Un pouvoir d’achat à l’agonie, une autorité déboulonnée,une société en effervescence et un vote à l’horizon !

       

Contribution de Abdelkader BENBRIK

L’autorité est une valeur en baisse. Dans toutes les cellules de la société, de l’entreprise à l’administration. Sanctionnée plus souvent qu’elle n’est confortée par les nouvelles lois, elle se dilue ou, plutôt change de forme.
Dans la famille, d’abord en 2008 certains Oranais estimaient que le père de famille devait commander chez lui. Ceux de la première génération partagent cette conviction. Le pouvoir n’est plus ce qu’il était. La loi l’a d’abord partagé entre les deux époux. Elle l’a rogné lorsqu’elle a accordé la majorité aux enfants dès 18 ans. Elle a modifié les règles du jeu en serrant le divorce. Tout en donnant le droit de conservation du domicile à la femme. La sécurité sociale elle-même en prenant acte.

 

Toute cette évolution du droit recouvre un changement des mœurs : à l’autorité d’un seul s’est substituée peu à peu l’influence de plusieurs.
L’entreprise n’est pas épargnée par cette évolution. Cadres et dirigeants non respectés parfois insultés et menacés par des pseudos syndicalistes, Chefs d’entreprise condamnés par les tribunaux, et qui en fin de parcours font fi des décisions et jugements de justice, le cas d’une importante entreprise nationale à Oran, où son président du groupe n’a pas encore jugé utile d’appliquer la grosse d’un jugement en faveur des travailleurs qui avaient décidé d’ester cette entreprise en justice depuis quatre années. Autant de signes d’un phénomène profond : Le respect de la hiérarchie n’est plus un tabou. La leçon a été entendue : Mais !

 

Dans bien des entreprises, on préfère, aujourd’hui, une organisation souple, finement ramifiée, au modèle autoritaire et centralisé d’antan. Les agents de maîtrise qui réussissent à s’imposer le doivent moins, désormais, à leurs galons qu’à leur savoir-faire et à leur personnalité.
Ce phénomène de dilution est sensible à tous les niveaux de la société. Les mots des centrales syndicales, qui contrôlent moins étroitement leur base, ne sont plus écoutés. Le code de la route est beaucoup moins respecté. Les ordonnances médicales, elles mêmes, ne sont plus scrupuleusement suivies. La musique du pays n’est plus à la mode, le Raï est imposé partout. Les receveurs et conducteurs de bus ne respectent plus les usagers, les arrêts et la vitesse. Le centre des chèques postaux ne délivre que rarement des carnets de cheque aux demandeurs et selon le bon loisir. Le respect de la correspondance n’est plus à l’ordre du jour certaines administrations ne répondent plus aux doléances des citoyens. Tout le monde a opté pour sa manière de se dérober à la règle, de « rester libre de son choix »

 

On sent, ici et là, se développer le goût du troc. Le marché du travail au noir se porte plutôt très bien. Et ce n’est plus un découvert bancaire, le blanchiment du pognon est à l’extrême, le retard dans le paiement de l’impôt, voire un larcin dans un grand magasin qui empêcherait aujourd’hui certains de dormir, banalisation de la combine ? Triomphe du système D ? Si l’on veut.
Ces modes de fonctionnement différents modifient en tout cas la manière d’obtenir, d’influencer. De nouveaux leaderships se dessinent. Les gens influents, les décisionnaires sont moins ceux qui ordonnent, commandent, sanctionnent du haut de leurs piédestaux institutionnels que ceux qui, postés aux bons carrefours, savent ce qu’il faut dire à qui, quand et comment .Qui regardent patiemment ce jeu se dérouler, mais ne cherchent pas systématiquement à siffler, à sanctionner la faute. Qui jouent au contraire, les rassembleurs, sans trop songer à aborder leurs galons. Certaines administrations et entreprises récupèrent ces modes de fonctionnement en ménageant délibérément « les courts-circuits ». Des règles du jeu souples remplacent les obligations, réductrices de spontanéité. Exemple d’informalité réussie : bison futé. Point de règle mais des informations que chacun interprète à sa guise en fonction des circonstances. Et la diversité des interprétations aboutit effectivement à une réelle fluidité de la circulation.
L’obligation de mettre la ceinture de sécurité en ville s’est révélée, en revanche, l’exemple type d’informalité. Imposée de façon autoritaire. : La ceinture ou le retrait du permis ».

Pour la première fois, révèle une petite étude récente menée à l’intérieur des villes d’Algérie, des taxieurs et même des automobilistes refusent de démarrer si l’accompagnateur n’a pas mis sa ceinture. Alors si on avait exécuté les peines capitales, on se retrouvait pas aujourd’hui devant des vagues de criminels, de corrompus, de dilapidateurs, et de trafiquants de drogue. Je crois qu’on préfère verbaliser et étouffer le pauvre citoyen honnête que de s’attaquer à cette mafia !
Enfin, il s’agit moins de contester l’autorité établie, comme en 1988, que d’y échapper. Puisque l’Algérie ne vit que trois saisons, pas de printemps ! Pour préserver son autonomie. Bref, l’autorité est désormais moins combattue qu’inefficace, moins refusée que délaissée.

Pour Kamel Daoud avec toute ma sympathie.

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