  de cette liberté !

Nous avons tellement ressassé nos convictions, nos idéaux, nos rêves d’absolu, qu’il devient pénible de trouver les mots justes pour les dire encore.

Nous le savons, pourtant. Nous savons combien nous sommes contraints, combien nous nous enlisons dans les méandres de nos complexes, de nos blocages, de nos frustrations, de nos hésitations et de nos ressentiments. Combien nous gâchons tous les bonheurs éventuels et probables. Et combien nos orgueils, nos aigreurs et nos  indifférences nourrissent et reproduisent nos échecs et nos écueils. 

 Depuis trop longtemps. Nous souffrons de notre mémoire. Nous avons toujours aussi mal à nos racines et nous refusons obstinément de nous reconnaître si fragiles et égarés. Nous fuyons la rencontre d’avec nous-mêmes. Nous nous suffisons d’effleurer à peine  notre identité, pétris de mille et une peurs et préjugés. Nous avançons à pas brisés, quand nous ne reculons pas.

Et, curieusement, nous aimons abhorrer les nôtres précisément, quand ceux-là avancent ou excellent, quand ceux-là brillent de courage, d’audace et d’authenticité.

C’est bien connu, les civilisations disparaissent quand elles commencent à se mépriser, quand elles se font la guerre à elles-mêmes. Quand elles s’éloignent de leurs quintessences et quand elles inaugurent le déni de leurs lumières.

Il me semble que nous sommes face à un dilemme des plus décisifs et  graves : Avancer conscients, éveillés et responsables ou périr. Médiocrement, périr. Nous ne pourrons donc pas toujours feindre la cécité.

Or, nous ne  pourrons avancer,  en ignorant ce que nous sommes. C’est inévitable, nous avons besoin les uns des autres. En chacun de nous, repose la pierre précieuse qui fera l’édifice commun : Des nations modernes, parce que décidées à devenir justes et éclairées. Enfin. L’Humanisme.

 Que pouvons-nous espérer, aujourd’hui ?

D’abord survivre. A la misère, à l’injustice et à l’affront de la haine. C’est important et même primordial. N’oublions pas de sauver les nôtres. Tous les nôtres.

Nous pouvons, aussi, décider d’aller mieux, individuellement et puis tous ensemble. Il paraît que la joie est volubile quand l’espérance est contagieuse.

Nous ne sommes pas des damnés. Nous sommes seulement des exilés. Des exilés de nos terres, de nos familles, de nos amours. Des exilés de nous-mêmes.

Oui, nous pouvons certainement aller mieux. Et nous pouvons réaliser de belles choses.

Alors, de grâce, cessons de nous haïr les uns les autres !

Paisible, prolifique et beau printemps à toutes et à tous !

Salima Aït-Mohamed.

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