DIEU ET LA BETE

Par Barek Abas

Depuis que l’Homme a transcendé, du point de vue darwinien, son animalité pour accéder à son humanité, il prit conscience de ses faiblesses extérieure (physique, matérielle) et intérieure (morale, psychologique). De locataire effarouché des cavernes qu’il était, il devint son propre prisonnier dans des cités-forteresses quand il ne se tapit pas dans une tribu inaccessible juchée sur une montagne ou enfouie dans un désert. Pour se prémunir davantage de “l’autre”, il remplaça sa pointe de silex par une lame d’acier, plus efficace et pensa sa défense. Son espace vital s’amenuisant et sa cupidité grandissant, il s’organisa finalement en horde guerrière offensive et conquérante. Parallèlement, pour se protéger intérieurement de lui-même, il s’inventa des appuis : il s’encombra de fétiches; il vénéra les éléments et les astres; il s’ingénia à sculpter de ses mains ses propres dieux. Jusqu’au jour où le Tout-Puissant excédé décida de mettre fin à la Bêtise humaine par la révélation des religions monothéistes.

     Notre “héros” ainsi carapace et réconforté se mit désormais à se “pharaoniser” donc à rivaliser puis à suppléer Dieu. Ainsi, le XXème siècle est sans doute celui du polythéisme exacerbé. Hitler, Staline, Marcos, Bokassa, Pinochet, Khomeini et tant d’autres sont l’incarnation maléfique des apprentis-dieu. L’Histoire des religions nous enseigne que les schismes, autre expression de la rivalité polythéiste de l’homme, naissent dans le sang. La religion chrétienne est une mosaïque infernale  de “guerres des Eglises”. Les dynasties musulmanes, de leur côté, sont jalonnées de “putschs d’Emirat”; beaucoup d’accessions au “trône divin” sont sanglantes : des califes assassinés, des “Princes des Croyants” chassant d’autres, répression des kharidjites, répulsion des Ibadites,…

      L’évangélisation des peuples “mécréants” ne s’est pas faite par un baiser sur la Croix mais par le feu et le sang. C’est au nom du Christ que Christophe Colomb et ses conquistadors ont anéanti impitoyablement les peuples du Nouveau Continent; la colonisation de l’Afrique par les européens était une croisade bénie par les papes et autres sous-papes. L’islamisation non plus – qu’on réhabilite l’Histoire sans parti pris ! – ne s’est pas réalisée en invitant les “infidèles” à feuilleter le Coran autour d’un thé à la menthe. Le tombeau à Biskra de Okba-Iben-Nafai tué par Koceila et la tête de Dihya, surnommée péjorativement Kahina qui signifie Sorcière en arabe, tranchée et expédiée au Calife omeyyade Abd-El-Malik-Ibn-Marwan attestent que la conquete musulmane du Maghreb a aussi son lot de douleurs ensanglantées.

       Le récent suicide collectif des adeptes de la secte des Davidiens à Wacco au Texas, le terrorisme intégriste meurtrier qui secoue actuellement les pays arabes, le sang qui éclabousse depuis des siècles les murs d’El-Qods, le déchirement fratricide des frères ennemis en Afghanistan, les effroyables carnages interreligieux aux Indes et dans la région, l’extermination aveugle des Bosniaques confirment l’universalité de la connerie humaine. Chaque horde assouvit impunément et froidement son crime. Et au nom de Dieu, s’il vous plait !! Chacune étant convaincue de sa “pureté divine”. Chacune étant convaincue que “son Dieu” est le meilleur.

       L’Homme d’aujourd’hui en fin de compte, quand il ne se substitue pas carrément au Créateur, ne diffère en rien de son ancêtre païen, ce courtisan sanguinaire des dieux auxquels il ne témoigne son “amour” que par l’immolation humaine. C’est à croire que Dieu est un vampire insatiable. Non, Dieu ne demande de ses fougueux et sadiques “amants” ni leur sang ni leurs misères et encore moins leurs conneries. Dieu aime la rose. Et si chaque homme cueillait chaque jour une rose et l’offrait à son semblable, je suis persuadé que Dieu ne se dira pas : “J’ai rendu un mauvais service à l’homme en le dotant de la Raison. J’aurai dû le laisser dans son état bestial”.

       Mais, pardon, qu’est ce que je raconte ? Au moment où certaines Bêtes s’offrent des balles meurtrières et des coups de machette, je parle de fleurs…comme un Homme, un Poète.

 

NB : Cet article est écrit et publié dans le quotidien algérien «Liberté», le 15/05/1993.

 

Barek ABAS

1 comment for “DIEU ET LA BETE

  1. Lepsyquatre
    May 26, 2012 at 11:37

    Je pense que Dieu jugera ,il est le seul a juger equitablement
    Vivre sans raison en niant la raison de l’autre c’est nier la
    conscience humaine et de cette maniere porter atteinte a la liberte d’expression en imposant par le pouvvoir l’illusion d’etre la verite. Ceci reflete l’image des societes evoluant dans un cadre aproximatif,sans l’etude de la philosophie du pouvoir.Ce qui se passe en Algerie n’aurait jamais du avoir pplieu ,si les hommes senses apporter la prosperite a l’ensemble de la societe ne s’etait pas mus d’un appetit avide en confondant priorite et propriete.
    Pour resoudre cette equation,le dialogue et la sagesse

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